Les Pilleurs de l'Ombre
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 L'histoire d'un homme du Rohan

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Démon/Démone de l'Obscurité
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MessageSujet: L'histoire d'un homme du Rohan   Lun 12 Mai - 18:53

Je la regarde, troublé.

Cette femme, le regard scrutant les moindres recoins de la place, me rappelle le chien de chasse du braconnier Thardred. Mais dans les yeux de son chien réside de la bravoure et du courage. En même temps il en faut pour traquer les plus terribles bêtes dans les forêts du sud, près d'Elthengels, car on dit que ces forêts auraient été élues domicile par les lath-ours. Ce sont des créatures mentionnées dans un conte pour enfants, racontant l'histoire d'un homme qui n'est jamais revenu de ces forêts, car il avait été dévoré par de gigantesques ours, caractérisés par leur carrure massive, leurs griffes acérées, leurs dents dégoulinantes de sang et leur colère meurtrière. Je me souviens que mon père me racontait souvent cette histoire.

Personnellement je n'y ai jamais cru, mais allons bon ! Avec tous les choses étranges qui se passe en ce moment, plus rien ne m'étonne.

Cette femme n'est pas comme le chien du vieux Thardred, car dans ses yeux réside la peur. La peur du monde, la peur des gens, la peur de tout. Sur le coup, je la trouve bizarre, avec ses habits en fourrure épaisse, alors que la chaleur étouffante du soleil d'été tape sur le marché aujourd'hui. Elle est couverte de sueur, mais pourtant, elle ne se débarrasse point de ce qui l'encombre. Qui peut bien être cette folle ?

Mais même en la prenant pour un folle, j'éprouve de la pitié pour elle. Elle a connu des situations terribles, bien pire, car son regard, je le connais. Je l'ai vu tellement de fois dans les yeux de ma mère après qu'elle ait appris la mort de mon père.

Je vois que la femme s'éloigne, après s'être acheté un morceau de pain chez l'épicier Paldin. Sans réfléchir, je me met à la suivre. Ma mère m'appelle pour me dire de revenir auprès d'elle, mais je m'en fiche. Je veux en savoir plus.

Je m'aventure dans l'ombre de la ruelle qu'elle vient d'emprunter. Des poules fuient sur son passages, et elle pousse un faible cri de surprise en entendant l'une émettre un cri. Où va-t-elle ? Ce n'est quand la suivant que je le découvrirai, mais je commence à perdre patience après ces dix minutes de marche. Au moment où je me décide de rebrousser chemin, je la vois qui s'arrête, dans un coin où personne ne vient habituellement.

Elle s’assoit, adossée au mur, et sort un bâton de sa poche. Une sorte d'épieu, vu la grosseur du bout de bois. Quelques couleurs se distingue de l'objet pointu, montrant que cet épieu avait été peint. Puis la femme éclate en sanglot.

Mais qui est cette personne, si différente, que ce soit dans l'apparence que dans le comportement, pour pouvoir montrer autant d'émotion à un simple bout de bois pourri ?

Tant de questions se bousculent dans ma tête tandis que je suis derrière ces tonneaux pour ne pas qu'elle me voit. Soudain, je flaire une odeur de brûlé. Je lève la tête au-dessus des tonneaux, et voit la femme s'embraser.

Je ne comprend pas, mais je dois la sauver. Je sors de ma cachette, et court vers elle en hurlant. Et comme d'habitude, c'est sur cette dernière image que je me réveille brutalement dans mon lit, en sueur.

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Démon/Démone de l'Obscurité
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MessageSujet: Re: L'histoire d'un homme du Rohan   Mar 20 Mai - 22:08

Futur chapitre la semaine prochaine. Vous en aurez deux à la place d'un seul  Smile 

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Démon/Démone de l'Obscurité
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MessageSujet: Re: L'histoire d'un homme du Rohan   Lun 26 Mai - 18:11

Le soleil se levant, je me lève rapidement, m’assoit sur le bord de mon petit lit, et pose mon regard sur la commode, en face. C'est le seul meuble hormis mon lit qui remplit ma pièce. Nous n'avons pas les moyens de nous procurer autre chose, et cela me suffit.

Mais pour l'instant, ce n'est pas ma commode qui occupe mes pensées : je me ressasse sans arrêt ce rêve depuis que je me suis réveillé, il y a de cela plusieurs heures. Cela fait trois fois que je fais le même rêve, trois nuits d'affilées.

Je me lève, mais mes membres épuisés par la nuit blanche ne m'aident pas. Je soupire, m'étire un peu, puis ouvre ma commode. J'en sors ma bourse, mes bottines, ma ceinture et mon silex. Oui, mon silex. Ces temps-ci, on raconte que des raids de brigands ou pire, d'orcs, s'organisent un peu partout au Rohan. Il faut au moins que je puisse me défendre, et si les autorités me demandent pourquoi je me ballade avec cela, je leur répondrais que c'est pour tailler les bouts de bois, les pierres ou couper les tissus, afin d'aider les artisans du marché. Le genre d'activités qui n'est pas trop jugé « inégales » ici. En ces temps sombres, il faut penser à tous.

J'enfile mes bottines en cuir de couleur noire, le seul cadeau que je tiens de mes parents, et aussi une des seules choses auquel j'offre une affection particulière. Je les trouve magnifiques, confortables, mais le meilleur atout que je leur ai trouvé, c'est qu'elles offrent une parfaite discrétion lors de mes déplacements.

Je ne sais pas si mon père a fait exprès de vider ses propres économies pour me faire ce cadeau plutôt que quelque chose de plus sympathique. Peut-être savait-il, ou avait-il deviné que je me mettais à voler, car c'est surtout grâce à mes bottines qu'on ne me surprend jamais en train de commettre mes méfaits au marché, aux cuisines et à l'armurerie.

En baissant les yeux sur le dessus de ma commode, je vois mes deux tenues. Les deux seules tenues qui m'appartiennent. L'une est constituée d'une chemine brune et d'un short d'une couleur que je n'ai jamais su définir. Vert, bleu... mais c'est assez simple et discret, donc cela me va. L'autre tenue comporte une veste avec un capuchon que m'a cousu ma mère pour les jours de pluies, ainsi qu'un pantalon gris. Je n'ai pas de tenue de jour de fête ou de tenue du dimanche. Je ne sais pas comment il faut les appeler, car je n'en vois pas l'utilité. Nous, cela fait longtemps qu'on ne nous invite plus.

J'esquisse un faible sourire en pensant aux enfants des riches, qui possèdent une douzaine de tenue chacun. Ils doivent se tortiller la tête, alors que moi, j'ai juste à choisir la tenue qui est propre.

J'enfile la seconde tenue, met ma ceinture, y attache ma bourse, range mon silex dans ma poche en prenant soin de mettre un tissu autour pour ne pas qu'il me blesse. J'ouvre la porte de ma chambre, et commence à courir en dehors de la maison. Je cours dans la ville, entre les ruelles sombres. Je ne fais pas confiance aux rues très fréquentées.

J'arrive devant chez l'armurier. Comme d'habitude, il a pris soin d'exiger un garde de plus pour surveiller son terrain car il se plaint que quelqu'un vole ses fabrications. Je le vois observer d'un œil méfiant les alentours de son commerce. C'est toujours pour moi un moment délicat, car je dois me retenir de rire devant cette scène. Ils n'ont toujours pas compris que j’accédais à cet endroit par une ruelle derrière le lieu de commerce de notre ami forgeron.

Une maison de cette ruelle est assez haute, ce qui me permet de pouvoir sauter au- dessus de la cheminée du bâtiment sans être vu. Je me faufile dedans comme d'habitude, un peu couvert de suie, mais heureusement, le forgeron n'allume jamais sa cheminée.

Les gens croient toujours que le danger vient toujours de là où notre regard se pose en premier : en face. Je crois que je serais déjà un adulte lorsqu'ils auront compris que cette supposition était fausse.

Je traverse un couloir, arrive devant la salle d'arme, et aperçoit un membre de l'autorité qui me fixe avec un regard en même temps surpris et énervé. Je profite des trois secondes qui suivent, où cet homme semble se remettre de sa surprise, pour mettre mon capuchon afin qu'il ne voit pas mon visage. Mais lui, lance des appels pour appeler ses collègues.

Je me jette sur lui, essaie de le maintenir tant bien que mal au sol, en profitant de sa faiblesse, et l’assomme avec un gourdin situé à côté de moi. Je ferme ensuite brutalement la porte de la salle d'armes, en entendant les pas des gardes claquer sur le sol du couloir, puis insère entre les poignées un espadon d'acier. Les travaux du forgeron ne sont pas des travaux de débutant, et je peux gagner un temps fou grâce à cette arme.

Je m'occupe déjà de traîner le garde de la porte tant bien que mal derrière un coffre, bien caché, puis arrache un morceau de tissu d'un sac à côté de moi, le ballonne et lui attache les poignets et les chevilles. Avec un peu de chance, le temps qu'ils le cherchent, le trouvent, l'interrogent, je serais déjà parti.

Je prends ensuite le sac auquel je viens d'arracher un morceau, puis l'ouvre. Je le remplis avec plusieurs armes : trois dagues, une épée, deux gourdins et une hachette. Je le pose ensuite sur mon épaule. Ce sac est extrêmement lourd, mais grâce à la force que j'ai développé en faisant ce travail à maintes reprises, je parviens à le soulever tout comme je suis parvenu à maintenir au sol le garde.

J'ouvre une fenêtre très étroite, mais dans laquelle je me peux me faufiler grâce à ma taille, et ensuite fait passer le sac en tirant fort dessus. Mais une promesse me revient en mémoire : la porte est sur le point de céder, mais je ne peux pas partir sans prendre dix flèches situées dans un tonneau. Je les range dans le sac, puis, je m'éloigne sans faire de bruit tandis que j’entends les gardes entrer enfin dans la salle.

Du haut de mes onze ans, je parviens tout de même à porter ce sac en traversant la ville à pas de loup, en prenant soin d'emprunter les rues désertes.
J'arrive enfin devant la petite cabane en bois derrière la maison de Thardred, qui lui servait autrefois de garde-manger. Maintenant, il sert de lieu de rendez-vous pour deux délinquants. J'ouvre la porte grinçante, tape mes bottines contre le tapis moisi de l'entrée, et pénètre dans la cabane abandonnée.

En attendant l'arrivée de mon client, je passe comme d'habitude mon regard sur l'intérieur de cette planque. Une armoire où le vieux chasseur rangeait tous ses petits animaux sert maintenant d'habitat à une famille de mouches. Certaines planches au sol risquent de craquer, et le toit peine encore à tenir. La lumière passe par deux fenêtres brisées, et les restes de verre sillonnent encore le sol.

C'est par l'une de ses fenêtres que rentre Oscar, un garçon de quatorze ans au physique assez effrayant. Des coquarts, des bleus et des coupures sont visibles sur son visage. Il pose les yeux sur mon sac. Je lis dans son regard la satisfaction de savoir qu'il rapportera une belle commande ce jour-ci grâce à moi. En guise de remerciement, il m'adresse un hochement de tête. Je lui rends la pareille.

Personnellement, je ne l'aime pas. Je lui trouve un comportement bourru, hargneux, colérique, voir méprisant, contrairement à moi qui suis calme, sociable et généreux. Mais pourtant on se comprend lui et moi, car nous sommes à peu près dans le même cas, à quelques différences près.

Il est contraint de travailler pour ses parents, qui gèrent un commerce clandestin avec des brigands des terres de Pierreval. C'est un trafic d'armes et de nourriture. Un jour, il m'a raconté comment il avait commencé cette tâche ingrate qui est de leur fournir ces armes. Il avait encore dix ans à l'époque. Ses parents venaient de signer un contrat avec les hors-la-loi de Pierreval, et de ce fait, ils ont ordonné à leur premier enfant d'aller piller l'armurerie de la ville pour leur apporter le nécessaire.

N'étant pas doué pour tous ce qui requiert de la discrétion, il m'a vite repéré à la place du marché, volant un pain sur le comptoir de l'épicier sans qu'il s'en rende compte. A cette époque, mon père vivait encore et nous rapportait de l'argent, mais je devais quand même voler de temps à autres pour pouvoir remplir nos assiettes le soir.

Il m'a proposé de l'aider dans sa tâche, en échange de nourriture. Je lui ai demandé comment il trouvait de la nourriture, car je savais que sa famille était aussi pauvre et misérable que la nôtre, il m'a confié un plan qui consisterai à offrir les flèches de l'armurerie au chasseur de la maison d'en face, pour qu'il puisse continuer à braconner en échange de gibiers. Je n'ai accepté cette proposition qu’ un an plus tard, à la mort de mon père.

Nous formions désormais un véritable cercle de délinquants, et nous nous mentions, nous ne pratiquions que le troc, et nous risquions des sanctions, que ce soit de la part de la police locale ou des parents d'Oscar. Mais pourtant il n'y a jamais eu de représailles ni de problèmes. Tout a marché comme sur des roulettes pendant tout ce temps.

Il m'a confié un jour qu'il avait des sanctions adaptées au mauvais travail qu'il pouvait effectuer quelquefois. S'il arrivait en retard, c'était plusieurs paires de gifles, si la quantité d'armes qu'il ramenait était trop faible, il se prenait des coups de ceinture. S'il refusait de faire ce travail ou qu'il ne ramenait absolument rien, il serait abandonné dans la nature, le condamnant donc à une mort certaine. C'est ce jour-là que j'ai compris que son sort était entre mes mains.

Lui est obligé d'affronter la loi, mais moi je le fais de mon plein gré. Je dois m'occuper de ma mère. Je nourris, je réchauffe, je rapporte assez d'argent pour vivre, ou plutôt devrais-je dire, survivre. C'est mon devoir, et c'est surtout la dernière promesse que j'ai faîte à mon père. Lorsqu'il était allongé dans son lit, sa fièvre qui allait l'emporter, je lui ai promis de prendre soin de maman.

C'est en me noyant dans de multiples tâches que j'ai pu ignorer le chagrin que j'avais, et c'est de cette façon que nous avons pu vivre sans vivre la famine qui tue, celle que connaissait d'autres hommes du Rohan aussi pauvres. Si, nous l'avons connu une fois, lors d'un hiver glacial, où les réserves s'étaient affaiblies suite à l’incendie de l'entrepôt. Nous n'avions plus à manger, et plus d'argent, alors ma mère a été contrainte d'offrir son corps au deuxième fils du Sénéchal Athelward, le seigneur des Norcroft : Krane. Un homme d'une pervertie inégalée et qui était haï de tous.

Ma mère était rempli de désespoir à cette époque, et moi-même était choqué en apprenant ce qu'elle était obligée de faire pour nous garder en vie. Mais elle est tombée enceinte de Krane. J'ai eu beaucoup de mal à satisfaire la faim de ma mère, mais j'y suis parvenu, au prix de devoir lui donner mon repas. Elle le refusait, mais je l'obligeais à manger mon repas.

J'ai eu un petit frère neuf mois plus tard, qui fut appelé Tiared, mais il est mort de faim à l'âge de six mois. Après ça, ma mère fut tellement traumatisée qu'elle s'est fait la promesse de ne plus jamais vendre son corps.

Oscar et moi avons connu de sombres moments dans notre vie, mais pour l'instant, on peut dire que tout va bien.

« -Siared, tu es trempé de sueur, tu as couru ? Me demande-t-il.

-Ils m'ont remarqué, et j'ai dû partir au plus vite.

-Tu as réussi à partir à temps ?

-En fait il y avait un garde devant la salle d'armes. J'ai été contraint de l’assommer, de le cacher, de barricader la porte et de filer rapidement hors de cet endroit. »

Je le vois sourire d'amusement. Je ne trouve pas cela drôle : j'ai dû blesser quelqu'un pour parvenir à mes fins, et je ne trouve pas que ce soit la meilleure solution. Ce n'est pas non plus par plaisir que je fais ce travail, mais si je faisais autre chose pour nous faire vivre, ma mère et moi, je condamnerais Oscar à une mort certaine, et je ne veux pas de ça sur la conscience.

Je me contente de hausser les épaules, puis l'interroge :

-As-tu la nourriture ?

Il se baisse me posant son sac à dos devant lui, et en sort de la viande de renard, des morceaux de poulets, un gigot de cerf, des restes d’écureuil, de la salade, du poireau, des carottes, deux saumons et quatre œufs.

-Les légumes, j'ai réussi à les récupérer à côtés d'un petit lopin de terre.

-D'accord.

Je m'en fiche un peu, tant qu'il y a de quoi manger.

-Prends soin de toi, m'adresse-t-il avant de sortir par la même fenêtre que tout à l'heure, le sac d'armes à la main.

Je range les œufs, la viande d'écureuil et trois carottes dans ma bourse, puis transporte le tout hors de la cabane. Cela fait un bout de temps que je ne ramène pas une si grosse quantité de nourriture, et ce ne sera pas pour me déplaire.

J'emprunte le chemin le plus court pour aller chez moi, je passe par la place du marché, celle où trois jours plut tôt, j'ai vu cette femme étrange qui semble venir d'un autre pays. Celle que je vois dans mes rêves, sauf qu'il y a trois jours de cela, je n'ai pas réagi comme dans mon rêve : au lieu de la suivre après qu'elle ait acheté son pain, je suis resté aux côtés de ma mère, soucieux. Je regrette, car je ne saurais jamais ce qu'il est vraiment advenu d'elle. Est-elle morte, brûlée vive, comme dans mon rêve ?

Ma curiosité m'aurait poussé à me rendre dans le coin de la rue sombre où j'ai vu cette femme s'enflammer pendant la dernière scène de mon rêve, mais je ne peux pas perdre plus de temps. Ma mère attend, alors j'abandonne une nouvelle fois la piste de cette femme, et me rend chez nous.

Je m'essuie les pieds par terre avant d'ouvrir la porte, puis rentre à l'intérieur de ma maison. Personne. Je pose la nourriture que je viens de gagner sur la table de la cuisine, puis j'appelle ma mère à voix haute. Elle arrive quelques secondes plus tard, et je la vois s'émerveiller en voyant tout ce que je rapporte. Je lui adresse un petit sourire.

Tandis qu'elle se baisse à ma taille, je remarque que ses yeux sont brouillés de larmes. Je pense que ce que je viens de ramener lui a donné du baume au cœur, car elle était désespérée ces derniers temps. La fatigue, le stress, la peur... Mais là, nous allons enfin pouvoir préparer nos premières rations depuis l'hiver dernier.

-Mon petit Siared... Je te remercie. Me dit-elle en m'écartant quelques mèches blondes devant mon visage.

Je vois une larme couler sur sa joue, puis qui tombe sur notre plancher humide et froid. Elle a repris espoir.

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Dernière édition par Yannou le Lun 9 Juin - 16:14, édité 2 fois
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Démon/Démone de l'Obscurité
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MessageSujet: Re: L'histoire d'un homme du Rohan   Lun 26 Mai - 18:12

On me traîne comme un vulgaire chien dans la rue principale de Cliving. C'est tout ce que je mérite de toute façon. Après avoir vécu dix-neuf années dans cette ville, et avoir commencé à dérober inégalement des choses depuis l'âge de sept ans, je me fais prendre bêtement en train de prendre sans payer un couteau sur l'étal du boucher.

Les gardes m’avaient emmené dans les cachots sous prétexte que je comptais m'en servir comme une arme, et que je l'ai volée pour commettre des méfaits épouvantables, comme un meurtre.

Ce n'était pas mon intention, car je comptais offrir ce couteau à ma mère, car voilà dix jours qu'elle est obligée de couper la nourriture avec une cuillère... De toute façon, quoi que je dise, ils ne me croiront pas. Ils sont bien trop contents d'avoir enfin capturé le Voleur de Cliving, le célèbre individu volant tout et n'importe quoi depuis tant d'années.

Hier, il a été prononcé devant la population que je serais condamné à la pendaison lors du prochain jour, au coucher du soleil. Je n'imagine pas l'état de ma mère en apprenant cette nouvelle. Pourtant, j'ai bien essayé de m'enfuir, de casser les barreaux, de soudoyer les gardes, avec comme plan par la suite de partir avec ma mère vers un autre endroit. Mais en vain.

Tandis que j’apprécie de regarder les dernières lueurs de la journée s'estomper à l'horizon en créant une nuance de rouge et d'orange dans le ciel, les gens me huent et me donnent des coups de pied à mon passage alors que deux gardes me traînent à travers Cliving vers la ville nord, devant la demeure du Sénéchal des Norcroft qui assistera à ma pendaison. Quel honneur ! Et je vois qu'on a préparé une corde attachée à la solide branche d'un arbre pour moi. Apparemment, je ne valais même pas la peine de mourir pendu sur une potence.

On me met debout sur un tabouret en dessous de l'arbre, on m'attache une corde au niveau du cou, puis le bourreau s'avance vers moi. Celui-ci n'est autre que Krane. L'image que j'ai de lui est celle d'un homme sans honneur ni pitié, quelqu'un de mauvais et de faux, quand je le vois me sourire à pleine dent, sachant qu'il tuera quelqu'un ce jour.

-Avez-vous une dernière volonté ? Me demande-t-il.

Je réfléchis à ma dernière volonté : prendre soin de ma mère ? Même si je sais que je m'adresse à celui qui s'est appropriée son corps durant quelques temps et lui a fait un enfant. Libérer Oscar de l'horrible métier « d'homme à tout faire » à la cour du Sénéchal qu'il exerce dorénavant ? Mais je ne pense pas que cette volonté sera écoutée...

Soudain, je perçois parmi les injures de la foule, le sanglot d'une femme, puis fixe du coin de l’œil cette femme qui n'est autre que ma mère en train de pleurer dans les bras de Patia, la vendeuse de légumes et sa meilleure amie.
Cette simple image de désespoir ne donne pas envie de répondre au fils du Sénéchal, mais de lui cracher au visage, ce que je fais d'ailleurs.

Je le vois grimacer pendant qu'il essuie son visage, puis il lève son pied menaçant. Et alors que je garde les yeux ouverts, et que je m'attend à ce qu'il donne un coup de pied dans le tabouret pour me faire basculer dans le vide et donc que je m'étouffe avec la corde suspendue jusqu'à ce que mort s'en suive, c'est le sang qui sort de sa bouche que je vois éclabousser ma chemise de prisonnier.

Je plisse les yeux, et voit le couteau planté dans son dos. Les trois secondes qui suivent sont témoin du changement total de l'environnement calme en un chaos infernal.

Deux maisons sont en train de s'enflammer au début de la rue, à gauche. De la fumée s'échappe des palissades qui entourent la maison du Sénéchal, et s'épaissit partout. J’entends des cris, des hurlements, des toussotements, les pleurs d'un nourrisson, mais tous ce que je parviens à voir à travers l'épaisse fumée, c'est une ombre qui apparaît et disparaît, mais jamais au même endroit.

Un bruit léger me fait remarquer que ma corde a été coupée de l'arbre, et juste après, deux yeux noirs me fixent juste devant moi. Mise à part des cheveux bruns-roux et des yeux effrayants, je ne vois rien derrière le capuchon et le masque noir de l'individu devant moi. Il me chuchote rapidement :

-Pars d'ici, pars le plus loin possible.

Et il disparaît de suite après.

Je saute du tabouret puis cours, les mains toujours attachées, vers la rue qui descend en pente vers la gauche. Je commence à voir des gens courir dans tous les sens, et quelques corps de gardes étalés par terre. Une flèche frôle mon oreille, mais je ne m'arrête pas de courir. Je cours jusqu'à la sortie de la ville, mais la grande porte de la muraille se ferme juste avant que je puisse sortir. Un membre de l'ordre me pousse brutalement, et je tombe au sol. Il lève son hallebarde, et s'apprête à faire tomber la lame sur moi, mais je roule à temps sur le sol. La lame me frôle en me coupant les liens qui retenaient mes mains sur le dos.

Je me lève et me rue sur lui, puis le plaque contre le mur. J'essaie de maintenir tant bien que mal le bras qui tient son hallebarde, mais je suis trop faible, et il arrive à me repousser. Il tend son bras en arrière pour me porter un coup, mais par chance, je vois Oscar apparaître derrière lui, et couper d'un coup vif le bois qui retenait la lame de l'arme. Je ne me prends alors qu'un coup de bâton. Alors que le garde vient de se rendre compte du problème, Oscar lui prend la tête entre les deux mains, et la tourne brutalement pour lui casser la nuque.

Je vois le corps s'écrouler avec un regard effrayé, mais je n'ai pas le temps de me remettre de mes émotions, car Oscar me saisit le bras, et me guide jusque l'autre bout du mur, où une autre sortie est ouverte.

Nous avançons quelques centaines de mètres, puis nous nous cachons derrière un rocher. Je reprends ma respiration, et je vois que je tiens le reste de l'arme du garde : le long bâton. Je m'exclame avec colère :

« -Tu l'as tué !

-Il le fallait...

-Tu aurais pu... l’assommer tout au plus !

-Avec l'armure qu'il transportait ?

Je soupire en me cachant le visage dans les mains. Il a raison...

-Que vas- tu faire maintenant ? Dis-je.

-Retourner à cette ville. Ils ne savent pas ce que j'ai fait, et contrairement à toi, si je pars, ils me traqueront. J'ai un emploi important auprès du Sénéchal, et j'ai prêté serment.

-Tu es sûr ? On pourrait peut-être... Survivre à deux. C'est possible.

-Non sans façon.

Dans ce cas, est ce que ça te dérangerai... De prendre soin de ma mère ? Je ne suis plus là, elle ne va pas s'en sortir toute seule. Dis- lui que je vais bien, et que grâce à toi, je suis en vie. Elle te fera confiance. Je t'en prie, promets le moi.

-Très bien. Tu peux compter sur moi.

-Merci... Lui dis-je avec un faible sourire, avant d'ajouter... l'ami.

Il hausse les épaules suite à cela, puis je le regarde retourner vers cette ville. Quant à moi, je me lève, avec la ferme intention de trouver un endroit où dormir, car la nuit vient de tomber.

Plusieurs heures plus tard, je trouve une grotte inhabitée. Je ramasse un peu de bois après l'avoir explorée, j'y fais un feu en frottant mon silex à une pierre, puis me couche à côté de cette chaleur protectrice. N'ayant rien à manger, je plonge dans mes réflexions. J'étais sensé être mort pendu... mais une personne mystérieuse est intervenue, et m'a dit de partir. Pour quelle raison ferait-elle cela ? Je ne me rappelle pas l'avoir vu pourtant. Et ensuite, Oscar est intervenu en me sauvant à son tour. Pourquoi a-t’ il fait ça ? Nous ne sommes pas amis, et ce genre d'action ne lui rapportera que des ennuis. Peut-être est- ce pour me remercier d'avoir exécuté les vols d'armes à sa place pendant toutes ces années pour ses parents. Il veut sûrement avoir la conscience tranquille. Tous ces événements montrent que le monde commence à changer. Je le sens.

Le lendemain, je me réveille dès que les premières lueurs de l'aurore apparaissent. Mon plan est de gagner le Grand Fleuve dans la semaine qui vient, et de rejoindre la ville de Stangarde. D'après les nouvelles que j'ai eu, il existe là- bas un bastion de soldats qui empêche l'accès de notre royaume aux ennemis du Rohan. A ce qu'on dit, plusieurs personnes bannies ont été envoyé en ce lieu, loin de leur famille, pour rejoindre les troupes. Peut-être trouverais-je ma place en cette ville ?

Grâce à mon silex, je parviens à couper le bout du bâton qu'il me reste pour en faire une lance. Avec un peu de chance, je pourrai chasser grâce à cela. Je me lève, prends mon œuvre artisanale, et sort de la grotte. Je soupire une fois dehors. Il y a une semaine, je menais encore une vie paisible et habituelle, vivant chaque fois des risques mais sans m'en rendre compte, et là je suis obligé de vivre dans la nature, et de voyager dans des terres que je n'ai jamais exploré. Tout ce que je sais, c'est qu'il faut aller vers l'Est.

Je fais le chemin inverse de la veille que j'ai emprunté pour me rendre à cette caverne, puis arrive à la grande route. Je m'éloigne vivement, au cas où le Sénéchal Athelward ou Krane, son fils (s’il est encore en vie) auraient organisé une traque pour me retrouver. Ils emprunteraient certainement la route principale des Norcroft. Je prends donc soin de ne pas emprunter la route, mais fais en sorte qu'elle reste toujours dans mon champs de vision, afin de ne pas m'égarer.

Je parcours les vastes plaines et bois du Rohan en partant vers l'Est, en direction du Plateau, la frontière de mon pays.

C'est dans la soirée que la faim commence à se faire ressentir. J'ai pourtant regardé partout autour de moi, la lance prête, pour trouver le moindre animal, mais rien. Peut-être est-ce mon boucan insupportable qui a fait fuir les animaux ?

J'essaie alors de marcher silencieusement, jusqu'à ce que je tombe sur une clairière, où au milieu, une biche est en train de brouter de l'herbe. J’écarquille les yeux devant une si belle chance. « Le festin sera splendide ce soir ! » Me dis-je intérieurement. Tout au long de ma vie, je n'ai eu qu'une seule occasion de manger de la biche : lors du jour de mes treize ans. Oscar m'a offert un gigot de cet animal pour l'occasion, et lorsque je l'ai rapporté à la maison, ma mère fut si heureuse, qu'elle m'a préparé le plus merveilleux repas que j'ai jamais mangé.

Je ne vais pas laisser passer cette occasion. Je tiens fermement ma lance, prend un bonne posture pour la lancer. Quelques secondes plus tard, la biche s'écroule au sol. Pourtant, ma lance est toujours dans ma main, et c'est lorsque je relève les yeux que je vois celle qui habite mes rêves depuis mes huit ans. Celle que j'ai vue au marché avec ma mère. Celle qui dans mes rêves s'embrase à la fin chaque fois. Celle qui a un regard qui montre sa crainte et sa tristesse. Exactement le même regard qui me fixe en cet instant.

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MessageSujet: Re: L'histoire d'un homme du Rohan   Lun 9 Juin - 19:51

Cette dame d'une trentaine d'année tremble comme une feuille, et de la sueur coule sur son front. Son expression terrifiée est visible, mais ce qui est dangereux de cette situation, c'est que la flèche bandée par son arc est pointée vers moi. Elle ne sait peut-être pas viser, mais elle est assez près pour pouvoir me toucher avec beaucoup de facilité.

Je baisse ma lance, la pose par terre, puis lève les mains.

-Regarde, je me rends. Cette biche est à toi.

-Écarte toi ! Me crie cette femme non sans une certaine peur dans la voix.

-Oui... je recule, comme tu voudras. Tu n'as rien à craindre, je ne te veux aucun mal.

Tout à coup, des hurlements de loups se font entendre tandis que l'obscurité de la nuit s'installe sur les terres du Rohan.

-Laisse moi partir... Me dit-elle.

-Je te laisse partir si tel est ton choix, je ne m'y opposerai pas.

Elle tremble toujours, et semble de plus en plus indécise. Si ça se trouve, elle va tirer sa flèche, pour ne pas prendre le risque que je la poursuive.

-Écoute, baisse cet arc, et calme toi. Je peux peut-être t'amener dans un lieu où tu seras en sécurité ? Et tu comprendras que tu n'as rien à craindre de moi.

Je ne connais pas de lieu sécurisé dans les parages, mais il faut que j'essaie de la mettre en confiance.

-Va-t'en ! Va-t'en !! Me hurle-t-elle avant de lâcher le fil de son arc.

La flèche file et se plante dans ma cuisse gauche. Je pousse un cri de douleur, et tombe au sol, tout en voyant cette flèche profondément plantée dans ma chair. J’aperçois du coin de l’œil, cette femme, complètement paniquée, lancer son arc dans un buisson et saisir la biche.

Elle est totalement terrifiée, et des larmes coulent sur ses joues. Je l'entends sans cesse murmurer :

-Désolée... je suis désolée...

Puis elle part en transportant la biche. Je m’assois contre un arbre et examine ma blessure en serrant les dents. La douleur est cuisante, et je n'arrive même pas à bouger la flèche sans pousser un vagissement. Si je l'arrache de ma jambe, sans soin, je risque de faire une hémorragie.

La nuit commence à tomber quand ma tête commence à tourner. Après tout, c'est peut-être la fin. Ma vue se trouble. Qui viendra me sauver au milieu des bois ? Les loups dont j’entends les hurlements approcher ? Je sens mon corps basculer, et je me dis que c'est la fin, quand je pose mon dernier regard sur la créature de la nuit qui bondit dans ma direction.

Lorsque que je me réveille, je me trouve au même endroit que la veille. Les premières lueurs du jour qui se dessinent à travers les lointaines Montagnes Grises m'aveuglent. Je pose mon regard sur ma cuisse gauche, et voit que la flèche n'est plus là, et un tissu est enroulé autour de ma blessure.

Je ressens encore une effroyable douleur, et c'est pourquoi je peine à me relever. Est-ce cette femme qui m'a sauvé ? J'en doute, mais il faut que je la retrouve, pour me venger. Les loups rôdaient près d'ici la veille, et elle, qui transportait en plus du gibier, était proche de cette zone.

Je boite jusqu'au coin de terre où elle se trouvait pour connaître la direction de sa fuite. Mais je suis anxieux, car je vois que deux séries de traces différentes, ne partant aucunement dans la même direction. Il y avait donc une autre personne la nuit dernière...

Sur l'une des pistes, je remarque des taches de sang. Je me fie à celles-ci, car c'est sûrement le sang du gibier qui a coulé. Je ramasse ma lance au sol, puis commence mon douloureux trajet, en colère, affamé, et réclamant vengeance contre cette impertinente qui m'a laissé mourir pour emporter sa piètre biche.

Trois jours passent dans lesquels mon état s'améliore peu à peu. Je me repose souvent, arrive à me nourrir de tout ce que je peux trouver, et par chance, aucune bête sauvage ne s'en prend à moi. De plus, pas la moindre goutte de pluie n'est survenue pour brouiller la piste que je tiens. Je me moque que les loups la dévore ou non, mais j'éprouverai plus de satisfaction à la blesser ou à la tuer moi-même.

Le crépuscule apparaît quand j’entends un son déchirant troubler le calme des plaines des Terres des Chevaux. Ne pouvant pas courir, je m'efforce de me diriger rapidement vers le cri bestial qui fait encore écho dans mes oreilles. Après avoir grimpé une colline, je distingue la femme, dont je suis les traces depuis tout ce temps, qui fuit, poursuivit par les loups. Il n'y en a que quatre à ses trousses. L'autre partie de la meute a dû rester savourer la chair de la biche dont j'ai aperçu les restes du cadavre ce matin.

J'empoigne ma lance, puis la projette avec une puissance redoutable vers l'animal le plus proche. Un cri plaintif s'ensuit, et je vois que mon arme s'est plantée dans le flan du carnivore. J'en vois un autre focaliser son attention sur moi, puis prendre son élan. Heureusement, je parviens à temps à arracher mon bout de bois pointu de ma victime décédée, et à l'enfoncer dans le crane de mon ennemi, juste au moment où il allait m'entraîner au sol.

Je me dis que je me débrouille pas si mal. Mais je sens tout à coup les crocs de la troisième créature s'enfoncer dans la chair de mon bras. J'entends également mon idiote en détresse hurler de terreur alors que le dernier loup se jette dessus.

La lance n'étant plus dans ma main, je n'ai qu'une seule option à portée de main. Je pause mes paumes sur le cou du loup qui m'a mordu le bras, et effectue un geste vif pour lui briser la nuque. Puis, malgré mon bras saignant abondamment, j'accours auprès de cette femme, qui traîne au sol en donnant des coups de pieds dans la gueule de l'animal pour ne pas le laisser s'approcher.

Je frappe de toutes mes forces avec ma jambe droite les pattes arrières de l'animal. Celui-ci chute, puis se relève en me fixant avec ses yeux brillant d'une haine certaine. Je pousse un cri tellement farouche qu'on pourrait croire qu'il sort du corps d'un ours. Ce loup, voyant qu'il n'a aucune chance, fait volte-face et s'enfuit à corps perdu en poussant des jappements.

Je me tourne vers la personne allongée, qui semble à bout de souffle.

-M... M-Mer...

Je lui coupe la parole, car je n'ai toujours pas apprécié sa petite scène d'il y a quelques jours :

-Comment as-tu pu faire ce que tu as fais ?! Tu m'as laissé mourir voir même dévoré ! Je hurle à plein poumon.

-... Mais tu n'es pas mort.

-Parce que tu voudrais que je te félicite peut-être ?

Soudain, une pitié me saisit le cœur. Des larmes de terreur coulent sur ses joues. Après tout, peut-être que c'est elle qui m'a sauvé l'autre soir ? Je soupire pour essayer de me calmer, puis dit sèchement 

-Nous devons partir au plus vite. Ce loup va sûrement revenir avec le reste de la meute.

Elle hoche la tête discrètement.

Je trouve touchant qu'elle m'accorde déjà sa confiance, après ce que je viens de faire. Avant tout, c'est vrai, je l'ai sauvée des loups, mais j'ai bien décelée chez elle que ce n'est pas, ou peut-être, ce n'est plus le genre de personne à accorder sa confiance facilement. Je garde alors par sécurité ma lance dans ma main

Je lui tends mon bras, puis l'aide à se relever. Elle tremble tellement qu'elle manque de tomber. Je mène la marche, et elle me suit avec une tête de chien battu tandis que je cherche un abri dans les environs. Après plusieurs heures de marche, nous sommes tellement épuisés par les événements de la journée que nous abandonnons l'idée d'un endroit sécurisé, comme une grotte, pour nous établir dans un creux entre deux collines.

-Les loups vont nous avoir ici. Me dit-elle.

-Tu n'as qu'à surveiller cet endroit, je lui réponds sèchement, pendant que je vais chercher de quoi nourrir le feu.

Je me charge d'aller chercher le bois pour entretenir notre feu de camp et aussi pour une idée qui m'est venue : au cas où la meute nous aurait retrouvé, elle ne pourra pas nous prendre par surprise quand nous dormons. Avec le grand stock de bois récolté, je plante des branches solides en cercle autour du camp.

La palissade servira à retenir les plus hargneux d'entre eux. Je ne finis mon travail que lorsque la lune a atteint son apogée. Mon nouveau compagnon n'est toujours pas endormie. Je m'approche, et remarque qu'elle a le regard fixé sur une vieille carte dégradée... Il y a dessus des noms de villes que je connais... Neigeborn, Edoras... ma ville natale Cliving. Mais... Elle est plus idiote que je le pensais !

-Donne-moi ça ! Lui dis-je brutalement en lui arrachant la carte des mains. Dire que si tu me l'avais donné, on dormirait dans une taverne à l'heure qu'il est ! Mais pourquoi tu l'as gardée pour toi !

-Rend moi ça... C'est à moi ! S'exclame-t-elle.

Elle plonge la main sans son sac à dos, et en sort un petit gourdin de bois. Après l'avoir empoigné dans sa main droite, elle se lève d'un bon et se met en position d'attaque. Une position qui d'ailleurs est assez pathétique, surtout qu'on la voit trembler, et que ses yeux bruns foncés trahissent son manque de courage.

Je décide de lui redonner la carte pour éviter le conflit, mais dis tout de même en la lui lançant :

-Si j'ai bien remarqué l'endroit où nous sommes situé, nous avons pénétré les Sudcroft, et nous sommes proche d'une ville appelée Garsfeld.

En effet, car au lieu de partir vers l'Est comme je l'avais prévu, j'ai suivis la trace de ma « nouvelle amie » qui se dirigeait vers le Sud.

-Non... Je ne veux pas y aller murmure-t-elle en devinant mon intention de se rendre dans cette ville.

-Pour quelle raison ?

-Tu... Tu peux y aller toi si tu veux. Mais je ne viens pas. Je ne peux plus aller dans les villes.

Je soupire. Mon plan tombe à l'eau ! Mais la seule chose que je trouve à dire c'est :

-Quel est ton nom ?

-Zafaria. Me dit-elle après avoir longuement hésité.

-Moi c'est Siared. Lui dis-je en lui tendant la main.

Zafaria semble troublé par le geste que je fais. Peut-être que serrer la main n'est pas une coutume locale de chez elle. Je baisse alors la main en haussant les épaules.

Les premiers cris et les premières apparitions des prédateurs se font lorsque la lune commence à descendre dans le ciel. Les lueurs effrayante de leurs yeux remplis de haine me font frémir de là où je suis. Plusieurs loups essaient de passer dans des coins où le feu ne les menace pas. J'adresse un signe à Zafaria pour attirer son attention, puis lui chuchote.

-On ne peut pas rester là, il faut partir.

-Je... Je préfère rester ici. Je n'ai pas le courage de courir devant ces monstres.

Je roule des yeux et soudain remarque le pommeau d'une épée dépassant de son sac. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est à ce moment là que je me mets dans une colère fulgurante :

-Bien sûr... Tu as des armes, une carte, des provisions, mais tu n'as pas le courage de sortir de ce piège ! Tu te fiches de moi ? Qu'est ce qui te fais si peur de sortir de ta bulle ? D'affronter le monde tel qu'il est ? Parce que je pense que tu as assez de courage pour sortir d'ici si jusqu'à maintenant tu as réussi à te débrouiller seule à survivre dans la nature !

Elle reste bouche-bée, et des larmes coulent sur sa joue. C'est là que je commence à regretter.

-Excuse moi... C'est ma faute. C'est moi qui nous ai mis dans cette situation...

Elle essuie ses larmes, puis se tait. Un long silence s’installe, parfois brisé par les grognements de la meute qui deviennent de plus en plus farouches. J'essaie d'attendre patiemment le lever du soleil, mais le temps se fait long. Soudain, la voix tremblante de Zafaria s'adresse à moi :

-On va devoir en éliminer quelques uns si on veut sortir ?

-Évidement je réponds en haussant les épaules.

De légers gémissements de peur sortent de sa bouche, puis un hochet la prend. Je la fixe quelques instants, elle, sa grosse cape et ses épaulières en fourrure que je voudrais bien avoir sur moi pour ne plus trembler dans ma misérable tenue de prisonnier.

-C'est toi qui m'a guéri l'autre jour quand j'étais blessé par la flèche ? Je lui demande en me retenant de rajouter à la fin : à cause de toi.

-N-Non...

Elle se racle la gorge. C'est définitivement quelqu'un de très bizarre.

Lorsque l'aube pointe dans le ciel, nous commençons à lever le camp. Je suis horriblement fatigué car je n'ai pas dormi cette nuit. Nous saisissons nos affaires, puis sortons vivement de la protection que nous avons construite pour la nuit. Les loups n'ont pas le temps de nous avoir, et heureusement d'ailleurs. Je décide de partir vers l'Ouest, car j'essaierai en chemin de convaincre Zafaria d'aller en lieu sûr.
C'est tout de même une histoire étrange. Je ne la connais pas j'ai même essayé de la tuer, mais pourtant, on aurait dit que nous voyagions ensemble depuis toujours. Je pourrai tout aussi bien l'abandonner et reprendre ma route là où je l'ai laissé, mais quelque chose me pousse à l'aider. L'aider à quoi ? Aucune idée, mais pour l'instant, notre seul objectif, c'est d'échapper à cette meute. Derrière nous, je distingue les poils gris, noirs ou bruns qui nous suivent silencieusement. Ils ne nous laisseront jamais !

Pour briser l'instant lourd qui suit, je décide de poser une question qui m'a rendu perplexe depuis la veille.

-En quoi cela t'inquiète de tuer un animal ou non si c'est pour survivre ?

-Je ne sais pas me servir d'une arme, mais c'est surtout que... je n'arrive pas... à tuer.

Un silence s'en suit, puis je lui dit avec inquiétude en jetant un œil derrière moi :

-On a pas le choix, on va devoir les affronter. Je ne supporte pas le fait qu'ils puissent me sauter à la gorge au milieu de la nuit.

-Non s'il te plaît, continuons de chercher un lieu sûr.

Soudain, quelque chose me revient en mémoire :

-Pourtant, tu as bien tiré sur la biche il y a quelques jours. Dis-je en revenant sur le sujet précédent.

-Et je n'en suis pas fier... Je n'en suis jamais fière. Tu ne sais pas ce que ça fait de tuer. Enlever si facilement une vie, des années d'existences, de souvenirs... J'ai connu ça, enlever des souvenirs, sauf que ce n'était pas moi la meurtrière. Mais la victime.

Je plis les yeux dans sa direction, et voit qu'elle tient au creux de sa main un épieu. Identique à celui que j'ai vu dans mon rêve. Je suis tout à coup comme paralysé. Il ne m'était jamais arrivé d'avoir une cohérence entre mes rêves et ma vie. Elle se tourne vers moi.

-Qu'y a-t-il ?

Soudain, une idée me vient :

-Je vais te donner ton premier cours d'escrime.

-A droite ! Voilà c'est bien. Maintenant, un coup fort... Un peu plus fort par contre !

Deux heures viennent de passer où Zafaria répète sans cesse les mêmes coups avec son épée. Le début a été très complexe, étant donné qu'elle se braquait dès que je lui mettais l'épée dans la main. Maintenant, elle commence à assimiler les règles que je lui donne. Ce ne sont que les règles de bases, et les seules que je connais, celles que j'ai apprises en prison. Ma cellule était juste à côté de la caserne, et toute la journée j'entendais les coups d'épées sur les mannequins et les ordres de l'entraîneur.

De ce fait, ma seule occupation était de frapper les barreaux de la grille avec un bout de bois. Finalement, ça ne m'aurait pas servi à rien.

-Bien. Maintenant, tu vas m'affronter. En garde !

Elle ne bouge pas.

-As-tu peur Zafaria ? Si c'est le cas, même avec ce temps passé à t'apprendre l'art de combattre, les créatures de ce monde auront ta peau.

-Je n'ai pas peur...

-Tu as peur, et tu es une menteuse. Tiens, regarde là bas, dis-je en pointant le doigt en direction de la meute qui nous suit à pas de loup depuis tous ce temps. Ces créatures ne feront qu'une bouchée de toi si tu n'apprends pas te défendre ou à attaquer.

-Je n'ai juste pas envie de combattre... Je ne veux pas faire de mal.

-Parce que tu n'as pas voulu me faire de mal lorsque tu m'as tiré dessus ce jour-là ? Lui dis-je en montant le ton. Tu as eu de la pitié lorsque tu m'as laissé là, comme un chien, en espérant que je retarde les loups ?

Elle se braque, comme toujours. Je ne le supporte pas :

-Zafaria, il faut les tuer ces bêtes ! Dans ce moment là, c'est la loi du plus fort qui marche ! C'est pas le fait de trouver un abri.

-Ta loi du plus fort, c'est celle qui brise les vies comme les miennes ! Me hurle-t-elle à la face sans que je m'y attende. Celle qui nous prend nos familles devant nos yeux !Celle qui nous condamne à voyager dans des terres espérées plus sûres ! Celle qui ne nous laisse qu'un bout de bout de bois comme souvenir de notre passé !

En me disant ces derniers mots, elle jette à mes pieds l'épieu que je voyais dans mes rêves. Puis, elle me tourne le dos, et s'éloigne en pleurant. Je ne sais pas quoi dire. Que dire lorsqu'on vient d'apprendre le passé douloureux d'une personne ? Je m'approche tout de même, et dit sur un ton de regret :

-Je m'excuse. J'ignorais tous les événements que tu m'as cité.

-Tu m'as demandé comment j'ai réussis à tuer cette biche si j'ai peur d'ôter une vie... Dit-elle en se levant, puis en se mettant face à moi, la poitrine haute comme pour m'impressionner. Mon père m'a appris à chasser les animaux comme cette biche. Mais par contre, il ne m'a pas appris à survivre contre une meute de loups affamés. Tu m'as demandé comment j'ai appris à me débrouiller toute seule dans la nature ? Ma mère m'a apprise à pêcher dans toutes les eaux existantes, mon frère m'a appris à soigner n'importe quelle blessure avec toutes sortes de plantes et mon grand-père, m'a appris qu'il fallait ignorer les petits impétueux comme toi !

Au même moment, elle me frappe avec son bout de bois qui faisait guise d'épée lors de son entraînement. Son coup frappe mon bras où ma blessure dû à une morsure ne s'est pas cicatrisée. Je crie de douleur, et tombe au sol. Du sang commence à couler en abondance sur le sol. Zafaria, inquiète, se baisse à ma hauteur, et fixe ma blessure avec affolement de ses yeux obscurs.

-Je vais... Je vais...

Elle semble choquée par l'action qu'elle vient de faire.

-Je vais aller chercher de quoi te soigner.

Puis elle s'éloigne en courant à travers la lisière d'une forêt à une centaine de mètres. Cinq minutes passent, puis dix, jusqu'à ce que je vois les loups s'approcher de moi. Leurs yeux perfides fixent la personne vulnérable que je suis, à portée de leur crocs, et qui ne peut pas se défendre. Quelle occasion pour eux ! Quand soudain, un grognement déchirant les stoppa net dans leur avancée. Une créature plus massive qu'un ours et plus vive qu'un lynx bondit d'un rocher. Sa carrure impressionnante n'a d'égales que ses yeux cruels et que ses crocs acérés. Elle plaque d'une patte un loup sur le dos, et plante sa mâchoire dans son cou. Un hurlement plaintif et court s'en suit. Tous les autres loups s'enfuient sans réfléchir devant cette apparition.

Un Warg. Tel était le nom qu'on donnait à ce genre de loup géant. Ce genre de loup géant n'est d'ailleurs pas considéré comme un animal. Ils sont plus dangereux, plus cruels, et plus intelligents que les loups. Ils ont adopté une langue avec laquelle ils peuvent dialoguer. La langue que j’entends résonner dans mes oreilles sous forme de grognements.

Il est juste devant moi quand je le vois renifler, mais je suis trop faible pour me défendre. Il pousse un cri, puis s'apprête à se jeter sur moi, quand tout à coup son sang éclabousse mon visage, et que je vois la pointe d'une lame tranchante et pointue sortir de sa gueule.

C'est lorsqu'il s'écroule à mes côtés que je vois derrière Zafaria, tenant dans sa main droite des plantes, et dans sa main gauche son épée ensanglantée, qui vient de me sauver. Elle tremble tellement que sa main lâche son arme.

-Je l'ai tué... Tué... Murmure-t-elle, comme avec regret.

Elle se baisse sur moi, puis commence à écraser et à étaler les plantes qu'elle a trouvées, sur ma peau. Elle ne dit rien, elle ne regarde même pas ce qu'elle fait. Je la fixe avec inquiétude.

Elle a le regard pendu dans le vide, et elle continue de murmurer : « Tué ». Une sensation de brûlure commence à s'emparer de mon bras aux endroits où elle a étalée ses plantes.

Elle sort ensuite du tissu de son sac, puis l'enroule autour de mon bras. La brûlure commence rapidement à laisser place à un soulagement.

-Tué... Snif... Voilà... Il ne devrait pas y avoir d'infection... Mais... Je l'ai tué.

-Tu as fait ce qu'il fallait faire. Ce genre de bête ne mérite pas la vie sur cette Terre, tu n'as rien à te reprocher. Maintenant, il faut partir. Je lui dis en me levant lentement.

Je commence à m'éloigner, et Zafaria me suit.

-... Pourquoi ?

-Tu ne connais pas le proverbe ?

-Quel proverbe ?

-Là où le Warg hurle, l'Orc rôde.

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"Tuer avant d'être tué"
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MessageSujet: Re: L'histoire d'un homme du Rohan   Lun 9 Juin - 19:52

-Je suis affamée...

-Moi aussi, mais on ne peut rester ici. Voudrais-tu te faire surprendre par une horde d'Orcs ? Je te promets que ni toi, ni moi ne survivrons si nous nous trouvons dans cette situation.

-Tu es faible et tu es blessé. Il te faut te reposer et manger si tu veux recouvrer tes forces. Tu crois que tu seras plus efficace évanoui que surpris ?

Je soupire. Elle a raison.

-Bien. On va aller se cacher dans le bosquet là-bas, dis-je. Chasse donc quelques animaux, je me charge de cueillir des fruits sauvages.

-Si je dois chasser, il nous faut faire un feu.

-Non, pas de feu. Ça dévoilerai notre position.

-D'accord... Mais il faut que tu me donne ta lance.

-Ma lance ? Mais pourquoi ?

-Je n'ai plus mon arc, je l'ai égaré sous le coup de l'émotion... Quand je t'ai... Tiré dessus.

-Décidément... Tiens ! Je lui réponds en lui donnant mon bâton pointu.

Il faudrait que je songe à me trouver une meilleure arme. Si cet objet m'a permis d'anéantir avec justesse trois loups, qu'en serait-t-il contre un groupe d'Orcs ?

Tous deux partons chacun de notre côté. Je parviens à cueillir quelques baies, et à trouver des racines. Zafaria me dira lesquelles sont comestibles. Ce serait un atout considérable pour moi si elle partageait ses connaissances. Finalement, je l'ai jugée un peu trop vite... Nous nous retrouvons plus d'une heure plus tard. Elle m'apprend qu'une grande partie des racines que j'ai cueillies sont comestibles. Par contre, la viande crue me dégoûte un peu, mais je me dis que c'est le prix à payer pour rester en vie.

-D'où viens-tu ? Si ce n'est pas une question indiscrète. Me demande Zafaria.

-Du nord, à Cliving. Mon père tenait une boutique de teintures et ma mère me gardait à la maison.

Zafaria laisse échapper un rire, puis me dit d'une voix sèche :

-Tu te crois du nord, mais tu ne sais ce qu'est le vrai Nord. Des terres glacées et de la givre recouvrant toutes les terres alentours... Des créatures affamées traquant nuit et jour le moindre petit animal... La violence des hommes et la cruauté des femmes... La misère dans laquelle on y vit... Et si ta vie tient encore jusque là, c'est la maladie ou la famine qui te la prendra.

Je frémis. C'est donc pour ça qu'elle porte ces fourrures et ces pelages d'animaux chauds. Elle vient du nord. Soudain, je la vois enlever sa grosse cape, et me la tendre.

-Arrête de loucher sur mes habits chauds. Tiens.

Je lui adresse un hochement de tête avec un sourire, avant d'enrouler la cape autour de moi. Le froid de l'hiver commence à se faire ressentir. Un hiver long et cruel...

-Pourquoi es-tu parti de ta maison ? Est-ce tes parents qui t'ont chassé ? M'interroge-t-elle.

-Mon père est mort lorsque j'étais très jeune, et ma mère tenait à moi plus que n'importe qui d'autre sur cette Terre. Je lui permettais de survivre en volant de l'argent, de la nourriture, des armes...

-Des armes ? S'exclame-t-elle avec anxiété.

Je la vois trembler un peu.

-J'avais un accord avec un autre garçon. Nous faisions du commerce noir. En échange de nourriture, je lui donnais des armes pour ses parents.

-Nous sommes toujours près à tout pour subvenir aux besoins de notre famille, glisse-t-elle avec compréhension.

-Jusqu'au jour, il y a quelques semaines, où je me suis fait prendre la main dans le sac. On m'a condamné à mort, mais j'ai réussis à m'enfuir.

-Vous êtes puni à mort pour voler ? Rit-elle. Chez nous, ce genre de pratique est considérée comme normale. Si tu ne chasses pas, si tu ne voles pas, si tu ne tues pas, tu meurs. Nous avons choisis pour notre part la chasse, la voix la plus noble.

-Les coutumes sont différentes d'un pays à l'autre. Je croyais que tu l'avais déjà comprise, toi qui a tant voyagé, dis-je en la taquinant.

Elle semble le prendre mal. Elle baisse la tête, puis pose son regard sur les baies qu'il lui reste à manger. Mais après un long silence, elle me pose cette dernière question :

-Et ta mère ? Qu'est-elle devenue ?

Après un grand temps de réflexion, je murmure en soupirant :

-Je l'ignore...

Nous nous fixons quelques instants, jusqu'à ce que je la vois rougir en détournant les yeux. Je crois que c'est le même cas pour moi.

-Et toi, j'ai cru comprendre que tu venais du Nord d'après tes propos. Lui dis-je.

Zafaria ouvre la bouche, mais elle n'a pas le temps de dire un mot, un bruit attire notre attention. Des hennissements de chevaux proviennent des plaines. Nous nous levons, puis nous dirigeons vers les plaines, où un troupeau de chevaux sauvages galope dans la direction du vent. Je m'émerveille, en voyant le plus beau spectacle de toute ma vie. Je vois que trois chevaux s'avancent vers nous. Non... Pas vers nous, mais vers elle.

Je la trouve alors fantastique. Elle caresse l'encolure d'un des chevaux leur murmurant à l'oreille des mots dans une langue étrangère. Elle m'adresse un signe pour m'inciter à m'approcher. J'avance de quelques pas, puis donne une tape amicale sur le front d'une deuxième bête.

-Comment sais-tu comment t'y prendre avec un cheval, Nordique, alors que nous sommes censés être les Seigneurs des Chevaux ?

-Nous autres, dans nos terres, me répond-elle avec un magnifique sourire sur le visage, nous dressons des animaux semblables que nous appelons des élans.

-Des élans ?

-Aussi massifs et majestueux qu'eux, mais qui possèdent des cornes sublimes, mais dangereuses, qui leur permettent de se défendre. Mon père savait chasser, ma mère pécher, mon frère soigner, et moi, dresser.

Après réflexion, j'en déduis :

-Avec un peu de chance, nous pourrions en monter chacun un.

-Sans doute.

Un bon moment plus tard, je me retrouve à faire des cours de chevauchée. C'est assez facile, même lorsqu'on a une Nordique comme professeur.

-Bien, je crois que ça suffira. Me dit-elle.

-Nous devrions partir au plus vite. Je lui annonce en regardant dans la direction d'où nous venons.

-Tu sais, Siared, je crois finalement que ton proverbe est idiot. Si ça se trouve, il n'y rien, même pas un lièvre qui est à nos trousses.

Un long hurlement terrifiant fend alors la nuit qui tombe.

-Tu disais ? Dis-je à l'intention de Zafaria.

-Tu crois... qu'ils sont encore là ? Me demande-elle.

Juste après avoir entendu les hurlements, elle s'est dépêchée de mettre nos nouveaux chevaux à l’abri dans une caverne qu'elle avait découverte lors de sa chasse, non loin. Malgré tous, les hennissements de ces animaux ont dévoilé notre présence au groupe d'Orcs qui traîne dans les parages. Il nous cherche. Nous nous sommes cachés dans un coin derrière un gros rocher.

-Bien sûr que oui. D'ailleurs, en face, il y en a un qui arrive. Et un autre... Oh non, ils sont tous là.

Elle tremble de peur, sue et jette des regards partout autour d'elle.

-On a pas le choix, il faut se battre.

-Quoi ? Non ! Il... Il y a sûrement un autre moyen.

Je pointe un Warg, puis un archer, et lui dis :

-Si tu t'enfuis, ils te verront, et je te promets que l'un des deux ne fera qu'une bouchée de toi.

Elle soupire pour essayer de retrouver son sang froid.

-Passe moi ton épée. Lui dis-je.

-Pardon ?

-Tu crois que je vais réussir à me défendre avec un bout de bois pointu ? Alors passe moi ton épée.

-Je risque d'en avoir besoin s'ils s'en prennent à moi !

-Tu ne te défendras pas, tu as peur de donner la mort ! Cette épée ne nous servira qu'entre mes mains.

Elle me fixe dans les yeux, puis sort son épée de son sac, et me la tend. Je l'empoigne fermement en me préparant psychologiquement au combat, puis confie à Zafaria :

-Par contre, dans ce cas, dès que les combats commenceront, tu devras partir le plus loin d'ici possible. Il ne faut pas qu'ils te rattrapent.

-Quoi ? C'est hors de question !

-Zafaria, ne discute pas !

-Je... Je n'ai pas d'ordre à recevoir... D'un gamin !

Un grognement se fit entendre derrière nous, et lorsque nous nous retournons, nous distinguons un Orc un peu plus loin qui appelle ses compagnons dans cette horrible langue de « Noir parlé » qu'est la leur. Je tire vivement ma lance dans sa direction, et celle-ci lui transperce la gorge. Mais c'est trop tard, les autres savent où nous sommes, et se ruent dans notre direction en poussant des cris de joie.

Sans réfléchir, je me lance à corps perdu dans la mêlée.

Je tranche le bras du premier en face de moi, puis son autre bras, et enfin, sa tête. La lame est parfaite, ça se voit, et pourtant, je ne suis pas un expert dans tous ce qui est forgé, même si j'en volais.

Je retire la lance du cou d'une de mes victimes. Deux autres Orcs se ruent vers moi en criant, tandis que le Warg fonce tête baissée vers Zafaria. Elle pousse un cri, et je dois faire un choix. Le Warg ou les Orcs ? Je ne parviens pas à me décider... Oh et puis zut !

Je lance mon javelot vers le Warg, puis pare le coup d'un des deux Orcs avec mon épée. Je me bats, et parvient à en tuer un en lui transperçant le cou. Je distingue plus loin un archer ennemi préparer sa flèche, et je parviens juste à temps à faire un pas de côté pour esquiver le projectile. Le combat dure ainsi pendant plus d'une minute, à tenter de faire une percée dans la lourde armure de l'Orc en face de moi, et à ne pas se faire toucher par les flèches.

-Zafaria ! A l'aide ! Je hurle, mais je me souviens qu'elle est sûrement partie comme je lui avait dit.

Je n'aurais pas dû crier... car c'est à cause de moi qu'un groupe de cinq de ces créatures arrivent dans ma direction. Il faut que je me débarrasse au plus vite de mon attaquant. Avec une idée en tête, je fais un pas de côté juste avant que l'archer ne décoche sa flèche. Mon adversaire suit mon mouvement, et il me sert de rempart contre la flèche en se la prenant dans le dos. Je le pousse du pied pour le faire tomber au sol, puis je lui porte le coup de grâce à en lui tranchant la gorge.

Le premier arrivant fait deux têtes de plus que moi, est baraqué et recouvert d'armures... Dans ses mains, une lourde hache à double tranchant. De son casque ne sont visibles que ses yeux, noirs et cruels, et sa bouche, hurlant de toute sa voix. Il tente de porter un coup, mais je l'esquive. Sa hache se plante au sol. J'en profite pour m'éloigner, et tuer l'archer qui me handicape depuis tout ce temps. Deux autres ennemis courent vers moi, tandis que deux derniers, des arbalétriers, arment leurs carreaux d'arbalète.

-Zafaria !! Je crie à nouveau en espérant qu'elle soit encore dans les parages.

Je jette des coups d’œil autour de moi pour la chercher, mais je ne la vois nul part ! Tout à coup, une cuisante douleur saisit ma hanche. On m'a asséné un coup de cimeterre. Je plante ma lame dans le crâne de celui qui m'a blessé, et aperçoit en même temps l'énorme hache de l'Orc tout aussi énorme fondre sur moi. Je me baisse à temps, puis lui porte un coup d'épée.

Ça ne lui fait rien... Je suis alors contraint de miser sur la défense. J'esquive, je pare, et malheureusement, en reculant, je me prends les pieds dans la dépouille du Warg. Un Orc avec un javelot se jette sur moi, mais je parviens à transpercer son torse en arrachant à temps ma lance du cadavre du loup géant, et à m'en servir.

Mais je suis allongé, et il reste encore deux arbalétriers et l'Orc massif. Ce dernier me sourit diaboliquement, puis dit ces mots d'un rire gras :

-Te voilà piégé, petit homme. Dis adieu à ta misérable vie.

-C'est plutôt... à la tienne que tu devrais dire adieu. Dit une voix tremblante derrière lui.

Et je vois la main d'une peau blanche différente des Orcs planter une canif dans une ouverture entre le casque et les épaulières du monstre. Il s'écroule sur le champ, et c'est là que j'aperçois derrière sa victime, cette femme aux longs cheveux bruns, du nom de Zafaria.

-Tu... Tu as réussi ! Je m'exclame avec joie.

Une lame grossièrement fabriquée passe devant le coup de mon amie, et je me rappelle alors des arbalétriers. Un des deux vient de la prendre comme otage, et l'autre me vise avec son arme.

-Et maintenant, homme ? Que vas-tu faire ? Me demande-t-il de sa voix répugnante. Sauver ta bien-aimée ou te sauver toi ? Deux de nous quatre doit mourir... Lesquels choisiras-tu ? De toute façon, quoique tu fasses, saches que nos amis ne tarderons pas. Il vous traqueront, toi ou ta bien-aimée, si l'un de vous survit.

Cet ultimatum est horrible... Je viens à peine de connaître Zafaria, et je commençais à m'y attacher. Soudain, une ruse me vient en tête... Oui ça pourrait marcher ! Sans laisser le temps à mes ennemis de comprendre, je projette ma lance en plein dans la main de celui qui retient mon amie, puis roule sur moi même. J’entends le carreau d'arbalète siffler dans mon oreille avant de se planter dans la carcasse du loup géant qu'est le Warg.

Ensuite, toute la scène se déroule devant mes yeux : Zafaria frappe du poing son ravisseur, puis lui porte un coup que je lui ai appris avec son gourdin. Celui-ci tombe sous le choc. Pour l'aider, je cours en direction de l'autre arbalétrier, esquive son projectile au passage et lui porte un coup fatale à l'épée. Zafaria elle, vient d'achever son ennemi. Nous nous fixons plusieurs secondes, sans réaction, chacun devant nos victimes. Mais, tout ce que j'arrive à faire, c'est dire, en prenant son air et sa voix effrayée lorsqu'elle est terrifiée, ce qu'elle disait ce matin :

-Tué...

J'aurai pu la croire choquée, attristée ou colérique, mais ce qui s'échappe de sa bouche, c'est un rire. Elle éclate de rire, le premier rire venant d'elle que j'entends. Moi aussi je commence à rire. Nous rions de bon cœur durant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'on parvienne à se calmer. Nous fouillons alors les Orcs, mais ne trouvons que nourriture pourrie et armes misérables. Je décide tout de même d'emporter le javelot d'un des Orcs, il sera toujours meilleur que mon bout de bois. Zafaria prend l'arc et les flèches de l'archer.

-On doit partir, tu as bien pris tout ce que tu pouvais ? Je demande pour vérifier.

-Eh bien, sans compter l’immangeable et le nauséabond, nous avons le nécessaire.

-Très bien.

Je mène la marche, mais je l'entends m'interpeller :

-Attends ! Tu es blessé !

Elle s'approche, se baisse, et examine mon entaille à la hanche.

-Il faut te faire des points de suture... Sinon tu risques de faire une infection.

-Nous n'avons pas le temps.

-Nous avons largement le temps.

-Tu ne l'as pas entendu ? Dis-je en indiquant l'un des Orcs avec une arbalète, il nous a informé que d'autres des leurs arriverons d'ici peu.

-Viens, nous n'avons qu'à aller à la grotte où j'ai caché nos nouveaux amis. Me dit-elle en se dirigeant vers une direction à travers la forêt.

-Nos nouveaux amis ? Je l'interroge en la suivant.

-Tu ne te rappelles plus ? Les chevaux !

-Oh... Si.

Un long silence s'en suit lors de notre trajet. Ma blessure à la hanche ne me fait pourtant pas trop mal. De toute façon, mon esprit est occupé par autre chose : je suis troublé par le courage qu'à fait preuve Zafaria tout à l'heure. Elle n'a pas été comme ça depuis notre rencontre.

-Tu sais, je te trouve changée... Depuis ce matin.

-Je ne sais pas ce qui m'a pris. Tout ce que je sais, c'est que j'ai ressenti de la colère contre eux lorsqu'il a prononcé ces mots. Ses derniers mots. Cette colère m'a permis de ne pas réfléchir et de planter mon couteau de dépeçage au cou.

-Ton couteau de dépeçage ? Je répète en riant.

-Oui. Me dit-elle en souriant à pleines dents. Quand on chasse, il faut être paré.

A nouveau, un silence règne, mais plus court cette fois. Mon amie semble pensive.

-A partir du moment... Où j'ai... J'ai ôté la vie, à ce brigand, cet Orc, cette créature, je ne sais pas comment il faut l'appeler... je n'ai plus eu peur de tuer. Comme si je venais d'apprendre quelque chose. Je ne sais pas pourquoi cela s'est produit seulement à ce moment là, et pas ce matin, quand je t'ai sauvé du Warg, ou toutes les fois où j'ai abattu des animaux sauvages lors de la chasse.

-C'est la sensation de m'avoir sauvé contre quelqu'un qui désirait me tuer, non pas par instinct comme le loup géant, mais par cruauté. Je pense que c'est ça.

Nous arrivons devant une petite grotte. Je me glisse dedans, suivi par Zafaria. Je m'occupe de boucher l'entrée avec des pierres qu'elle ne peut soulever, pendant qu'elle s'occupe de faire un feu avec le bois qu'elle a récolté au trajet. Ensuite, elle me fait m'allonger, puis s'occupe de me faire mes points de suture tant bien que mal avec une petite aiguille dans son sac, et du fil. Elle a décidément tout dans son sac : une chance.

-Je ne savais pas que tu savais soigner ce genre de blessure. Dis-je, avant de serrer les dents pour contenir ma douleur.

-Moi non plus. Me confie-t-elle. J'ai vu la guérisseuse de notre clan quelque fois... Mais ça irait mieux si tu ne bougeais pas autant !

Elle dit ces derniers mots en me donnant une légère tape à l'épaule. Une demi-heure plus tard, elle dit avec soulagement :

-Ça y est, j'ai terminé.

Je soupire en fermant les yeux.

-Enfin...

Puis, je tourne les yeux vers l'entrée de la grotte. Les deux chevaux frottent leur tête contre les pierres que j'ai placé, et donnent des coups de sabots dessus.

-Ils sont encore sauvages, et cela mettra du temps à les apprivoiser un tant soit peu, m'apprend-elle. Nous devrons rester beaucoup de temps dans cette grotte pour cela, et aussi pour que tu te remettes de tes blessures.

-J'en consens.

Une semaine passe. Chaque jour, Zafaria revient avec du gibier, de quantité plus ou moins importante, et des herbes et fruits sauvages qu'elle donne aux chevaux. Elle les fait sortir quelques fois, pour tenter de les dresser et je sens que ça se passe bien, en voyant son sourire de plus en plus large chaque fois qu'elle revient avec ces braves bêtes. Nous avons repris son entraînement à l'épée. Parfois, moi aussi je m'entraîne, et surtout à la lance, mais elle me conseille ne pas trop m'exercer, qu'il faut surtout que je me repose. Les apprentissages que nous faisons ne sont pas aussi froids et tendus que la dernière fois. Une belle ambiance de camaraderie règne, voire plus.

-Nous devrions partir dorénavant. Je lui dis un soir, au coin du feu.

Elle relève ses yeux vers moi, et me regarde, sans rien dire.

-Nous devrions continuer notre route vers l'Ouest, je continue. Certes, c'était à peu près la direction d'où venait la horde d'Orcs, c'est à dire vers le Nord-Ouest, mais je pense que depuis le temps, aucun Orc ne circule sur ces terres, et nous serons plus en sécurité.

-Je ne suis pas d'accord... Dit-elle en entamant ensuite un silence silence. Voyant que je ne réponds pas, elle continue : ces créatures ne sont pas du genre à laisser tomber, et si c'est le cas, d'autres viendront.

-Mais, cette idée est idiote ! Pourquoi d'autres Orcs viendraient ?

-Tu ne comprends pas ? Les temps s'assombrissent... Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais j'ai vu ce que j'ai vu : les Orcs se déplacent de plus en plus nombreux sur ce royaume. Un conflit se prépare, et à ton avis, si pour l'instant, ils se dirigent dans une direction précise en plusieurs groupes, c'est pour en aboutir à quoi ?

-A se regrouper ?

-En effet, et s'ils se regroupent sur ces terres, dans quel but est-ce ?

-Pour... Un siège...

Elle m'adresse un hochement de tête affirmatif en me fixant de ses yeux bruns sombres. Elle est plus intelligente qu'elle le laisse voir.

-Dans ce cas, nous devrions partir vers le Sud. Je suggère.

-Aller dans leur direction ?

-Nous avons de robustes chevaux, et si nous allons vers le Nord, nous irons directement vers eux. Ce serait du suicide.

-Pour moi, ce serait la meilleur façon de s'en sortir. C'est en plein milieu du danger que l'on est le plus en sécurité.

-Non, ce serait trop dangereux... Allons alors vers l'Ouest.

-Vers l'Ouest, il y a les champs, des lieux que vont s'empresser de brûler les forces des Orcs pour empêcher le ravitaillement de la population.

-Attends... Mais tu me parles maintenant de conquête !

Elle se penche tout à coup vers moi avec colère, et son regard haineux de Nordique est effrayant à travers les flammes.

-Tu n'as pas écouté ce que je t'ai raconté, jeune impétueux ?

C'est le surnom qu'elle me donne maintenant. Je ne sais pas si elle le pense vraiment ou si c'est pour me taquiner. Après tout, je m'en fiche.

-C'est la guerre qui arrive ! Continue-t-elle. J'ai traversé de nombreux lieux et d'innombrables régions, et je peux t'affirmer que les forces de Sauron commencent à s'assembler. Je peux comprendre que tu n'es pas au courant, car tu es resté terré dans ta ville toute ta vie, à voler, mais il est temps que tu t'habitues à ce monde. Tu es jeune, tu sais te battre, tu es plutôt beau garçon... Et c'est toi qui m'a permis de trouver le courage qui est en moi... C'est pourquoi ce serait dommage que tu meurs.

Elle me terrifie, mais par la suite, je vois son regard colérique se dessiner autrement, alors qu'il devient assez triste :

-Excuse moi... M'affirme-t-elle. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris.

Elle s'allonge, puis me tourne le dos, toute tremblante.

Le lendemain, Zafaria me réveille très tôt. Elle m'apprend que la meilleure solution serait finalement la mienne. Nous préparons nos affaires, je dégage la voix, elle fait sortir les chevaux, puis nous chevauchons vers le Sud toute la journée. Les hurlements des Wargs résonnent partout dans les Terres au alentours, mais heureusement, nous ne tombons pas nez à nez avec des Orcs ou autres espèces de ce genre. Tout se passe bien, c'est ce qu'on croit, jusqu'à ce qu'à l'horizon des lointaines plaines des Sutcrofts, nous apercevons des nuages de fumées et de braises s'élever dans le ciel. Nous menons nos montures en avant, jusqu'à ce que nous découvrions une vaste ville en flamme. Des cris, des fracas d'armes et des pleurs proviennent de cette ville du nom de Hytbold, comme l'indique la carte. Paniqué, je me tourne vers Zafaria. Elle comprit de suite mon intention :

-Non... Ne fais pas ça.

-Mais nous devons leur venir en aide !

-Ce n'est pas notre bataille, jeune impétueux... Me dit-t-elle en hochant négativement la tête.

-Mais... Il y a des enfants, des femmes, des vieillards, des hommes d'honneur ! On ne va pas les laisser se faire massacrer ! C'est mon peuple !

-Vas y toi, si tu le désires. Moi je n'y vais pas.

Son expression est remplie de regret et de tristesse, alors qu'elle détourne sa monture dans la direction opposée, et s'éloigne.

-Ainsi donc, nous nous séparons... Je me murmure sombrement.

Je donne un coup de talon à mon cheval, puis le mène au galop en direction de la ville d'Hytbold incendiée... Et ensanglantée.

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"Tuer avant d'être tué"
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MessageSujet: Re: L'histoire d'un homme du Rohan   Mer 18 Juin - 18:29

Je met ma monture à l'arrêt juste devant l'immense entrée de la ville. Mon cheval est tendu depuis le départ de Zafaria. Un long pic, qui était attaché à la haute clôture qui protège la ville prend feu, et s'écrase juste devant en face de moi. Ma monture prend peur, et se cabre. Surpris et n'étant pas prêt à ce genre d'action, je chute sur le dos. Une immense douleur s'empare de moi. Je ne parviens pas à bouger et ne sens plus mon dos. Ma respiration est bloquée. Et je suffoque, peinant à trouver le moindre souffle d'air.

Mon cheval galope à travers les plaines pour sortir de cet enfer, mais une flèche se plante dans sa cuisse. Il roule sur lui même, puis s'écroule au sol. Une seconde flèche se plante dans son flan. L'animal pousse une plainte de douleur, avant qu'une troisième flèche ne l'achève ; pauvre bête...

Ça y est ! J'arrive à nouveau à bouger, difficilement certes, mais c'est un début, et je suis rassuré, car j'ai eu vent que certaines personnes peuvent devenir infirmes ou peuvent aussi mourir d'une chute de cheval. Tout à coup, un hurlement de femme retentit dans la ville, puis les grognements des Orcs se font entendre. Je me cache derrière une charrette, pour tenter de récupérer mes esprits, je vois deux personnes apparaître. Deux fermières à en juger leurs tenues. Elles parviennent à contourner le mur de flamme provoqué par le pic enflammé en se faufilant dans une ouverture de la clôture. L'une, dont les cheveux sont tenus par un foulard beige, a sa robe azur salie par le sang et la boue. Elle est blessée au ventre. L'autre personne l'aide à se déplacer, et a sûrement une génération en moins que son amie. Elles me rappellent Zafaria dans la place du marché de Cliving : affolées et égarées.

Un bruit ressemblant à du bois qui se brise provient de la clôture dont les deux femmes sont maintenant éloignées de dix mètres et je vois une troupe d'Orcs, armés jusqu'aux dents, couverts d'armures, et au nombre dépassant la vingtaine. Apparemment, ils cherchent les derniers survivants. La cruauté et le sang... Voilà tous ce qu'ils aiment lorsque je vois les dents acérés de l'Orc qui vient de fracasser la clôture avec son lourd marteau de fer.

Ils courent vers les deux femmes. La plus jeune croise alors son regard au mien. Elle me lance un regard d'appel à l'aide et de supplication, mais... Quelque chose m'en empêche. Cette troupe nous décimerai sans problème... En même temps je ne peux les laisser se faire massacrer devant moi. Je suis venu pour aider les gens de cette ville après tout ! Il faut que j'y aille !

Je me lève, et commence à m'avancer vers eux, mais à peine ai-je fais un pas que je me remets en question : C'est du suicide. Il faut que je pense à moi. Je ne vais quand même pas risquer entièrement ma vie juste pour être gentil. Les Orcs ne m'ont pas encore remarqué. Avec regret, je me baisse, puis ferme les yeux, juste après avoir vu une larme couler de cette jeune fermière qui vient de comprendre son futur sort.

Je détourne le regard de ce qui va se passer... Les cris qui s'échappent me font comprendre qu'elles n'y ont pas échappé. Mon cœur s'emballe, je prends peur, un frisson monstrueux me parcoure l'échine. Je comprends que je suis encore un jeune homme, et que j'ai encore beaucoup à apprendre sur le monde extérieur, comme me l'a dit Zafaria : Des choses à apprendre comme ce genre de choix.

Je me prépare à m'éloigner de cette ville déserte quand j'entends le son d'un cor retentir à travers le bruit des flammes. Je saisis ma lance en bois, puis me jette à corps perdu vers l'ouverture qu'on fait la troupe d'Orcs. Je me rappelle les vols de l'armurerie, et c'est ainsi que me vient l'idée de monter sur les toits. C'est grâce à ça que j'échapperai aux regards de ces créatures qui ravagent toutes les rues de Hytbold au moment même. Les flammes ont déjà incendié plusieurs bâtiments, mais pas assez pour m'empêcher de traverser toute la ville aisément. J'arrive devant la Salle des banquets. Devant, trois hommes se battent :

L'un porte une épaisse armure où au torse est figuré à la peinture blanche la tête d'un noble cheval, le symbole de mon peuple. Son épée tranche tous Orc s'approchant, et son bouclier arrête les flèches qui filent vers lui. Un vrai guerrier lui, je ne suis rien comparé à lui.

Plus loin, sur les escaliers qui mènent à la Salle des banquets, un archer aux cheveux sombres comme la nuit tire des flèches fabriquées avec précision. Chaque flèche atteint parfaitement sa cible, dans, l’œil, l'oreille, le cou, le cœur...

Et enfin, celui que j'admire le plus, un lancier aux longs cheveux bruns trempés de sueur tombant jusqu'à ses épaules. Non, pas un lancier : Une sentinelle. Son visage est un petit peu ridé, montrant un début de vieillesse, mais on ne remarquerai pas ce détail en voyant avec quelle agilité il transperce, taille, abat ses ennemis.

Plongé dans mon admiration, je ne remarque que trop tard le petit Orc qui saute sur moi depuis un autre toit. Son couteau me manque de peu au cou, puis tous deux basculons au sol. Celui-ci parvient à se mettre sur moi, puis tente de m'achever d'un coup de couteau. Je lui saisis les poignets pour l'en empêcher. Je peine à maintenir tous le poids qu'il met sur ses mains. Déjà qu'il est gros...

Sa lame se rapproche de ma gorge. Son bout la touche, puis commence à piquer ma peau. Non, c'est trop tard. Tout à coup, il lâche complètement sa prise, et s'écroule sur moi. Une flèche est visible de chaque côté de sa tête. Je me dégage vivement de ce cadavre, puis adresse un signe de remerciement à l'archer qui vient de me sauver.

Je vise avec ma lance de chasse, puis la projette vers une sorte de capitaine Orc plus loin. La flèche se plante dans sa cuirasse, et ne lui inflige pas la moindre blessure. Un guerrier s'avance vers moi, sa lourde épée amochée traînant au sol. Je parviens sans problème à le tuer avec le bout tranchant de la lance Orc que j'ai avec moi.

Fier de participer à la défense de la ville de Hytbold, je me range aux côtés de la Sentinelle. Celle-ci ne prête pas vraiment attention à moi. Brusquement, je vois le guerrier du Rohan sortir le cor qui m'a fait venir tout à l'heure, et souffler dedans. Cela annonce quelque chose... Oh mais.

Je saute sans réfléchir dans un tas de foin plus loin, et évite la pierre de catapulte qui s'écrase sur la Salle des banquets. L'écroulement du bâtiment a raison de l'archer qui m'a sauvé. Ma tête tourne, et le bruit de l'écroulement se répercute dans mes oreilles. Des Orcs lancent des torches vers ce qu'il reste du bâtiment, et une main me saisit sauvagement. Elle me fait me lever. Je ne distingue pas la créature pour l'instant à cause mes longs cheveux blonds poussiéreux devant mes yeux, mais en les écartant, je vois la Sentinelle.

-On doit partir ! Vite !

Je le suis, sans me poser de questions. Il me mène à travers plusieurs ruelles, abat de nombreux Orcs sur le chemin en leur lançant des javelots provenant de son étrange « carquois à javelot » dans son dos. Ce carquois et ces javelots se révèlent tout de même très utiles, et je n'ai pas à me défendre contre les assaillants de la ville.

Nous sortons de la ville assez rapidement, puis traversons les plaines vers le sud avant d'arriver dans un escarpement entre deux falaises. Le voyage a été silencieux, voire tendu, et nous n'avons pas tenté de partir à la recherche du guerrier avec qui il combattait plus tôt.

-Le Thane m'a dit de partir, alors nous partons. M'a-t-il dit.

Ainsi donc le Thane se battait aux côtés de feu le vaillant archer et mon silencieux compagnon ! Quelle joyeuse compagnie. Soudain, je sens une main agripper le col de ma chemise, puis me soulever et me plaquer contre la roche de la falaise.

-Maintenant, tu vas me dire qui es-tu, que faisais tu au milieu du siège de cette ville ? Tu n'es pas d'ici, je t'aurai vu sinon, et tu n'es pas un renfort, car tu es seul. Qui me dit que tu n'es pas un espion de ces créatures ?

Je peine à respirer, mais je parviens à lui faire comprendre par des signes assez pathétiques qu'il faut qu'il relâche la prise. Ensuite vient le premier moment où je peux distinguer correctement ses traits : c'est un homme plutôt âgé, d'après les quelques cheveux gris qui dépassent de sa longue crinière châtain foncé.

Je décide ensuite de répondre à sa question avec franchise :

-Suis-je un espion ? Je n'ai aucune preuve pour affirmer le contraire... Mais vous m'avez bien vu tuer tous ces Orcs. Si j'étais de leurs côtés, j'aurai profité de votre attention sur eux pour vous poignarder chacun dans le dos.

-Tu n'as pas de poignard...

-C'est une façon de parler, je coupe avec agacement.

Il me fixe dans les yeux, les sourcils froncés. Je décide de lui dire assez sèchement, non sans une certaine arrogance :

-Si je l'aurai voulu, je vous aurai tous trois tué sans que vous le remarquiez, dis-je en me rappelant à quel point la discrétion pouvait être mon point fort.

Un sourire en coin apparaît sur son visage. C'est sur ces mots, presque crachés à son visage, qu'il me libère de son étreinte. Je tombe au sol, puis pose mes coudes sur le sol, en tentant tant bien que mal de récupérer une respiration normale. Lui, de son côté, continue son chemin à travers la vallée. Je me lève, puis le suit.

Quelques secondes plus tard, il me demande sans se retourner ni s'arrêter :

-Quel est ton nom ?

-Siared. Et vous ?

Il ne répond pas. Il me repose une autre question :

-Et d'où viens-tu ?

Je suis interloqué par sa curiosité malsaine. Je n'ai pas trop envie de lui dévoiler ma vie alors qu'en retour, il ne me donne même pas son nom.

-Je viens de Cliving, au Norcroft. je réponds avec un ton d'exaspération.

C'est là qu'il s'arrête et se retourne vers moi avec son même sourire malsain.

-Eh bien, Siared de Cliving au Norcroft... Me dit-il avec moquerie, sache ta « discrétion » n'est pas aussi légendaire que tu le crois. Tu découvriras que sur ces terres, il existe des personnes bien plus talentueuses que toi : des sorcières pouvant entrevoir l'avenir d'un seul regard, des trolls qui s'amusent à démembrer un humain pour ensuite le manger, des enfants qui assassinent et boivent le sang de personnes plus vieilles que toi ou moi et il y a aussi des petites pestes qui sortent de l'ombre, et qui prennent un malicieux plaisir à trancher la gorge des jeunes hommes.

Soudain, je sens une chose froide se poser sur mon cou. Je baisse les yeux, et voit une lame d'un métal forgé avec précision et habilité. Une voix me chuchote à l'oreille :

-Des petites pestes comme moi.

Je suis tétanisé. On m'a piégé ! Mais en voyant que je deviens blanc comme un linge, je vois en face de moi la Sentinelle s’esclaffer. La lame se détache de ma peau, et la personne derrière moi se met à rire aussi.

En me retournant, je vois une femme, aux longs cheveux bruns mêlés d'une touche de roux, offrant un contraste particulier avec sa couleur de peau sombre. Ses yeux son perçants et observateurs, dont l'un est caché par un bandeau noir. Couverte d'une cape noire à laquelle est ajoutée un capuchon sombre, elle est accoutrée d'un corset beige surmonté d'une veste noire. Un pantalon moulant descend jusqu'à ses longues bottes de cuir. Je l'ai déjà vue. C'était elle, mon « sauveur » de Cliving.

-Qu'est ce que ?! Mais...

-Il faudrait que tu arrête de faire cette farce ! Tu vas finir par les tuer de peur ! S'exclame une voix lointaine.

Je dirige le regard vers un énorme rocher dont je suis passé à côté plus tôt. Dessus, un hommes aux cheveux noirs frisés volant au vent. Il est appareillé d'une chemise grise en dessous d'une veste aussi noire que la nuit. Dans sa ceinture sont attachées une dague ainsi qu'une épée. Il tient dans sa main droite, couverte par un gant, un arc de bois, et il porte sur son épaule un cerf mort. Ses yeux bleus d'une clarté profonde semblent assez colériques face au comportement de ses deux amis.

-On a bien le droit de rire un peu Yannou ! adresse la femme aux cheveux de couleur semblable à un coucher de soleil, au nouveau venu.

Ce dernier pousse un long soupir.

-C'est Yann...

Il s'approche, puis pose son gibier au sol. Je le vois poser ses mains sur les hanches, et adresser un regard vers moi :

-Regardez-le, il est terrifié.

-Est ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe ? Je demande avec colère, pour cacher la terreur que ce chasseur a détecté chez moi.

La Sentinelle et le chasseur dirigent en même temps leur regard vers leur compagnon de sexe féminin. Celle-ci a trouvé rapidement son sérieux. De ce fait, on décèle chez elle une certaine maturité, dans son regard la sagesse, et dans ces mots qu'elle prononce, une puissante main de fer :

-J'ai envoyé Tuppers, ici présent, t'attendre à la ville de Hytbold.

-Comment saviez-vous que je partirais pour Hytbold ?

-Tu es le meilleur en discrétion tu disais ? Me demande-t-elle avec un sourire, alors tu es loin du compte.

Il me revient alors en mémoire les pansements sur ma cuisse que j'ai pu remarquer après que Zafaria m'ait tiré une flèche, ainsi que les deux sortes de trace de pas que j'ai pu déceler sur la zone.

-Vous... Vous m'avez suivi pendant tout ce temps !

-En effet.

-Mais... Pourquoi vous avez fait cela ? Et pourquoi votre ami doit-il me retrouver ? Et pourquoi vous ais-je vu me sauver lors de ma mise à mort.

-Beaucoup de questions se bousculent dans votre tête, mais chaque chose en son temps. En premier lieu, vous devrez suivre Tuppers, il vous conduira à un endroit précis. Je vous promets de répondre à vos questions en temps voulu.

-Suivre cet homme ? Mais c'est un fou ! Dis-je avec colère en me remémorant la scène précédente en sa compagnie. Il a failli m'étrangler !

-C'est un... Un contrôle que je lui ai ordonné de pratiquer pour qu'il vérifie que vous êtes bien la bonne personne.

-Je ne vous fais pas confiance.

-Il faudra bien ! Me dit-elle avec un ton calme. Ou vous suivez mon ami, ou vous mourrez, car les alentours sont remplis d'Orcs qui arpentent les terres des Sutcroft, après à leur victoire à Hytbold. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Yann était absent, car je l'avais envoyé surveiller l'avancée de ces créatures, continue-t-elle en indiquant le chasseur. Vous ne survivrez pas si vous tentez de rester seul.

Je la regarde dans les yeux, pour m'assurer qu'elle me dit bien la vérité. Aucune malice n'est remarquable à travers ses pupilles, mais je ne suis pas non plus devin. L'archer du nom de Yann annonce avec empressement :

-Ils approchent dans cette direction, nous devons partir.

-Très bien, je partirai avec votre ami. Mais dîtes-moi votre nom, dis-je en adressant un regard froid à cette mystérieuse femme.

-Je suis Anamaria.


-Vous devriez arrêter de boire, j'ordonne à Tuppers en abaissant sa choppe de bière.

-Laisse moi garnement ! S'exclame-t-il.

Nous sommes partis vers l'Est, en traversant le Mur de l'Est, puis nous avons longé le lac Nen Hithoel vers le Nord. En chemin, j'ai eu la chance d'apercevoir les Argonath, deux grands personnages taillés dans des défilés d'énormes falaises de pierre situées de part et d'autre du fleuve Anduin. Ils ouvrent le déversement du fleuve sur le Lac. Mon père m'a raconté l'histoire de ces statues, bâties sous le règne du roi du Gondor Rómendacil II, représentant les personnages d'Elendil et d'Anárion. Les vents forts et l'averse qui sont survenus nous ont contraint à nous réfugier à Harwick, la capitale du Plateau. Depuis notre arrivée, je ne cesse de cacher mon visage à chaque passant. Peut-être m'a-t-on oublié depuis longtemps, mais n'arrive pas à chasser de mon esprit l'idée que l'on me cherche partout, moi, le condamné à mort qui s'est enfui.

Dès notre arrivée, Tuppers s'est dirigé vers une taverne peu réputée de la ville. L'enseigne portait le nom de « La cuillère à la poêle ».

-Pas très original comme nom. M'a chuchoté Tuppers.

L'entrée à l'auberge se fit de la façon la plus embarrassante qui soit. Le peu de monde, comptant trois ivrognes, un soldat maigrichon, un borgne peu recommandable, un barbu avec un couteau à la ceinture et le tavernier, ont tourné leur regard vers les deux nouveaux arrivants que nous étions, et ne nous ont pas quitté des yeux lorsque nous avons pris place à une table.

Désormais, la taverne est bombée de monde : une clientèle ne comptant que des ivrognes apparemment. Et Tuppers ne se démarque pas de cette clientèle. Il est complètement saoul, et a bu le contenu de douze choppes d'alcool.

-Mais vous êtes en mission ! Dis-je en tentant à nouveau de le convaincre.

-Parce que c'est toi qui va m'apprendre mon boulot peut-être ? Réplique-t-il.

Je lance des regards inquiets autour de moi. Personne ne semble faire attention à nous, personne mise à part deux personnages assez louches : le borgne qui est là depuis longtemps, et qui, contrairement au reste de la taverne, n'est pas couché par terre à vomir. Il n'a même pas l'air saoul. En tous les cas c'est ce que je remarque lorsque je le vois, mais je ne pose jamais le regard longtemps sur lui, car je suis déstabilisé par son œil qui me fixe sans broncher. L'autre personne est une jeune femme au teint bronzé. De nature gâtée pour ce qui est de ses formes, de nombreux sifflements et appels grotesques de certains clients lui piquent un agacement certain, qui s'extériorise par de bonnes gifles sifflantes. Elle ne me regarde pas, mais lorsque j'ai le dos tourné, je ne peux pas m'empêcher d'avoir la sensation d'avoir ses yeux pointés sur moi.

-Ey ! Salut l'milice ! Crie Tuppers à l'attention de deux agents de l'ordre de la ville qui entrent dans l'édifice. Ça va c'temps là ? Pas trop de villages détruits et d'appels à l'aide ? On s'bouge pas le fion ?

-Taisez vous ! Je m'exclame à voix basse à l'attention de mon compagnon de route.

Mais je ravale mes mots lorsque je vois approcher les gardes vers la table. L'un, d'une allure de vantard avec un sourire charmeur, s'accoude en face de Tuppers, et lui dit comme si il avait affaire à un attardé :

-Ce n'est pas bien de dire ce genre de choses à des gens comme nous. Encore une insulte de ce genre et nous serons obligés de vous mener au cachot.

Mais la réponse à sa menace est un crachat immonde qui lui fait remplacer son sourire par une grimace.

-Mon ami, adresse-t-il à l'attention de son compagnon. Va chercher le reste de la garde de nuit. Il est temps de calmer la petite compagnie de « La cuillère à la poêle ». Quand à moi, je vais m'occuper de cet enragé.

La scène n'a pas échappé aux clients de la taverne, puis un flot d’encouragement au combat surgit après ces mots du garde. Tuppers se lève, en titubant sous l'effet de l'alcool, puis dit d'une voix forte :

-Vas y jeune homme, viens te battre. Tu crois que tu sais tenir une arme ? Avec ces petits bras ?

Après cette injure, le garde s'élance avec colère vers Tuppers. Je le vois diriger son point menaçant vers la tête de mon compagnon, mais soudain ce dernier bloque d'une main son coup, puis sert entre son coude et son flan le bras de son adversaire, avant de le frapper à multiples reprises au ventre.

Le garde s'écroule face contre terre, le souffle coupé.

-Tuppers, arrêtez ! Cela ne vous mènera nul part !

-Mais tais toi donc ! S'écrie un des ivrognes de la taverne.

Tuppers se prépare à frapper son ennemi au sol, mais s'arrête au dernier moment. Il se baisse à sa hauteur, puis lui chuchote quelque chose à l'oreille. Je n'ai pas entendu, à cause des sanglots de la victime de mon ami.

La Sentinelle se retourne, puis se dirige vers la porte de sortie de la taverne. Décidément, son comportement est différent par rapport à celui qu'il avait il y a quelques minutes : c'est comme si il n'avait pas bu ces douze pintes de bières.

Mais soudain, je vois le garde se relever, son glaive à la main, et se jeter vers Tuppers avec la rage au lèvres.

Je ne sais pas ce qui me pousse à crier « Attention ! » à ce moment là, alors que je n'avais même pas réfléchi, mais c'est ce qui se passe, par chance.

D'un mouvement vif et précis, Tuppers se retourne, saisit l'avant-bras de son agresseur et le tourne de façon à ce que la pointe de sa lame soit contre son torse. Cette action le fige de terreur, et mon ami la Sentinelle semble satisfait du résultat :

-Alors, qu'est ce que je fais ? Je l'enfonce profondément dans ta chair ? Ou est-ce que je te laisse partir, misérable, en ayant à cause de cela l'obligation de couvrir mes arrières pour ne pas me faire surprendre par un coup de couteau dans le dos ?

Le garde hoche la tête négativement avec hâte. Mais à ce moment là, le reste de la garde de la ville pénètre dans la bâtiment, l'arme à la main, vers Tuppers.

-Oh non... Je murmure.

Mais soudain, au moment où Tuppers se retourne vers les gardes, en gardant leur frère comme otage, je sens une main se poser sur ma bouche, et l'autre me saisir par derrière, et m'entraîner avec force en dehors de la foule.

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