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 Contes des Pilleurs : Le choix d'Eleniedel

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Démon/Démone de l'Obscurité
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MessageSujet: Contes des Pilleurs : Le choix d'Eleniedel   Lun 15 Sep - 18:54

Voici le premier conte des Pilleurs, où l'histoire se passe au milieu des Pilleurs de l'Ombre ! C'est dans ce genre de conte que vous pouvez voir apparaître votre personnage. Sur ce conte, vous le verrez apparaître à coup sûr ! Very Happy Bonne lecture de ces 9 premières pages ! Et ce n'est que le début  Wink

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Elle avança d'un pas incertain en franchissant le seuil de cet établissement. L'intérieur bruyant, assourdissant, abritait des dizaines de brigands et d'ivrognes. Bières renversées, plats écrasés et même des tâches de sang sur les murs.

Ce n'était pas cela qui la choquait. Elle y était habituée... Tant de fois elle avait vu cette effroyable scène depuis son départ de Forochel. C'était toujours la même chose. Heureusement, jusqu'alors, elle avait su se faire discrète. Ses longs cheveux, son apparence mystique, ses oreilles pointues lui auraient attirés beaucoup d'ennuis dans ce monde. « Le sorcière elfe », tel on pourrait la surnommer. En fait, ce qui l'inquiétait, c'était le nombre de clients présents. Elle pensait aller en un lieu quasiment vide. C'était raté, mais elle ne pouvait plus revenir en arrière.

Ravalant un sanglot en humant l'odeur ignoble du lieu, elle ajusta davantage son capuchon bleu sur sa tête, et s'assura qu'aucune mèche n'apparaisse. Elle traversa la ruée d'hommes brutaux qui la séparait du bar. Un client qui tombait tenta de se retenir à sa tenue de voyage ocre. Malgré le pan de sa tunique déchirée, elle n'y prêta pas attention.

Après avoir poussé timidement un personne, elle parvint enfin à s'accouder sur le bar de l'aubergiste.

-Ça va mademoiselle ? Demanda ce dernier en se penchant vers elle.

Elle aurait voulu répondre, mais un sanglot lui remontait à nouveau dans la gorge et lui empêchait de parler. Ce sanglot fut ravalé avec les dernières forces qu'il lui restait.

-Puis-je avoir une table ? Finit-elle par prononcer de sa voix tremblante.

-Ouais. Yvan ! Ramène toi !

Un gigantesque homme apparut de suite en franchissant une porte qui menait sûrement aux dortoirs. Une longue barbe broussailleuse tombait sur son gros ventre. Ses yeux étaient féroces, son allure semblait brutale. Il lui saisit violemment le poignet et la tira à travers la pièce. C'est par un effort surhumain qu'elle se retint ne pas pousser un cri tant la douleur était cuisante.

-Lâchez moi ! S'exclama-t-elle en arrachant son poignet de sa main.

Les yeux noirs du géant se tournèrent vers ce petit être fin qu'était Eleniedel. Cette elfe dut subir le dur regard du géant, à tel point qu'elle le fuit quelques instant en promenant ses yeux d'un bleu vif à travers la pièce. Ses yeux... C'était un des détails qui la rendait mystique. Des yeux doux, sensibles, semblables à la couleur de la glace de son pays natale.

Eleniedel venait des vastes terres immergées et glacées de Forochel, au nord lointain, un endroit où peu de personne ose s'aventurer. Jusqu'alors, aucun des elfes qui vivaient cachés dans ses contrées ne s'était entrepris à voyager. Aucun sauf elle. C'était sa différence par rapport à son peuple qui l'avait poussé à partir. Un destinée légendaire l'attendait, suite à ce qu'elle avait appris dans son aventure avec un nain. Oui un nain... Et cela lui avait attiré des problèmes, mais lui avait permis d'apprendre sa vraie histoire.

La faible lumière du crépuscule qui traversait la fenêtre suffit à éclairer tous les yeux tournés vers elle. Elle devint écarlate, et eue terriblement honte. Ces regards étaient comme des poignards qui s'enfonçaient dans sa chair. La discrétion était son plus grand atout, et dès que quelqu'un la remarquait, cela tournait en drame. Il fallait agir, et vite.

-Amenez moi à la table, ordonna-t-elle au géant.

Il approcha sa main pour saisir à nouveau le poignet d'Eleniedel, mais se retint au dernier moment.

-Suivez moi, gronda-t-il d'une voix forte.

Il traversa la salle, suivit de près par Eleniedel qui dut trottiner pour compenser les grandes foulées du géant. Le brouhaha de la salle refit surface, à son grand soulagement. Ils arrivèrent à une table à côté d'une cheminée. Elle aurait voulu une place dans l'obscurité, mais n'en réclama pas afin éviter à nouveau les regards des clients.

Elle tira sur sa tunique, s'assit sur une chaise et elle remit sa capuchon bleu de façon à bien cacher tout son visage. N'osant pas aller commander un rafraîchissement, elle resta pensive. Toutes les horreurs qu'elle avait connue depuis son départ... Elle avait besoin de pleurer une bonne fois pour toute. Or, il fallait être forte, ou ce monde ne ferait pas de cadeaux.

Les yeux fixés sur le plancher, elle perçut des chaussures en cuir se poser devant la table.

-Vous voulez quoi ? Demanda le serveur en face d'elle avec une brutalité d'un ours.

-De l'eau s'il vous plaît. Murmura-t-elle.

-De l'eau ? Répéta-t-il assez surpris. Très bien.

Les clients de cette auberge ne prenaient sûrement jamais un vulgaire gobelet d'eau. Encore une bêtise qui risquerait de porter l'attention sur elle.

Soudain, une porte claqua à l'autre bout de la pièce. Deux hommes imposants, couverts d'armures en cuirs, des épées attachées à leurs ceintures. Barbus, sales et vulgaire, comme tous les brigands de cette auberge. Ils pénétrèrent à l'intérieur de la pièce, en claquant la porte.

-Une table, Tharlor ! Tout de suite ! Cria l'un à l'encontre de l'aubergiste.

Le géant arriva à la hâte suite à un ordre de l'aubergiste et conduisit les deux malandrins vers une table, et posa deux choppes de bières devant eux. Malheur ! Cette table se trouvait juste derrière celle d'Eleniedel. Cette dernière n'osa faire de bruit, retint même sa respiration.

L'un des deux, n'ayant pas encore prononcé de mots, passa les yeux sur la salle, avant de se retourner et voir Eleniedel.

-T'es qui toi ? Dit-il avec sa voix cassé. J't'ai jamais vu ici.

Elle était paniquée. Fallait-il répondre ? Non ? Peut-être que si ? Allait-on lui faire du mal ?

-Réponds ! Me dis pas que t'as peur de moi ! T'es un homme ou quoi ?

On la prenait pour un homme ! Cela aurait pu la blesser, mais au contraire, elle en fut ravie. Sa discrétion était donc parfaite, si l'on ne pouvait déterminer son sexe.

-Je dois partir. Lâcha-t-elle dans un souffle en prenant une voix grave.

Elle se leva, mais fit tomber son gobelet par terre par inattention, trempant le bas de sa tunique et éclaboussant le plancher. Le brigands se leva brusquement, saisit le col d'Eleniedel d'une main ferme, la souleva dans l'air et la plaqua contre une pilier en bois. Il plissa les yeux en fixant son visage et déclara :

-J't'ai posé une question, femme !

D'un coup sec, il balaya le capuchon d'Eleniedel, faisant découvrir entièrement sa peau d'une blancheur de neige, ses yeux couleur glacier et sa longue et fine chevelure blanche. Cette chevelure était maintenue par une magnifique pince en or décorée de flocons d'argent. Le brigand détacha brutalement la pince, et ses cheveux tombèrent en rafale jusqu'à sa taille. Cette allure de déesse était celle de la sorcière pour les humains et c'est ce qui poussa le brigand à la jeter au sol dès qu'il découvrit son allure.

-C'est une sorcière ! Cette femme est une sorcière !

Ces mots déclenchèrent une orgie de scandales dans l'auberge. Certains dégénèrent leurs armes et les pointèrent vers Eleniedel, d'autres s'en allaient en courant, quelques uns se ruèrent sur elle pour la frapper et l'empêcher de leur jeter un sort. Parmi la mêlée et la douleur, la jeune elfe ne remarqua qu'une chose.

Un des malandrins saisit sa pince en or tombée au sol. Elle avait dépensé ses dernières pièces pour l'achat de cette broche ce matin, au marché. Sa passion, son espoir, c'était le fait de contempler la brillance de ses bijoux, la solidité de leurs métaux, la beauté de leurs formes.

Sans réfléchir, elle se jeta sur lui, pleine de désespoir.

-Vous n'avez pas le droit ! Vous n'avez...

Le brigand lui asséna un violent coup de poing dans le ventre, qui lui coupa net la respiration. L'ignorance des hommes étaient pathétique, mais elle devenait dangereuse dans le pire des cas, où elle les conduisaient à détruire tous ce qu'ils ignoraient.

-Que se passe-t-il ici ? Cria une voix à travers la pièce.

Les brigands se retournèrent vers le seuil de l'auberge. Là se tenait un homme robuste, grand, vêtu d'une tunique sombre aux couleurs de la forêt, d'un pantalon ocre usé ainsi que de bottes en cuir robustes salies par la boue. Il dégagea sa capuchon trempée, dévoilant un visage inamical. Un carquois contenant des flèches était maintenu dans son dos, une dague d'acier ainsi qu'un cimeterre plutôt court étaient rangés dans leurs fourreaux attachés à sa ceinture. Dans sa main gauche, il tenait un arc en bois d'if.

-Dégage de là, t'es pas le bienvenue ici Rôdeur ! Beugla l'aubergiste.

L'homme aux yeux bleus s'avança jusqu'au comptoir, et s'accouda en se penchant vers le maître des lieux.

-Que comptes-tu faire pour me renvoyer ? M’assommer avec une choppe ? Envoyer tes ivrognes m'attaquer ? Ils en sont réduits à tabasser une jeune elfe...

Eleniedel vit son regard se poser vers elle et une vague de soulagement parcourut entièrement son corps. Elle sentait que cet inconnu avait une sorte de compassion pour elle.

L'homme plongea sa main dans sa ceinture, et sortit une bourse en tissu cachée aux yeux malveillants. Il en sortit trois pièces d'argent qu'il déposa en douceur devant l'aubergiste, avant de se diriger vers un escalier menant aux dortoirs. Mais tout à coup, il s'arrêta au pied des escaliers, puis se tourna vers Eleniedel, en lui adressant un signe de tête pour l'inviter à le suivre. Sans hésiter, elle se leva, saisit sa pince des mains du brigand en passant, puis s'engagea dans l'escalier que l'inconnu avait déjà monté. L'étage dévoilait quelque chose de plutôt confortable malgré la réputation de cet établissement. Un couloir de plusieurs mètres éclairé par deux lustres dévoilait six portes chacune à une chambre. Une faible odeur d'alcool faisaient frémir les narines, mais elle avait déjà connu pire !

Le Rôdeur ouvrit la porte de la deuxième chambre à droite, puis Eleniedel se remit en question. Était t-il malin de pénétrer dans la chambre d'un inconnu de cette façon, juste parce que l'on nous y avait invité ? Après s'être embrouillé les idées, elle décida tout de même d'entrer dans la chambre, non sans prudence. Elle garda sa main à l'intérieur de sa sacoche attachée à sa taille, au cas où elle serait contrainte de se défendre.

L'intérieur de la chambre était plutôt étroit. Deux petits lits et une commode, éclairés par la lumière de la lune qui entrait par le petit hublot au dessus de la commode. L'inconnu était assis sur un lit, en train d'aiguiser son cimeterre à l'aide d'une pierre. Elle s'approcha avec méfiance, s'assit sur son lit, et examina ses traits.

Des yeux bleus obscurs, terribles et vifs, des sourcils épais effarants, ainsi que des cheveux brun-noirs frisés tels qu'on aurait dit qu'une tempête se serait déversé au dessus de sa tête. Une faible moustache était rejointe par une barbichette qui poussait légèrement sur son menton. Un petite odeur malodorante se dégageait de ce personnage, comme s'il avait passé plusieurs jours dans une forêt ou un endroit sauvage.

Par curiosité, Eleniedel posa une question qui lui trottait dans la tête depuis l'arrivée de cet homme à l'auberge :

-Qu'est ce que vous faîtes ici ? Je veux dire... Vous semblez être un homme... différent par apport aux habitués de cette auberge.

-Je vous retourne la même question, répondit t-il dans un soupir, comme s'il semblait agacé. Qu'est ce que vous faîtes ici ?

-Je ne voulais pas que l'on me voit. Je voulais rester discrète, aller dans un endroit où il n'y aurait personne à cause de mes...

Elle se souvint que ses cheveux étaient toujours à l'air libre, ainsi elle s'empressa de remettre son capuchon sur la tête. Se sentant rougir, elle baissa la tête avec embarra.

-Et bien nous sommes ici pour les même raisons. Qu'importe le pourquoi, vous avez besoin de vous cacher des autres et moi aussi.

Un long silence gênant pour Eleniedel s'en suivit. Le Rôdeur semblait avoir porté toute son attention sur son travail, comme si elle n'était qu'un meuble. Finalement, au bout de plusieurs minutes, l'homme dit :

-Reposez vous. Vous êtes en sécurité avec moi.

Elle s'allongea de côté sur le matelas dur et regarda le hublot, les paupières semi-closes. Tentant d'oublier l'odeur de son nouveau compagnon et le bruit de l'aiguisement de son arme, elle parvint tout de même à s'endormir. Mais avant de s'endormir, elle crut percevoir une dernière image. Des plumes noires... Mais elle devait déjà commencer à dormir, pensait-elle.

Son sommeil fut perturbé par un cauchemar éprouvant. Elle se trouvait sur le pic au milieu des montagnes, contemplant les étoiles et l'aurore boréale qui s'étendait au loin, dans un plaine gelée. La brise en était frémissante pour elle, alors que pour un homme, elle aurait été mortelle. Eleniedel tenait dans sa main sa pierre runique, son arme de prédilection, son seul salut contre ses ennemis. Autour d'elle, les elfes les menaçaient de leurs flèches et de leurs lances. A ses côtés se trouvait son grand amour, le premier pour qui les cheveux d'Eleniedel n'étaient par une abomination. Il était barbu, fort, petit à cause de son sang de nain, et tenait une hache dans ses deux mains.

-Attention derrière vous ! S'écria-t-il à l'attention des elfes.

-Nous ne tomberons pas dans ton piège nain ! Lui répondit-on.

C'est ce qui leur coûta la vie. Une créature bondit sur eux. Ses puissantes pattes arrières maintinrent sa première proie, tandis qu'il posa ses pattes avant sur son buste. Plongeant ses crocs dans son cou, il tua net le premier elfe, déclenchant une énorme crainte parmi ses compagnons, qui s'enfuirent à grandes enjambées. Seul deux elfes étaient restés contre la bête, mais Eleniedel n'eut pas le temps de les reconnaître, car la créature bondit dans la direction de son bien-aimé. Il fut emporté dans un précipice, mais sa main s'emmêla dans les longs cheveux d'Eleniedel. Quelques secondes plus tard, il se trouvait au dessus du vide, tenant encore bon aux cheveux blancs de sa bien-aimée. Elle, se tenait à la falaise abrupt, et ne parvenait pas à les hisser terre ferme.

-Accroche toi ! Hurla-t-elle à son nain d'une voix reflétant sa douleur insupportable. Le nain étant suspendu dans le vide par ses cheveux, elle allait basculer avec lui dans le précipice sans fond.  

-Eleniedel,écoute moi ! Si je ne me détache pas, tu vas sombrer avec moi, or je veux que tu vives !

-Oui, mais pas sans toi !

Elle se mit à pleurer, car elle avait bien compris qu'il fallait que l'un des deux meurt pour que l'autre vive. Il lui lança un dernier regard tendre puis sortit un petit couteau de sa poche et trancha les cheveux qui retenaient sa main, avant de tomber dans le vide en la fixant.

-Non !!! Hurla-t-elle.

Elle le vit basculer... Il basculait. Elle ne pouvait rien faire... Il basculait... Il...


-Réveillez-vous ! Dit le Rôdeur lorsqu'elle ouvrit les yeux.

Il était penché sur elle, son visage éclairé par la lumière du matin.

-Nous devons partir, finit-il avant de se tourner pour préparer ses affaires.

Elle essuya les larmes qui coulaient de ses yeux, puis s'assit sur son lit, en pliant ses jambes contre son ventre. Il fallait digérer cet horrible cauchemars. C'était une représentation d'un événement qu'elle avait vécu, et qui avait été très traumatisant pour elle.

-Dépêchez vous. Dit l'homme d'une voix plus forte. Des hommes nous veulent du mal.

Ces derniers mots déclenchèrent un déclic en Eleniedel.

-Du mal ? Comment ça ?

-La nouvelle concernant une sorcière dans cette auberge s'est répandue comme une traînée de poudre à travers la ville. La population se bouscule devant cet établissement. Ils veulent votre mort.

Elle perçut un brouhaha venant de dehors et alors elle regarda à travers le hublot : une cinquantaine d'hommes et de femmes criaient devant l'auberge, tenant à la main des torches, des fourches, des couteaux. Soudain, elle vit un doigt pointé dans sa direction et les cris redoublèrent d'intensité tandis que tous les regards se dirigèrent vers elle.

Par peur, elle recula de quelques mètres, avant de se cogner dos à la porte de la chambre. Elle resta ainsi plusieurs secondes, alors que le Rôdeur faisait les dernières vérifications de son armement. Puis il avança vers elle, et la poussa doucement du bout des doigts avant de poser la main sur la poignée.

-Restez bien derrière moi, ne dîtes rien, mais ne fuyez pas leur regard. Il faut qu'ils puissent voir votre visage pour comprendre que c'est une fausse rumeur qui a été raconté en ville. Mettez ce foulard pour cacher vos cheveux (il lui tendit un foulard bleu qu'elle s'empressa de nouer autour de sa tête). Je veux que vous preniez un air terrifié.

-Ça ne devrait pas être dur sur ce point là, répondit t-elle d'une voix tremblante.

-Cela accentuera votre innocence. Surtout, ne vous éloignez pas de moi. Et gardez ce couteau caché derrière votre tunique, dit-il en lui tendant sa dague. A n'utiliser qu'en cas d'extrême urgence.

-Très bien. Ouvrez la porte, qu'on en finisse.

Il tourna la poignée, et emprunta le couloir. Celui-ci était jonché de meuble brisé, de sang et de cadavres. Eleniedel les regarda avec horreur. Et elle reconnu alors plusieurs clients de l'auberge parmi les morts.

-Que s'est-il passé ici ?

-Ces brigands ont tenté de s'introduire dans la chambre pour nous tuer au milieu de la nuit. Notre réputation est mauvaise à leurs yeux.

Elle trembla de tous son corps, et ne fit rien pour l'empêcher. Continuant de suivre de près le Rôdeur, elle s'engagea dans l'escalier pour arriver au rez-de-chaussée. Là, les meubles étaient aussi fracassés, et les clients tués.

-Ça, ce n'est pas de ma lame. Ils ont passé la nuit à se disputer sur comment réagir à votre égard. Certains vous craignaient, d'autres voulaient votre morts. Ils ont finis par déclencher une bataille générale.

L'aubergiste, un des seuls vivants appartement, étaient en train de tenir la porte que la population tentait d'enfoncer. Lorsqu'il aperçut Eleniedel et son protecteur, il ordonna d'un ton colérique.

-Sortez d'ici... Je ne veux plus vous voir !

Le Rôdeur ne répondit pas. Il ouvrit la porte, et franchit le seuil de l'auberge. Dès qu'il fut dehors, un grand silence régna au sein de la population amassée devant l'établissement. Tous, qui pensaient voir une sorcière diabolique au nez pointu et aux vêtements noirs, voyaient un homme effrayant, une arme à la main, accompagné d'une jeune fille.

-Laissez nous passer. Dit-il d'une voix ferme.

Plusieurs personnes, leur méfiance envahie par la peur, s'écartèrent pour former un couloir au milieu de l’attroupement de la populace. Certains restaient à leur place, mais s'écartaient vivement lorsqu'il voyait le Rôdeur trop près d'eux. Eleniedel resta près de lui, comme promis, et fixa chaque personne avec peur. Plus tard, elle se remarqua en train de baisser la tête. Elle s'empressa de continuer à fixer les gens. Lorsqu'ils parvinrent enfin à franchir cette barrière humaine, une voix s'écria derrière eux.

-Vous n'allez pas les laisser partir ! Regardez cette fille ! C'est elle ! Elle nous jette un mauvais sort !

Le jeune homme au cheveux bruns ébouriffés courut vers eux, sa faux à la main. Tandis qu'il passait à l'attaque, quelques personnes acquiescèrent et le suivirent. Lorsque l'attaquant arriva enfin à distance du Rôdeur, il tenta un coup de fourche qui le Rôdeur esquiva, déclenchant la chute du jeune homme sur le ventre. Sans attendre, le ''protecteur d'Eleniedel'' saisit une flèche de son carquois et la planta dans le cou du jeune homme, le tuant net. Il posa ensuite cette flèche sur le bois de son arc, tira sur le fil, et abattu le second assaillant.

Tout alla si vite que le troisième assaillant n'eut pas même le temps de ralentir, que sa gorge fut tranché par un cimeterre.

Puis, des cris de peur, de colère et des pleurs retentirent dans la mêlée. Le compagnon d'Eleniedel lui saisit la main et l'entraîna à travers les ruelles de la ville. Elle, de son côté, était totalement terrifiée par ce qu'elle venait de voir. Elle ne comprenait pas le geste du Rôdeur.

-Baisse toi !

Ce qu'elle fit, avant de voir survoler au dessus de sa tête une flèche. Derrière eux, des gardes accompagnés par plusieurs habitants de Bree les poursuivaient. Ils étaient trop proches ! Elle ne courrait pas assez vite. Mais elle avait une solution. Sans prendre le temps à son compagnon de comprendre, elle emprunta une ruelle sombre sur la gauche, se retrouvant seule et se cacha derrière un muret.

Là elle commença sa métamorphose. D'elfe, elle se transforma en un sublime papillon aux ailes blanches. Elle s'envola dans l'azur, et parcourut du ciel le village de Bree, ses collines, ses champs. Un magnifique soleil se levait à l'est, inondant les pâturages d'une douce lumière. Les rivières scintillaient, les fleurs coloraient le paysage, les oiseaux chantaient. Soudain, du haut du ciel où elle volait, elle perçut un cavalier sortir en hâte d'une grande porte à l'ouest du village. Honteuse de l'avoir abandonnée, elle piqua vers la terre ferme, puis suivit de près le Rôdeur et son cheval.

Il s'arrêta à la lisière d'une forêt et fit en peu de temps un petit feu de camp. Il s'assit devant, et c'est lorsqu'il enleva son gant qu'Eleniedel, du haut d'un arbre, perçut sa profonde entaille au bras.

Elle s'empressa de plonger dans un buisson pour se transformer en sa forme d'origine, celle de l'elfe qu'elle était, puis elle s'approcha du feu de camp et du Rôdeur.

La surprise lorsqu'il l'aperçut visible dans ses yeux l'aurait fait rire, mais la blessure de son nouvel ami l'obligeait à se concentrer.

-Comment avez-vous fait ?

-Je vous ai suivis, quelle question ! Dit Eleniedel en se baissa sur son bras.

Du sang coulait abondamment de l'entaille qui semblait avoir été faîtes par la lame d'un couteau.

-Ne me dîtes pas que vous m'avez suivi ! Je vous aurais vu !

-Je vous ai suivi ! Comment aurais-je pu arriver autrement ? En me téléportant ?

Elle examina la blessure, avec plus d’intention. Lui, la fixait avec méfiance.

-Vous ne m'avez pas suivi. J'en suis certain. Comment avez-vous fait ?

-Ah ! Mais taisez-vous ! Je n'arrive pas à me concentrer...

Le Rôdeur ferma la bouche, toujours troublé. Eleniedel quand à elle, commença à fermer les yeux, en approchant sa main de son entaille.

-C'est tout de même éto ...

Le doigt d'Eleniedel se posa brutalement sur ses lèvres, et son regard froid lui somma tout de suite de ne plus en placer une.

Elle porta enfin son attention sur cette blessure. Le sang continuait à couler, il fallait la refermer de suite. Elle approcha sa main, frôla doucement la blessure en se concentrant., puis ferma les yeux. Soudain, après quelques secondes de silence, l'entaille se referma petit à petit, comme par magie. Lui, ne semblait pas étonné. Il fixa Eleniedel avec un petit sourire de gratitude.

-Merci à vous.

Eleniedel s'assit en tailleur sur l'herbe, devant le feu, et fixa le visage sombre du Rôdeur avec inquiétude.

-Comment se fait-il que vous ne soyez pas surpris ?

-Concernant ?

-Moi... La couleur de mes cheveux, la manière dont je vous ai soigné. Et vous ne connaissez pas tous...

Un sourire d'amusement s'afficha sur le visage de son compagnon.

-Si vous saviez tous ce que j'ai vu dans ma vie, à ma place, vous n'en seriez pas plus surprise.

Elle soupira.

-Pourquoi avez-vous tué ce jeune homme ? Et les deux autres habitants qui vous ont attaqués ? Vous n'aviez qu'à... je ne sais pas... Utiliser un moyen plus pacifique ? Vous l'avez tué ! Il avait toute sa vie devant lui ! Vous l'avez tué !

A cette question, il n'y eut aucune réponse. Il ne bougeait pas, le regard perdu dans les flammes. Elle comprit qu'elle n'obtiendrai aucune réponse de sa part pour le moment.

-Je pense qu'il est temps de nous séparer, dit-il.

-Quoi ? Vous me laissez là ? Après m'avoir sauvé ! Mais... Pourquoi ?

-Il n'y a plus d'intérêt à rester ensemble dorénavant.

-Cela fait plus d'un mois que je voyage sur ces terres, sans but, à chercher désespérément... Quelque chose qui donnerait un sens à ma vie, et voilà que vous tombez devant moi. Ça pourrait être un signe !

-Il ne vaut mieux pas que vous croyiez à ce genre de chose, répondit-il en riant. Ce ne sont que des bêtises les histoires de destin et de signe.

Eleniedel exaspérait. Elle ferma les yeux, cherchant à trouver quelque chose pour le convaincre. Elle demanda dans un soupir :

-Où voulez-vous aller, Rôdeur ?

-Beaucoup d'affaires m'attendent, et peu de temps pour les gérer.

-Emmenez moi avec vous ! Je pourrais vous aider !

-M'aider ? Non... Ce serait trop dangereux pour vous.

-Trop dangereux ? Vous me prenez pour une vulgaire femme faible et sans défense ?

-Oui, parfaitement, dit-il en hochant la tête.

-Un jour, je vous montrerais.

Le Rôdeur fronça les sourcils, pensif.

-Bon écoutez... dit-il enfin. J'ai toujours une proposition pour vous.


A suivre...

_________________


"Tuer avant d'être tué"


Dernière édition par Yannou le Lun 13 Oct - 22:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Contes des Pilleurs : Le choix d'Eleniedel   Lun 22 Sep - 19:19

Deux jours plus tard, ils se trouvaient à la ville de Grand'cave, ville des plus réputées de la Comté pour son commerce de légumes et d'herbes à pipe. Là bas, les gens étaient accueillants, la plupart étant fermiers. Mais ces gens étaient des Hobbits, et qui dit Hobbit dit petit taille. Or, petite taille dit aussi petite maison. De ce fait, jamais Eleniedel et son compagnon ne s'étaient autant cogné la tête contre une bâche ou une poutre que dans ces trous de Hobbits.

-Aïe ! Gémit Eleniedel en se cognant contre la toiture d'une boutique.

-Tenez, prenez ça. Nous allons dans les montagnes, il va falloir se couvrir, dit le Rôdeur en lui tendant un manteau en boyaux de cerf.

Elle regarda cet habit avec dégoût. Elle ne pouvait tolérer de manger de la viande ou de porter quelque chose qui ait tué un animal. C'était dans sa nature. Son amitié envers les animaux était grande, tellement grande que souvent elle les préféraient aux humains.

-Non merci.

-Vous mourrez de froid si vous ne portez pas d'habits chauds !

-Je n'ai pas besoin de cela, dit-elle en désignant le manteau, croyez moi.  

-Vous vous fichez de moi ?

Eleniedel franchit la porte de la boutique vers l'extérieur. Le Rôdeur poussa un soupir puis reposa le manteau à sa place. Il continua tout de même regarder l’elfe avec perplexité, tout en avançant vers la porte à son tour.

-Faîtes moi confiance. Dit Eleniedel. Et dépêchez-vous, nos chevaux nous attendent.

-Aïe, dit-il en se cognant à la toiture. Arf... Ils ne peuvent pas nous attendre, ce ne sont que des animaux, râla-t-il en se massant la bosse qui apparaissait sur le haut de sa tête.

Ils approchèrent de leurs deux montures respectives qui se trouvaient attachées à un lampadaire. La monture de droite était une jument portant une robe d'une blancheur immaculée. Elle avait de longues pattes et un crinière blonde soigneuse qui flottait dans le vent frai de la soirée. Elle ne portait sur son dos qu'une selle en cuir.

Eleniedel n'avait pas besoin de la guider avec un matériel spécial. Ce lien qu'elle partageait avec les créatures de la terre était si fort, qu'elle parvenait par exemple à se faire comprendre rien que par la pensée. Elle et sa monture ne faisaient qu'un, même si elles ne se connaissaient que depuis très peu de temps.

A gauche de la jument, on pouvait presque affirmer que la monture qui se trouvait là était l'inverse. Imposant, puissant, couvert de bandes de cuirs et de parties métalliques le protégeant de toute sorte d'attaque. Ce cheval était fait pour la guerre, et se nommait Alrith. La monture du Rôdeur avait un pelage gris, tacheté de points noirs.

Eleniedel et le Rôdeur montèrent sur leur chevaux, et continuèrent leur long et épuisant voyage vers les Montagnes Bleus.

Leur traversée vers le Nord ne fut pas de tout repos. Ils durent supporter une averse ainsi qu'un orage avant de pénétrer parmi les monts, affronter une meute de loups des neiges assoiffée de sang, jusqu'à arriver à l'extrême ouest de cette chaîne de montagnes, où une mauvaise surprise les attendait.

Leurs montures peinant à escalader une pente rude, le Rôdeur était pourtant préoccupé par autre chose. Il n'arrêtait pas d'observer Eleniedel, qui, dans sa fine tunique de voyage, ne tremblait pas de tout.

-Vous semblez être une femme pleine de ressources, dit-il avec un rictus.

-Oh sachez Rôdeur que vous êtes loin de savoir tout de moi, répondit-elle en lui adressant un magnifique sourire de ses dents blanches.

Soudain, ce dernier tourna brusquement la tête devant lui.

-Qui a-t...

-Chut. Dit-il en lui adressant un signe de la main pour lui ordonner de rester ici.

Il donna un léger coup de talon à Alrith, qui avança lentement jusqu'au sommet de la colline. Une fois en haut, il observa chaque recoin aux alentours, avant de revenir précipitamment auprès d'Eleniedel.

-Je ne comprends pas, dit-il. Un groupe d'elfe traverse ces contrées. Ils transportent un prisonnier dans une cage en fer. Je n'ai pu déterminer qui étaient-ils.

-Ne nous mêlons pas de leurs affaires. Cela nous attirerait des ennuies.

-Restez ici, ordonna-t-il sans prendre en compte le conseil d'Eleniedel. Je vais voir ce qu'il se passe. Si quelque chose tourne mal, partez loin à l'Ouest, le plus à l'Ouest jusqu'à ce que vous tombiez sur quelqu'un.

Elle hocha affirmativement la tête. Le Rôdeur bondit hors de sa monture, tendit les rennes de son cheval à l'elfe, puis s'éloigna. Dès qu'il fut hors de son champ de vue, elle s'empressa de descendre de sa jument, puis de grimper la colline à son tour. Là elle perçut la scène. Le groupe d'elfe était vêtu de tenues en cuir et de maille, très légères et souples, aux couleurs de la forêts. Leurs longs cheveux raides blonds et bruns tombaient jusqu'à leurs épaules. Facilement visibles au milieu de la neige claire, ils semblaient pourtant ne dégager aucun son. Elle se demandait bien par quel miracle son compagnon avait-il pu les entendre.

Puis, elle détecta la cage dont il parlait. De ses yeux vifs, elle perçut ce qu'elle contenait : un personnage de petite taille - apparemment un Hobbit étant donné qu'elle avait passé deux jours en compagnie de ces êtres - et un Nain barbu. Tous deux étaient vêtus de vêtements couleur noirs comme les plumes d'une corbeau.

Plus en bas, elle remarqua le Rôdeur se déplacer furtivement jusqu'à eux. Il se cachait derrière des sapin, des buissons, ou grimpait dans des arbres. Peut importe par quel moyen, les elfes ne le virent pas.

Eleniedel resta silencieuse. Le Rôdeur avançait. Tout à coup, elle le vit sortir son arc et bander une flèche. N'ayant pas le temps de réagir, il se dévoila aux elfes, les menaçant de sa flèche en pointe d'acier.

-Qui êtes-vous ? Que faîtes-vous dans ces Montagnes ?

Personne ne répondit, sur le coup de la surprise, jusqu'à ce que quelqu'un brise le silence :

-Je vous retourne la question Humain. Je vous signale que vous attaquez le convoi des elfes de Vertbois. Partez, et nous vous laisseront peut-être la vie sauve, annonça un des elfes tandis que les siens bandaient à leur tour des flèches en direction du Rôdeur.

-Et ben j'aurais jamais cru attendre aussi longtemps ! Dit soudain le Hobbit enfermé dans la cage. Pourquoi vous avez traîné ? J'ai pas que ça à faire moi que de rester dans la cage des elfes de la Forêt Noire !

-Vous détenez mes amis dans votre cage, gronda d'une vois forte le Rôdeur sans prêter attention au Hobbit. J'espère que vous avez une excuse pour les avoir emprisonné !

-Nous les avons pris en flagrant délit en train de voler nos armes et notre or, ainsi que d'avoir fouillé les recommandés de notre roi et les manuscrits importants.

L'homme adressa, suite aux mots de l'elfe, un regard des plus noir au prisonnier de petit taille enfermé. Ce dernier répondit simplement par un hochement d'épaules.

Eleniedel suivit ainsi la suite de ces débats jusqu'à ce qu'elle remarque le Hobbit en train de retirer un trousseau de clefs à la ceinture d'un garde devant sa cage. Il glissa avec la plus grande discrétion une clef à l'intérieur de la serrure, la tourna lentement et enfin l'ouvrit sans faire de bruit.

Puis, tout tourna au désastre. Le petit être bondit sur l'elfe le plus proche, et sans ce que dernier n'ait le temps de comprendre, son couteau lui fut retiré de son fourreau et planté dans le cou. Le combat s'engagea : le Rôdeur s'enfuit à toute jambe dès qu'il perçut le saut du Hobbit, et se cacha derrière un sapin. Une flèche lui frôla de peu le coude. Les elfes, ayant déjà tiré leurs projectiles, ne purent prévoir la flèche de leur adversaire se planter dans le torse de leur frère. Déjà deux elfes étaient tombés.

De son côté, Eleniedel observait la scène avec horreur. Elle voyait le sang de ses semblables teindre la neige de sa couleur rouge vive, et elle restait indécise. Elle vit le Nain sortir de sa cage à son tour, mais il n'eut pas le temps de saisir une arme pour se battre à son tour, car un elfe vint le saisir et poser son épée sur son cou.

Cette prise d'otage pétrifia Eleniedel sur le coup. Ce Nain... tellement semblable à son amour d'antan, lui fit revenir des souvenirs qu'elle pensait avoir oubliés depuis longtemps.

Elle se souvenait de montagnes hautes comme les nuages, d'une neige blanche immaculée à perte de vue, d'une grotte remplis de stalactites... d'un baiser.

Lorsque leurs lèvres se détachèrent, ils se fixèrent l'un l'autre durant plusieurs secondes. Elle le vit trembler, alors elle détacha son petit manteau pour le couvrir.

-Merci, dit-il.

Il lui caressa la joue, puis rentra sa tête dans son cou. Durant cette étreinte, Eleniedel sentit qu'il semblait préoccupé.

-Qu'est ce qui ne va pas ?

-Rien.

-Non... Raconte moi, marmonna-t-elle de sa voix douce en lui caressant la barbe du bout des doigts.

Il prit une profonde inspiration, puis avoua :

-Tu sais, depuis quelques temps je me remets en question.

-A propos de quoi ? Tu ne m'aimes plus ? Demanda-t-elle inquiète.

-Bien sûr que si, ne dis pas de bêtise. Non, je parle de nous. Tu es une elfe. Je suis un nain. Tu sais bien qu'un jour je quitterai ce monde, et toi tu resteras.

Elle baissa la tête.

-C'est que... Je préfère ne pas y penser.

Le nain tendit sa main vers son visage, et remonta son menton de son index.

-Mais c'est ce qui se passera. Alors à ce moment-là, je ne veux pas que tu ressasse ton passé à mes côtés. Je veux que tu ailles de l'avant. Tu rencontreras une personne qui t'aimera comme moi, j'en suis certain.

-Tu racontes des bêtises ! Qui aimerait quelqu'un... qui donne l'impression d'être vieille et laide avec ces cheveux blancs.

-Le monde n'est pas rempli que de gens cruels et monstrueux. Il en existe de bons, des personnes qui regarde à l'intérieur d'une personne, qui ne s'arrêtent pas à l'apparence.

-Ce n'est pas vrai.

-Si ce ne serai pas vrai, alors ce monde serait recouvert d'ombres et de flammes. Le Seigneur des Ténèbres l'aurait emporté depuis longtemps. Ce sont le gens honnêtes et bons qui font que le monde subsistent.

Eleniedel soupira.

-Je ne veux jamais aimer autre que toi, dit-elle en déposant un baiser sur ces lèvres.

Puis, elle ressentit à nouveau ce sentiment de malaise en voyant ce nain proche de la mort. Sans perdre une seconde, elle plongea la main dans sa sacoche, saisit sa pierre runique, et la porta en son cœur. En quelques secondes, les flocons commencèrent à tournoyer dans l'air, le vent glacial du nord se transforma en tempête et les esprits des montagnes se mirent à crier en son nom.

Prise de vertige, elle s’évanouie peu après.

Lorsqu'elle revint à elle, elle se trouvait toujours dans la neige, au même endroit. Elle se releva péniblement, et scruta les alentours. Le Rôdeur, les chevaux, les elfes, le Hobbit et le Nain ainsi que la cage avaientt disparus. Tous n'était que neige à perte de vue. Ce qui l'inquiéta au plus haut point.

Elle fit un pas dans la neige, mais se rendit alors compte que cette neige était beaucoup plus épaisse qu'avant.

-Oh non... Une avalanche... Comprit-elle.

La panique la prit de suite. Comment avait-elle pu être aussi idiote ! Elle avait déclenché une avalanche ! Son compagnon ainsi que le Nain, le Hobbit ainsi que les elfes. Et ces magnifiques montures ! Ils étaient peut-être tous morts, ensevelis sans la neige.

Peinant à avancer dans la neige, elle descendit au pied de la colline où se trouvait les disparus. Elle fouilla, tâta le sol, sans succès, jusqu'à toucher quelque chose de dur. Sur le coup, elle sursauta, puis, toute tremblante, elle replongea la main dans la neige. On aurait dis de la peau gelée. Prenant son courage à deux mains, elle saisit ce qui semblait être un membre et le sortit de la neige.

Elle découvrit un bras rattaché à un cadavre d'elfe. La vue de cette peau blanche et ce contact avec un mort la fit pousser un cri de frayeur. Comblée de désespoir, elle tomba à genoux et cacha son visage dans ses mains en pleurant.

Nul ne sait combien de temps elle resta ainsi à pleurer, seule, dans le froid et la neige. Mais tout à coup, elle sentit quelque chose se poser sur son épaule. Elle releva la tête, et vit un capuchon, une barbichette.

-Je croyais ne jamais vous revoir, dit la personne en lui adressa un sourire.

Eleniedel entoura ses bras autour du cou du Rôdeur en lâchant un sanglot.

-Je croyais vous avoir tué ! Dit-elle avec honte.

-Venez, il faut partir.

Il lui saisit la main, et la guida à travers les montagnes. Lorsqu'elle se calma, ils se trouvaient dans une vallée. En face, on pouvait voir les plus hautes montagnes de l'Ered Luin. De gigantesques reliefs dont les sommets étaient perdus dans le brouillard glacial, et qui s'étendaient sur plusieurs kilomètres.

-Où sont le Hobbit et le Nain qui étaient avec vous ? Interrogea t-elle.

-Comment ? Vous saviez ? Vous nous avez vu alors ! Je vous avais pourtant dis de rester en retrait.

-C'est trop tard maintenant. Dîtes-moi, je veux savoir ce qu'ils sont devenus.

-Nous avons rencontrés des elfes, et un combat s'est engagé suite à la bêtise d'un de mes amis... Et, ensuite nous avons entendu des grondements provenant des montagnes. Nous avons compris qu'une avalanche allait déferler sur nous.

Elle baissa baissa la tête pour cacher son embarra.

-Nous sommes parvenu à nous enfuir à temps, continua le Rôdeur, et nous avons pu retrouver les chevaux. Malheureusement, notre ami le Nain a été blessé lors de notre fuite. Il fallait immédiatement le mettre en sécurité. Alors j'ai confié nos montures au Hobbit et au Nain pour qu'ils puissent chevaucher jusqu'à notre repaire.

-Comment se nomment vos deux amis ?

-Le Hobbit se nomme Dibbo. Il n'est pas encore adulte disons, et c'est un vrai farceur. Il passe son temps à faire des farces et moquer de nos compagnons ou à se fourrer dans des pétrins comme par exemple se faire capturer par les elfes.

-Il avait sûrement une bonne raison. Qu'en est-il du Nain ? demanda-t-elle avec plus d'intérêt.

-Lui, c'est Ghorloth ! Un Nain généreux, amical et un bon guerrier ! J'espère qu'il s'en sortira...

Ils arrivèrent enfin devant la chaîne montagneuse qui ressemblait dorénavant à une muraille.

-Le repaire de notre confrérie, les Pilleurs de l'Ombre, est un des endroits les mieux cachés que vous pouvez trouver. Avant de passer, je dois savoir si vous êtes sûr de nous intégrer ? Une fois parmi nous, vous ne pourrez plus reculer.

-Je suis sûr, Rôdeur. Allons-y.

Il examina chaque alentours avec méfiance, pour vérifier qu'aucun espion ne traînait dans le coin, puis se tourna vers la muraille. Il posa sa main sur la roche, prononça des mots avec une voix tellement basse que même l'ouïe affinée d'Eleniedel ne put les saisir, et tout à coup, une couche de neige sur le sol tomba dans un trou qui dévoila un tunnel menant dans des profondeurs.

Le Rôdeur emprunta des marches de pierre, tout en commençant à fouiller dans son sac.

-Que cherchez-vous ? Demanda Eleniedel en empruntant à son tour l'escalier.

Dès qu'elle posa son pied sur la troisième marche, le trou dévoilant le tunnel se referma brusquement, la faisant sursauter. Ils furent tous deux plongés dans le noir complet

-Je cherche une torche, dit-il. Oh je suis étourdi ! J'ai oublié d'en préparer !

-Ne vous inquiétez pas, dit Eleniedel d'une voix douce. J'ai la capacité de voir dans le noir.

-Je n'ai jamais entendu parler d'un tel don chez les elfes.

-Je vous avais bien dit que j'étais pleine de ressources ! Ria-t-elle. Dîtes moi, y a-t-il des torches sur des socles dans ce tunnel ?

-Très peu, mais ce tunnel est plutôt court.

-Vous devriez rester ici. Je vais revenir avec de la lumière.

Eleniedel avança lentement dans l'ombre, puis, lorsqu'elle fut sûr de ne plus être à portée de vue de son compagnon, elle se concentra.

Ce qu'elle avait dit à propos de son ''don'' était une sorte de demi-mensonge. Elle n'y voyait pas plus qu'un humain, mais elle pouvait faire en sorte d'y voir clair ! Elle se transforma en un chat au pelage blanc, agrémenté de petites tâches grises. Enfin elle pouvait y voir quelque chose.

Le tunnel semblait être fait d'une roche qu'elle n'avait encore jamais vu. Une masse compact qui ne laissait échapper aucun bruit. Elle tenta de griffer la surface des murs, de miauler, mais rien n'y fit. Aucun bruit ne s'en dégageait. Pas le moindre écho. C'était étonnant ! Peut-être ce tunnel était ensorcelé ?

Elle se mit ensuite à marcher dans l'unique direction que prenait le tunnel, jusqu'à ce qu'une faible lueur orange soit visible. Elle redevint une elfe, et courut vers cette lumière. Là elle trouva enfin la torche. Courant dans le sens inverse, elle retrouva le Rôdeur qui était resté de pied ferme à l'entrée, puis ils reprirent leur traversée ensemble.

-Rôdeur, je viens de me rendre compte malgré plusieurs jours de voyage passés ensemble, je crains de ne pas connaître votre nom, avoua timidement Eleniedel.

-Je m'appelle Yann.

-Yann ? Vous n'avez pas de nom de famille ?

-Je préfère... Le garder pour moi.

-Je comprends. Dit-elle dans un souffle.

Après un moment de silence, le Rôdeur désormais appelé Yann demanda :

-Et vous ? Comment vous appelez vous ?

-Eleniedel, dit-elle avec un sourire.

Puis, le silence reprit à nouveau. Seul s'entendait le crépitement des flammes que produisait la torche dans la main de Yann.

-Ce tunnel est-il encore long ? Demanda-t-elle.

-Encore une petite dizaine de minutes. Je le pensais plus court je l'avoue.

Lorsqu'ils arrivèrent à la fin du tunnel, ils furent en face d'un cul de sac. Sur le mur bloquant l'accès à l'extérieur était gravé un dessin. Un corbeau noir, aux plumes couvertes de sang, tenant dans ses serres un poignard et dans son bec une pièce d'or scintillante.

-Je vous présente notre emblème. Dit Yann.

Eleniedel frémit en le voyant. Il était effrayant...

-L'Ombre n'est jamais loin. Prononça distinctement le Rôdeur en face du mur.

La roche trembla, puis s'éleva, dévoilant une petite vallée située en dessous d'une caverne percée en son toit. De ce fait, elle était illuminée de part et d'autres par la lumière du soleil ainsi que par des braseros et aussi d'étranges cristaux luminescents posés sur des socles. Des sapins poussaient dans ce lieu, au milieu de la neige et des animaux. Mais un grand silence semblait régner...

Au cœur de la vallée, on pouvait voir une grande tour qui tombait légèrement en ruine, et à côté, une sorte de grand foyer taillé dans la pierre qui paraissait être l'habitation des Pilleurs de l'Ombre.

-Yann... Je voulais te... Pardon...Pouvons-nous nous tutoyer maintenant que nous nous connaissons bien ?

-Bien sûr.

-Je voulais te demander.  Quelle est cette roche ? Demanda Eleniedel en tapotant la surface de la caverne. Elle couvre le bruit ? Est-elle magique ?

-Non c'est une pierre que l'on ne peut trouver qu'en cet endroit. Nous nous sommes établi spécialement ici pour bénéficier de cet atout, expliqua-t-il en descendant au cœur de la vallée en empruntant un chemin, suivit de près par Eleniedel. Vois-tu, grâce à cela, nous n'avons pas besoin de faire silence. Personne ne peut nous entendre. Il est important que personne ne découvre notre repaire, hormis les Pilleurs.

-C'est évident.

Ils arrivèrent dans une cour pavée, où l'on pouvait déjà voir des décorations merveilleuses :

Plusieurs statues étaient érigées ici et là, représentant des monarques, des rois, des héros célèbres dans l'histoire de la Terre du Milieu. L'elfe s'émerveilla devant la statue d'une elfe, où au pied de cette dernière se trouvait une magnifique fontaine à l'eau claire. On pouvait également remarquer quelques statues de monstres, qui étaient affichés comme si l'on faisait face à une liste de chasse. Dans une large tente aux rayures bleus et blanches s'activaient un elfe aux cheveux châtains qui frappait une épée sur une enclume avec son marteau. A ses côtés, le Hobbit Dibbo et le nain Ghorloth qui portait des bandages à la taille jouaient au dés.

L'elfe adressa un signe amical à Eleniedel, et elle lui répondit par un signe identique avec un sourire. Le Hobbit les remarqua, alors d'un bond, il se leva et courut vers elle.

Il portait des cheveux d'un noir ébène tombant en cascade sur ses épaules, il semblait un peu menu malgré son joyeux visage fin. Il avait une peau pâle, et des yeux très clair, semblables aux siens.

-Vous êtes la nouvelle ? Demanda-t-il avec empressement.

-Oui, apparemment, répondit-elle avec un rire, tout en remettant bien son capuchon pour bien cacher ses cheveux.

-Ravi de vous rencontrer ! Dit-il en lui tendant la main.

-Moi aussi, dit-elle en la serrant avec un sourire.

-Vous êtes très joli, dit-il en baissant la tête.

-Oh... merci ! Répondit-elle toute rouge.

« C'est parce qu'il n'a pas vu mes cheveux, se disait-elle intérieurement ».

-A bientôt, dit Dibbo en s'éloignant timidement.

Après que l'elfe aux cheveux châtains, qui s'appelait Manphor, se fut présenté auprès d'Eleniedel, ce fut au tour de Ghorloth d'aller la saluer. Elle fut terriblement choquée en le voyant de près. Elle n'avait jamais vu de nain après son bien-aimé. Dès qu'il se fut éloigna, elle ravala un sanglot en s'asseyant sur un banc.

-Cela m'étonne que Dibbo ne t’ai pas réservé le bizutage qu'il réserve à chaque nouvelle recrue.

-Hum, se contenta de répondre Eleniedel, trop concentrée sur le nain Ghorloth pour faire attention au Rôdeur.

Plus tard, Yann lui apprit qu'étant donné l'absence de la Grande Prêtresse des Pilleurs de l'Ombre, la soi-disant chef, elle pourrait commencer à s'installer dans son nouveau foyer et s'adapter à sa nouvelle vie.

-Voici ta chambre, dit-il en dévoilant sa nouvelle chambre à coucher.

Elle trouva cet espace tout à fait à son goût. Un lit coquet surmonté d'un baldaquin. A côté, une petite table de chevet en bois avec un tiroir. On pouvait également trouver une garde robe, un buffet, une petite table avec un miroir au dessus et enfin une porte menant à une salle de bain personnelle.

-Mais... C'est merveilleux ! Comment avez vous construit un logement aussi complet avec si peu de moyen ?

-Nous ne nous appelons pas les Pilleurs de l'Ombre pour rien ! On a de l'argent ! Répondit-il avec un clin d’œil. Et nous avons la chance de pouvoir nous étendre sous des dizaines de mètres sous terre grâce à cette roche. Elle est extrêmement résistante. C'est l'endroit parfait.

-Merci, dit-elle avec un grand sourire.

-Je te laisse. Passe une bonne soirée !

Il referma la porte derrière lui, laissant désormais Eleniedel seule dans sa nouvelle chambre. Son premier réflexe fut de se laisser tomber à plat dos sur son lit. Elle resta ainsi plusieurs minutes, les yeux rivés sur son baldaquin. Un sourire s'afficha sur son visage. Enfin elle se sentait en sécurité.

Les heures passèrent jusqu'à l'heure du dîner. Yann lui informa qu'ici, les Pilleurs prenaient leur repas dans la grande salle commune, chaque déjeuner et chaque dîner. Ce n'était pas si déplaisant, du moment que personne ne voyait ses cheveux.

Avant d'aller manger, elle prit le temps de se mettre devant son petit miroir d'eau, et de se faire un chignon. Ensuite, elle enfila un petit bonnet en laine assez discret, cachant tous ses cheveux. Puis elle échangea sa tenue de voyage avec une petite robe de tissu bleu dans la garde robe. Elle fouilla sa sacoche, trouva un petit bracelet en argent qu'elle enfila autour de son poignet, puis enfin inspira un bon coup et ouvrit sa porte pour rejoindre la salle commune.

Là-bas y régnait une ambiance plaisante. Les gens mangeaient comme s'ils fêtaient quelque chose. Elle chercha Yann du regard parmi la foule, et le perçut enfin en train de lui adresser un signe pour qu'elle vienne s'asseoir à une place libre à côté de lui. Elle monta un petit escalier, longea la longue table et s'assit à côté du Rôdeur.

Ce dernier n'était pas aussi mal vêtu et malodorant que lors de leur voyage. Il portait désormais une tunique de couleur assortie à ses cheveux, ainsi qu'un pantalon marron et de chaussures vertes sombre. Il semblait plus mince désormais sans sa tenue de voyage, et plus amical.

-Jolie tenue ! Elle te va bien. Tiens vas y sers-toi, dit-il en désignant les mets présents sur la table.

Jamais elle n'avait vu un si grand choix de nourriture. On pouvait trouver de toutes sortes : légumes frais, viande saignante, bœuf séché, pâté de canards et de lapins, tomates confites, muffins, gâteaux, vin, barils de bière, thé, œufs à la coque, cuits, durs, saumon, truites, jarrets de cerfs, salade et plein d'autres chose.

Eleniedel ne se fit pas prier une seconde fois ! Elle dégusta nombreux mets jusqu'à être rassasiée, en  laissant comme toujours la viande et le poisson hors de sa vue. Voilà longtemps qu'elle n'avait vécu un si bon repas. Elle se tourna vers son voisin de table de gauche, et remarqua un petit nain à la barbe grise, portant un foulard gris sur la tête. Celui-ci buvait grossièrement une choppe de bière. Le liquide ruisselait sur sa barbe et tombait sur ses genou. Lorsqu'il reposa sa choppe sur la table, qu'il avait vidé d'un trait, il rota fièrement, ce qui fit rire de nombreuses personnes autour de la table.

La soirée se poursuivit ensuite, autour de chant et de musique. Un petit orchestre composé d'une mignonne elfe blonde, du voisin nain d'Eleniedel à la barbe grise et d'un nain qu'on surnommait Grim, joua de nombreux airs joyeux. Plus tard, Yann partit en compagnie d'autres personnes fumer leur pipe à l'extérieur. A ce moment-là tous le monde dansait dans une petite piste dont les meubles avaient été dégagés. Plusieurs personnes étaient restés assis à la table, et discutaient. Elle comptait parmi ces personnes, et fit la rencontre de plusieurs membres. Elle rencontra un elfe qui se faisait appeler Œil-de-Hibou. A ses côtés était assise sa femme Galadhbregrien. Il y avait également un homme brun appelé Arwood, une elfe aux cheveux sombre et à la peau blanche nommée Lyhril et enfin un nain costaud dont le nom était Skyrmir.

Les cinq personnes lui expliquèrent comment marchait la confrérie pendant une bonne heure.

-Vois-tu, dit Œil-de-Hibou, tout d'abord tu te présenteras devant Anamaria, notre Grande Prêtresse et chef du Conseil des Pilleurs de l'Ombre.

-Le Conseil ?

-C'est un groupe formé des plus doués et des plus sages Pilleurs. Expliqua Lyhril. Ils sont six au total, sans compter Anamaria. Ce sont eux qui décident de toutes les missions des Pilleurs, de leur hiérarchie, de notre foyer, nos alliés et de beaucoup d'autres choses.

-Tu verras, Anamaria est une femme très mystérieuse, continua Œil-de-Hibou mais elle ne te semblera pas méchante pour autant. Vous discuterez un peu, puis ensuite, tu devras faire tes preuves. Moi j'ai participé à un pillage de camp Orque, et j'ai dû accomplir la mission la plus capitale. Tu verras, ce sera le moment le plus dur. Mais tu ne risques rien, tu seras accompagné par plusieurs membres doués pour te protéger.

-Il ne faut pas que tu sois inquiète ou stressée à l'avance, continua sa femme. Ils vont t'assigner une mission qui correspondra bien avec tes talents.

-Je n'ai aucun talent...

-Nous avons tous été choisi car nous avons chacun un talent favorable pour être un pilleur, dit le nain. Rester discret dans n'importe quelle situation, savoir se battre, une intelligence favorable. Nous ne sommes pas qu'une bande de voleur ou de mercenaires. Nous sommes un groupe de personnes dont chaque membre possède ses propres capacités.

-Je vois pas pourquoi on m'a choisi.

-Tu as quelque chose qui fait de toi un Pilleuse, annonça Œil-de-Hibou. A toi de le découvrir.

-Comment savent-ils quelle mission nous assigner ?

-Avant de rencontrer la future recrue, ils envoient des espions faire des recherches sur la personne. Ils savent à l'avance qui tu es, d'où tu viens et en quoi tu leur serais utile. S'ils veulent que nous fassions nos preuves, c'est pour qu'ils puissent vérifier qu'ils ne se sont pas trompés. C'est un réseau tellement complexe qu'il en devient parfois effrayant.

-Je vois... Mais, que se passera-t-il après avoir fait mes preuves ? Ou si au contraire je rate ma mission ?

-Si ta mission se termine par un échec, alors tu pourras toujours rester par nous. Ils t'aideront à perfectionner tes talents pour pouvoir plus tard retenter ta chance. Et si tu réussis, tu prononceras tes vœux. Et tu deviendras officiellement Pilleuse.

Eleniedel se garda de dire toute haut ce qu'elle pensait de tous cela. En fait, elle était totalement effarée.

Par la suite, tout en sortant de la pièce pour aller dans sa chambre, elle ne cessa de s'inquiéter. On l'observait, on l'espionnait, on l'utilisait comme un vulgaire pion. Les actes de cette confrérie lui semblait un peu malsains... Tout comme ses règles et son fonctionnement. Peut-être lui avait fait-on une farce en lui racontant cela ? Mais elle était pourtant sûr d'une chose. Ces gens étaient dangereux et avaient des choses à cacher. Elle l'avait bien comprise lorsqu'elle avait vu le Rôdeur assassiner sans aucun regret le jeune homme du village de Bree, ou lorsque le Hobbit nommé Dibbo avait sauté à la gorge d'un elfe sans hésitation.

Elle ôta ses vêtements, se vêtu d'une fine nuisette de tissu, et s'allongea dans son lit, toujours angoissée

Le lendemain, lorsqu'elle se réveilla, elle se sentit toute reposée. Elle avait l'impression de n'avoir jamais aussi bien dormi. La lumière du jour paraissait à travers la fenêtre. Les chambres étaientt collée à la paroi intérieure de la vallée, on voyait donc dehors.

Elle se leva, puis traversa la pièce pour se rendre devant son petit miroir. Elle fit à nouveau un chignon, comme la veille, et mit son bonnet par dessus. Puis elle se dirigea vers sa garde-robe et prit son temps pour choisir sa tenue du jour. Finalement, elle opta pour quelque chose de sobre : un manteau gris par dessus une chemise blanche. Une petite ceinture de cuir ainsi qu'un pantalon couleur crème. Et pour finir, une paire de sandales.

Elle emprunta les escaliers menant à la salle commune, et se rendit compte qu'il était très tôt en ne voyant que trois personnes prenant leur petit déjeuner. Eleniedel n'avait pas très faim, alors elle ne se contenta que d'une pomme, puis elle sortit prendre l'air. Elle se promena dans la vallée, encore peu éclairée par la lumière du soleil. Elle tomba plus tard sur un petit lac, et l'envie fut irrésistible. Prenant soin que personne ne soit dans les parages, elle se déshabilla, posa ses vêtements sur une pierre, puis pénétra dans l'eau claire, jusqu'à ce qu'il ne reste que le haut de ses épaules hors de l'eau. Elle enleva son bonnet, le jeta sur la berge, et secoua ses longs cheveux blancs atteignant désormais le bas de ses genoux.  

Elle mouilla son corps frêle d'eau puis ouvrit la bouche et entonna un chant qui lui rappelait son passé.

Aller... Partez... Stupides guerriers...
Allez vous faire tuer si cela vous plaît.
Moi je resterai ici, à rêver, espérer,
A mon héros aux mille et une beautés !

La neige est tombée, le vent s'est tu,
La glace a craquée, le sang s'est répandu,
Sur les terres du froid et des atrocités,
Celles où mon bien-aimé a disparu.

Je rêve de chevaucher dans les plaines et les prés,
A côté de mon héros, mon tendre bien-aimé,
Escalader les Montagnes, franchir les Mers endiablées,
Laissant derrière moi ma prison détestée,
Enfin retrouver ma liberté d'aimer !

La neige est tombée, le vent s'est tu,
La glace a craquée, le sang s'est répandu,
Sur les terres du froid et des atrocités,
Celles où mon bien-aimé a disparu.

Mais les Valar ne me le permettraient pas,
Je suis en plein dans mon désarroi,
Je sombre chaque jour pas à pas,
Jusqu'à tomber dans l'au-delà.

La neige est tombée, le vent s'est tu,
La glace a craquée, le sang s'est répandu
Sur les terres du froid et des atrocités,
Celles où mon bien-aimé a disparu.

Mon âme est perdu, mon esprit est corrompu,
Je ne supporte plus, je suis abattu,
Tant ton visage manque à ma vue,
Espérant, mon amour, je te sois rendu.

La neige est tombée, le vent s'est tu,
La glace a craquée, le sang s'est répandu,
Sur les terres du froid et des atrocités,
Celles où mon bien-aimé a disparu.

Et dans l'eau claire, je chante ce refrain,
Celui qui te concerne, mon beau et fort nain,
Mon doux amour, mon triste défunt,
Que je ne reverrai jamais, c'est certain...


Soudain elle entendit un craquement derrière elle. Elle se retourna brusquement, plongea son corps jusqu'au cou sous l'eau, puis dit d'une voix forte, trahissant tout de même de la peur :

-Qui est là ?

Elle vit une ombre s'envoler à travers des sapins. Cela ressemblait à un corbeau... Mais elle n'avait pas eu le temps de le voir clairement. Prit par une peur soudaine, elle sortit du lac, se rhabilla et courut vers la maison de confrérie. Le soleil était maintenant plus haut dans le ciel. On était aux alentours de midi à peu près.

-Ah ! Te voilà ! Dit Yann qui semblait la chercher. Notre chef Anamaria est arrivée, elle désire te voir ce soir.

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"Tuer avant d'être tué"
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MessageSujet: Re: Contes des Pilleurs : Le choix d'Eleniedel   Lun 29 Sep - 19:01

Une réunion du Conseil des officiers allait avoir lieu juste après le déjeuner. C'est ce qu'avait entendu Eleniedel à la grande table. Allait-on parler d'elle ? Elle en semblait certaine. Dès que les premières personnes sortirent de table, elle en fit de même. Elle se dépêcha de se rendre vers sa chambre, et se transforma en une minuscule souris blanche.

Elle traversa toute la maison de confrérie, en prenant garde de ne se faire voir par aucune personne, pour éviter un décès quelque peu ballot à cause d'un coup de ballai. Au bout d'un couloir, elle perçut la porte qui permettait d'accéder à la salle de réunion du Conseil. Deux panneaux étaient posés dessus : « Défense d'entrée » « Faîtes demi-tour ».

Eleniedel passa en dessous de la porte. L'intérieur était une pièce assez petite. Il y avait une petite bibliothèque contenant quelques livres de géographie et de stratégie. Une table rectangulaire au milieu où était disposé dessus de nombreuses cartes. Une cheminée éclairait doucement la pièce. Elle se cacha dans une armoire, repris sa forme d'origine et examina les personnes présentes à l'intérieur par l’entrebâillement de la porte.

Elle ne connaissait quasiment personne autour de la table mis à part le Rôdeur Yann. On pouvait voir deux elfes. L'une brune, qui avait une mine amicale et détendue et portant un carquois dans le dos, l'autre aux cheveux noirs comme la nuit, qui semblait plus froide. On pouvait également trouver un homme entre deux âges portant un bouc, et un autre à la peau bronzé avec de gros sourcils. Également présente une jeune femme qui tenait la main de l'homme au gros sourcils. Elle vit aussi Yann, bien entendu et enfin une femme dont le visage était à moitié caché par un capuchon.

Eleniedel ne sut pourquoi, mais ses vêtements noirs et son allure lui rappelait celle d'un corbeau. Elle comprit alors que cette personne était Anamaria.

-Yann tu m'as fait quérir, annonça cette mystérieuse dame. Pour quelle raison ?

-Je tiens à t'apprendre que nous avons vécu un conflit avec les elfes de la Forêt Noire hier, ici même, dans les Ered Luin, dit le Rôdeur.

-Mais que viennent-ils faire si loin à l'Ouest ? Demanda la jeune humaine.

-Arenna suppose que nous avions affaire à des ambassadeurs qui se sont entretenu avec les nains du Palais de Thorin, au nord, répondit Yann. Mais le problème, c'est que la zone dans laquelle ils se trouvaient ne figure pas sur la route à faire. Ils n'avaient rien à faire autant à l'Ouest des Montagnes. De plus, ils avaient des prisonniers. Il s'agissait de Dibbo et de Ghorloth.

-Je ne vois pas vraiment pourquoi m'avoir fait quérir pour cela, avoua Anamaria. Vous pouvez facilement régler cette affaire sans moi.

-Ce n'est pas là le cœur du problème, la coupa Yann. L'histoire n'est pas fini. Par contre... Pourrions-nous quérir Dibbo et Ghorloth ? J'aurai quelques questions à leur poser.

Quelques instant plus tard, tous deux se trouvaient dans la salle de réunion. On leur questionna, et les deux petits êtres répondirent chacun leur tour :

-Nous faisions notre ronde d'éclaireur ce moment là et nous avons remarqué les elfes qui rôdaient aux alentours. J'ai voulu retourner à notre repaire pour prévenir nos compagnons, mais Dibbo a insisté pour que nous réglions nous même cette affaire. J'ai tenté de le convaincre de ne pas partir fouiner dans leur camp pour essayer de trouver des informations, mais il en a fait qu'à sa tête.

Sur ces derniers mots, il jeta un regard méprisant au Hobbit.

-Malheureusement, ils m'ont trouvés. Dit Dibbo sans prêter attention au nain. Ils nous ont enfermés dans des cages, tout en parlant avec colère en me regardant. Je ne comprenais pas ce qu'il disait ! J'aurai pu croire que c'était de l'elfique, mais ça n'en ressemblait pas. Puis en chemin nous avons croisé Yann. La situation a empiré, puisque chaque camp a armé ses flèches. Du coup, j'ai réussis à sauver la situation.

Soudain, la porte de la salle s'ouvrit brutalement, et une elfe en fureur apparut. Eleniedel reconnut Lyhril. Elle réprima Dibbo d'un ton sauvage :

-Sauver la situation ?! Tu as tué trois elfes ! Sans aucune honte !? Et tu risques de déclencher une... guerre entre mon peuple et les Pilleurs ! Tu es fier de toi j'espère ? Espèce d'abruti sans cervelle !

-Calmez vous s'il vous plaît, ordonna Anamaria d'une voix forte. En premier lieu je tiens à te rappeler Lyhril que tu n'as pas été convoqué à cette réunion. Tu n'as rien à faire là.

-Comment ça...

Elle s'approcha, l'air effarée.

-Un Pilleur a tué plusieurs elfes de ma forêt... Et tous ce qui vous importe, c'est qui est convoqué ou non ! Je pense que je devrais être un minimum concernée dans cette affaire ! Je ne veux pas me retrouver à choisir un camp au milieu d'un conflit !

-Elle n'a pas tort. Dit l'elfe ayant une bonne mine, d'une voix apaisante.

-Nous devons trouver un moyen d'élucider cette affaire, continua Anamaria. Ce pourquoi un groupe d'ambassadeur des Pilleurs se rendra en Forêt Noire pour régler cette affaire. Lyhril, Dibbo et Yann en feront parti, car ce sont les plus concernés par cette affaire. Arenna les accompagnera également, ainsi que Tagazoki. Prenez également Eleniedel, elle pourra faire ses preuves. Dîtes lui que je n'aurai pas besoin de la voir ce soir. Vous la ferez faire des recherches discrètement sur le pourquoi de la présence des elfes en Ered Luin lorsque vous serez arrivés.

-Ne pouvons nous pas leur demander directement ? Demanda Lyhril, exaspérée.

-Leur poser la question pourrait donner des indications sur l'emplacement de notre repaire. Si nous ne vivions pas dans ces montagnes, en quoi cela nous importerait-il ? Non, Eleniedel accomplira cette mission à bien, je porte toute ma confiance en elle.

Lorsqu'elle entendit ça, elle ne put s'empêcher de pousser un petit cri de surprise. Elle s'empressa ensuite de poser une main devant sa bouche, mais tous les regards étaient désormais tournés vers l'armoire. Dibbo sourit, s'approcha de l'armoire, et l'ouvrit en grand, dévoilant la petite elfe qu'était Eleniedel.

-Mais c'est qu'elle joue les espionnes en plus ! S'exclama-t-il avec un sourire.


Plus tard, elle se baladait dans les chemins de la vallée, en compagnie d'Arenna. Ensemble discutaient et sympathisaient depuis la fin de la réunion.

-Tu sais, on ne t'en veut pas pour tout à l'heure. C'était même amusant.

-Je vous ai espionné... Ce n'est pas très honnête.

-Je crois que grâce à ça tu as gagné des points auprès d'Anamaria. Jamais encore quelqu'un n'avait réussis à s'infiltrer dans notre salle et à assister à nos réunions aussi longtemps.

-Aussi longtemps ? Quelqu'un a déjà essayé ?

-Dibbo... Dit-elle avec un soupir en roulant de l’œil. Mais il a explosé de rire au bout de deux minutes. Sinon il y a eu Tilimar, un autre hobbit, mais qui a crié lorsqu'on a allumé la cheminée parce qu'il se trouvait dedans. Il y en a eu tellement d'autres que je n'aurais pas assez de temps pour tous te les raconter.

-J'ai quand même l'impression d'avoir fauté.

-Ici, il n'y a pas vraiment de règles précises ou strictes, mais pourtant notre confrérie marche très bien, et tu sais pourquoi ? Parce que seuls des gens biens, des personnes justes font parties de notre communauté.

-Pour être franche, j'avais au contraire une image différente de vous. Je pensais que vous étiez des gens qui espionnaient tous le monde et tous le temps.

-C'est en parti vrai, mais c'est exagéré. Si nous espionnons, c'est qu'il y a raison d'espionner. Nous ne faisons pas de choses inutiles.

Eleniedel lui adressa un simple sourire en guide de réponse.

-Tu devrais aller te reposer, dit Arenna. Nous partons ce soir pour la Forêt Noire juste après le festin. Il faut que tu prenne des forces.

-Et toi ? Demanda-t-elle en la fixant droit dans les yeux.

Et pour ce faire, elle devait lever légèrement la tête. Car Eleniedel se révélait être une elfe plus petite que la plupart de ses semblables. En revanche, elle bénéficiait de cette étrange beauté qui pour les elfes était sublime mais pour certains humains était synonyme de laideur...

-Oh... Disons que je n'ai pas vraiment besoin de dormir, répondit-elle. Je suis en quelque sorte... Différente.

En entendant ce dernier mot, elle perçut dans les yeux de sa nouvelle amie une sorte de tristesse, de honte. Ce regard lui était familier. Elle savait qu'elle-même avait ce genre de regard.

Elle regagna sa chambre quelques minutes plus tard. Elle n'avait pas très sommeil, alors elle s'allongea sur son lit, et pensa à ses dernières journées. Elle avait rencontré tellement de monde parmi ces Pilleurs de l'Ombre ! Et elle ne connaissait même pas encore le trois quart d'entre eux. Et tous, chacun d'entre eux, avait quelque chose de mystérieux... Peut-être elle-même était mystérieuse ?

Le calme de cet endroit parvint à lui donner le sommeil. Elle commença et sombrer, puis à somnoler, jusqu'à ce qu'un bruit strident vienne la réveiller. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle perçut une jeune fille aux cheveux blonds en bataille, avec une cicatrice sur le bas de la joue.

Elle semblait être farceuse, du moins c'est ce qu'on pouvait remarquer par son sourire satisfait. Eleniedel s'empressa de bien remettre son bonnet, et remarqua avec soulagement que la jeune fille n'avait rien remarqué.

Cette dernière tendit sa main vers elle en se présentant :

-Bonsoir, je suis Heallwyn. Pilleuse depuis peu.

-Eleniedel, dit-elle en lui serrant la main.

Mais lors de ce contact, elle sentit une chose gluante s'étaler sur sa main. Elle remarqua ensuite le mélange d’œufs pourris et de pâté écrasé sur sa main. Totalement dégoûtée, elle se rua vers la salle de bain, tandis que Heallwyn était pliée de rire. Une fois sa main lavée, elle revint en colère dans sa chambre, mais remarqua qu'elle était vide. Elle haussa les épaules, soupira, puis se prépara. Comme elle allait partir dès la fin de la soirée, elle comptait mettre une tenue légère.

Elle se vêtu d'un tee-shirt bleu ciel, d'un pantalon gris et de chaussures brunes légères.

Puis, Eleniedel remonta l'escalier en courant, et arriva dans la salle. Pour l'instant, tout semblait calme. Mais comme on disait, c'était le calme avant la tempête. Dès que le dessert fut entamé, tous les Hobbits présents dans cette demeure firent une surprise aux Pilleurs en leur présentant une chanson au rythme d'une musique instrumentale. Soudain, Dibbo et le Hobbit dont lui avait parlé Arenna, Tilimar, sautèrent sur la table, et continuèrent de chanter en tournant bras-dessus, bras-dessous :

Viens à la taverne !
Boire ce superbe vin, le nouveau vin moderne !
Dont raffoles tous ces nains des cavernes !
Ce vin que boivent les hommes aux grosses cernes !
Ceux qui dorment que deux heures, par leur travail à la caserne !
Tu trouveras aussi les elfes aux lanternes !
Qui dans leur lumières, racontent des balivernes !


Le chant n'était certes pas des plus beaux, et encore moins des plus intelligemment écrit, mais il était plaisant de voir à quel point les semi-hommes prenaient joie à le chanter.

Lorsqu'il fut terminé, les Pilleurs se séparèrent en plusieurs groupes. Elle apprit par le biais l'homme nommé Arwood que des jeux d'argents et des concours étaient prévus lors de cette soirée. Curieuse par ces activités, elle s'approcha du premier groupe près d'elle. On pouvait y trouver les deux Hobbits farceurs, Dibbo et Tilimar, ainsi que la jeune fille Heallwyn. Elle rencontra également à cette table deux nains : Tagazoki et Flamdrid, ainsi qu'une elfe du nom de Nalanaïs. Tous ensemble jouaient au dés, et pariaient des sommes extravagantes. Le premier tour commença, alors que Dibbo jetais les dés.

En une minutes, Tilimar et Tagazoki se criaient dessus après avoir vécu une égalité sur leurs jeu, Heallwyn et Dibbo se battait sur le plancher, Flamdrid riait aux larmes et Nalanaïs en profitait pour remplir sa bourse de tous les gains misés sur la table. Eleniedel se retourna et se trouva nez à nez avec un cochon. Poussant un cri de surprise, elle se rendit vite compte que ce n'était qu'un elfe qui portait un masque.

-Bonsoir monsieur...

Elle s'empressa de s'éloigner au plus vite de cet individu, et se retrouva devant un concours de beuverie. On pouvait voir amassé devant un énorme baril de bière Arenna et Yann, ainsi que toutes les autres officiers présentes lors de la réunion du Conseil, hormis Anamaria.

Les présentations furent vite faites : l'elfe joyeuse à l'air inspirée était Elea Kittana. La jeune femme aux cheveux châtains se nommait Lym. Malgré son apparence douce et amicale, Eleniedel sentait en elle une sorte de côté bestial. Était également deux hommes : l'un s'appelait Tuppers, un homme brun entre deux âges, qui laissait apparaître quelques rides sur son visage, avec un bouc sur le menton et un autre du nom d'Horukya aux sourcils épais et au visage carré, qui semblait être discret. Les présentations étant ainsi faîtes, on l'invita à participer au concours. Elle s'empressa de refuser avec gentillesse, et leur adressa un sourire avant de s'enfuir discrètement. Les petits rire de la compagnie laissait paraître qu'ils avaient remarqué sa petite fuite.

Ne sachant trop quoi faire, elle se tourna vers une petite table où était rassemblé trois femmes bien différentes. L'une était une elfe à l'air sympathique. Elle portait de longs cheveux raides tombaient jusqu'à ses coudes. Il y avait également une petite Hobbite aux cheveux blonds très clairs et bouclés, dont le visage était décoré d'un splendide sourire. Et enfin une jeune fille qui devait à peine avoir atteint l'âge d'adulte. Elle avait une peau sombre, et des cheveux sombres tressés.

-Puis-je me joindre à vous ? Demanda Eleniedel en voyant qu'elles faisaient un jeu de carte.

-Bien sûr, dit l'elfe en approchant une chaise pour elle.

Après lui avoir expliquées rapidement les règles, elles commencèrent le jeu. Tout au long, elle apprit à connaître le nom des personnes avec qui elle jouait.

-J'abandonne Camylia, dit l'elfe à l'hobbite en posant ses cartes.

-Tu es sûre Idsyl ? Demanda la jeune femme à la peau foncés en fronçant les sourcils.

-Oui Stia, répondit l'elfe du fameux nom ''d'Idsyl''.

Plus tard, le sujet d'une discussion dériva sur quelque chose dont seule Eleniedel était au courant.

-Savez-vous où est Lyhril ? Demanda Camylia. N'était-elle pas censée se joindre à notre table lors de cette soirée ?

-La dernière fois que je l'ai vu, répondit Stia, elle rentrait dans sa chambre avec une mine énervée. Elle a même claquée sa porte.

-Je sais pourquoi, dit Eleniedel.

Les trois regards se tournèrent vers elle. Satisfaites, voire même intimidée par l'attention qu'elle avait portée sur elle, elle s'empressa de continuer :

-Je ne sais pas si j'ai le droit d'en parler... Alors je vous demanderai de rester très discrète et de n'en faire part à personne.

-Bien sûr, dit Stia avec un sourire.

-Alors voilà : il y a quelques jours, des elfes de la Forêt Noire ont été aperçus dans ces montagnes. Il y a eu un conflit entre les elfes et certains Pilleurs. Quelques membres du royaume sylvestres sont tombés ce jours là. Si ma mémoire est bonne, Lyhril craint d'un affrontement entre son peuple et les Pilleurs.

-D'où tiens-tu ces informations ?

-Oh... Disons que... C'est un secret, dit-elle en rougissant.

Plus tard, elle retourna dans sa chambre. Elle s'habilla en plus de sa tenue d'une veste. Elle rangea tous ce qui lui était nécessaire dans sa sacoche accroché autour de sa taille. Elle vit ensuite une rose et un carnet posé sur la petite table de sa chambre. C'étaient les derniers cadeaux de son bien-aimé, avant sa mort. Elle les rangea dans sa sacoche, puis remonta les escaliers une dernière fois avant sa mission. Celle qui déterminera si elle serait digne de devenir Pilleuse.

Une fois dehors, elle prépara sa monture, aux côtés de ses compagnons. Elle retrouvait sa jument qu'elle avait réussi à apprivoiser lors de son voyage avec Yann. Elle adressa d'ailleurs à ce dernier un sourire. Une fois tous parés, ils commencèrent leur traversée dans les montagnes. Pendant plusieurs journées, elle dut revivre cette folle aventure qu'était de marcher dans plusieurs couches de neiges. Lorsqu'ils arrivèrent en vue de la Comté, ce fut comme un rêve pour Eleniedel.

La route fut longue, très longue. Eleniedel vit des paysages qu'elle n'avait encore jamais vu. Elle découvrait les Terres Sauvages de l'Est. Des plaines où seul le vent était perceptible et les arbres se distinguaient à portée de vue. Des bois où la douce odeur des pins faisaient frémir ses narines, des rivières où elle regardait avec patience les chevaux se désaltérer sur la berge.

Tout semblait si calme, jusqu'à cette soirée.

La compagnie avait fait un camp dans une clairière à l'intérieur d'une forêt, à l'Est du Pays de Dun. Tandis que les derniers rayons du soleil pointaient à l'horizon, que Yann et Arenna étaient parti accompagné de Lyhril chasser le moindre animal, et que les petits êtres qui restaient au camp préparait le dîner, Eleniedel en profita pour aller se balader dans la forêt.

Elle marcha au milieu des ormes, des chênes, des pommiers. Une brise légère faisaient vibrer les feuilles et le son du vent caressait ses oreilles comme le dernier souffle de la journée avant la nuit. Elle arriva dans une partie de la forêt où certains arbres étaient légèrement penchés, d'autres complètement à la renverse. Ils semblaient danser. Se laissant aller, elle fit quelque pas, et laissa aller ses bras au rythme du vent.

Soudain, elle entendit un claquement d'ailes derrière elle. Elle se retourna vivement, et vit un majestueux aigle perché sur une branche. Son regard était pointé vers elle. Curieuse, elle s'approcha doucement. Jamais encore elle n'avait échangé avec ce genre d'animal. Elle fit un second pas, puis un troisième.

Une fois devant l'animal, elle remarqua qu'il ne bougeait toujours pas, et qu'aucun signe d'hostilité était descriptible dans son comportement. Elle leva lentement sa main tremblante, puis caressa du bout des doigts les plumes située au cou du rapace. Celle-ci continuait de la fixer, sans aucune expression.

Eleniedel posa sa main sur le cou de l'aigle. Sentant son souffle, elle avança sa tête vers celle de l'aigle. Regardant à travers ses yeux, elle sentit cette communion qu'elle avait entre elle et l'aigle. Elle sourit légèrement, quand tout à coup...

L'aigle tourna brusquement son regard sur le côté, mais il était trop tard. Une flèche se planta dans le corps de l'animal, et ce dernier chuta lourdement sur le sol. Elle tourna la tête sur le côté, et aperçut Yann entre les broussailles qui courait vers son gibier.

-Mais ça ne va pas ? Cria-t-elle. Pourquoi tu l'as tué ?

Il arriva devant elle.

-Eleniedel ? Qu'est ce que tu fais là ?

Elle tomba à genou devant l'aigle, en versant des larmes.

-Tu l'as tué...

-Je chasse, je ne vois pas pourquoi je l'aurais épargné ! Grogna Yann avec mépris.

-Depuis quand on chasse les aigles ?! Hurla-t-elle en levant ses yeux trempés de larmes sur le Rôdeur. Ils n'ont quasiment pas de viande !

-Ne me fais pas de leçons de moral s'il te plaît.

-Mais comment peux-tu être aussi cruel de la sorte... Murmura-t-elle. Comme ce garçon et ce vieillard dans les rues de Bree que tu as abattu de sang froid ! Qu'est ce qui ne va pas pas chez toi ? Être pacifique n'est pas une option ?

-Pacifique ?

Pris d'une colère sans nom, il saisit le col d'Eleniedel, la releva, puis l'approcha de ses yeux.

-Moi on ne m'a jamais adressé un geste pacifique. Tu sais comment sont morts mes parents ? Et mon village brûlé ? Ce sont des Orcs. Les gens de mon village les avaient épargnés, et peu de temps après les créatures sont revenus, plus nombreuses, et ont massacrées brûlé mon village et massacrées ses habitants. Mes parents sont morts devant mes yeux. Quelques années plus tard, j'ai vu mon oncle pendu me laissant là comme un vulgaire chien et pendant ma jeunesse j'ai vu mon tuteur se faire dévorer par un drake. J'ai vu des cruautés, des abominations. Alors voici ma devise : tuer avant d'être tué. Si tu ne respectes pas ça, tu n'as rien à faire chez les Pilleurs de l'Ombre.

-Lâche moi, dit Eleniedel d'un ton froid.

Yann lâcha son col en la poussant pour qu'elle s'éloigne de lui.

-C'était un aigle, rajouta Eleniedel. Comment voulais-tu qu'il te tue...

-Qu'est ce qui se passe ici ? Demanda Arenna qui arrivait. Vous avez fait fuir mon gibier en criant !

-Rien... Dit Eleniedel en s'éloignant.

Mais soudain, elle fut bloqué par Lyhril qui arrivait en trombe.

-Une troupe d'Orques ! Ils sont trop nombreux ! Et ils ont un Troll ! On doit lever le camp !

A ces mots, la troupe courue vers le camp où Dibbo et Tagazoki étaient restés seuls. Lorsqu'ils arrivèrent, ils remarquèrent que le camp était ravagé et les deux pilleurs disparus.

-Ils ont fui par l'Est, dit Lyhril en examinant les traces.

-Attention ! Cria Arenna.

De suite, Yann plongea sur Eleniedel et la fit chuter avant qu'elle ne reçoive le projectile.

Une énorme troupe d'Orque dévalait une longue pente qui menait à leur camp.

-Lève toi vite ! Ordonna Yann en tendant sa main.

De suite, ils repartirent en courant, en suivant plus ou moins les traces de leurs compagnons, mais tout à coup, la terre trembla : dans la direction qu'ils prenaient, un troll faisait barrage. Il était couvert d'armure lourde et était armé d'une hache d'une grandeur impressionnante.

-A gauche ! Dit Arenna en passant sur le côté du monstre, et en esquivant au passage une attaque de ce dernier.

Les deux autres archers la suivirent, mais Eleniedel, complètement paniquée, emprunta le chemin de droite. Elle courut, elle courut, sans se retourner, puis au bout d'un long trajet effectué, elle s'arrêta. Jetant un coup d’œil derrière elle et remarqua que les Orques ne la suivaient plus.

-Hé pssst ! Fit une voix au dessus d'elle.

Elle leva les yeux dans un arbre et aperçut entre les feuillages d'un arbre Dibbo et Tagazoki. Le nain pointa du doigt un emplacement à terre, et Eleniedel remarqua alors un gigantesque Orque chevauchant un Ouargue noire. Il semblait être à la recherche de quelque chose, ou plutôt de quelqu'un.

-Rejoins-nous vite ! Murmura Dibbo.

Elle leva un bras, saisit une branche, et commença à grimper silencieuse au sommet. Mais soudain, le pied qu'elle avait posé sur une branche fit craquer le bois et il se briser, attirant de suite l'attention de l'Orque. Tandis que ce dernier courait vers eux en hurlant, Eleniedel s'empressa de monter, mais une seconde branche craqua. Elle se retrouva suspendue, avec comme seul maintien une branche très peu solide.

-Eleniedel !

-Prends ma main ! Dit Tagazoki en tendant son bras.

Elle tenta en vain de la saisir, et tout à coup elle sentit vibrer la lame de l'Orc juste en dessous de ses pieds. Elle poussa des gémissements de craintes et d'effort. Après quelques vaines tentatives pour saisir la main du nain, elle se dit que tout était perdu, jusqu'à ce qu'elle entende en son. C'était une note... Une note jouée par une flûte.

Eleniedel se tourna vers un coin de la forêt, où était dévoilée une petite Hobbite. Elle avait de longs cheveux roux caressant gentiment le vent frais de la soirée, des yeux d'un gris pâle, des lèvres rouge sang, et une petite tunique mauve où était accrochée à sa ceinture une petite sacoche. Sur sa tête était posé un grand chapeau surmonté d'une plume d'oie. Elle portait à sa bouche une flûte traversière d'où émanait cette note.

Elle adressa un regard malicieux à l'Orque tout en commençant à jouer une musique. Eleniedel comprit dans son regard que tous se passait comme prévu pour la Hobbite. L'Orque ne parvenait pas à se décider quel ennemi attaquer. Après quelques secondes de réflexion, il opta pour la petite créature à la flûte qui semblait si inoffensive. Il chargea et lorsqu'il arriva sa distance, cette dernière effectue un pas de côté et sortit un gourdin caché par un pan de sa robe. Elle frappa de toute ses forces la jambe de l'Orque, mais celui-ci semblait ne rien sentir. Il se retourna vers elle, avec un sourire de satisfaction.

Il tenta désormais une suite d'attaques, qui obligea la Hobbite à reculer vivement. Elle avait désormais une mine paniquée. Puis, elle tomba à la renverse, avant de verser des larmes en tendant une main vers son adversaire pour demander pitié.

-Tu vas goûter à la mort, semi-femme.

-Il faut la sauver ! Murmura Tagazoki

Il leva son épée en haut de sa tête, et frappa d'un coup sec. Un bruit métallique s'en suivit. Un sourire d'apaisement se dessina sur les lèvres du nain. La Hobbite avait tout prévu. Elle avait simulé une position d'infériorité, pour pouvoir être à portée de son bouclier sans créer des soupçons.

A l'instant même elle venait de parer le coup, elle serra son gourdin et frappa l'Orc à la cheville. Ce dernier, pris par surprise, tomba à terre. La Hobbite fit un bond pour se relever, saisit sa flûte traversière de sa ceinture et exerça une pression sur le bout de l'instrument. Une fine lame sortit à l'instant du bas de l'instrument, et son ennemi n'eut pas le temps de comprendre qu'elle lui fut enfoncé dans le crâne.

Dibbo, Tagazoki et Eleniedel descendirent de l'arbre. L'elfe pensa qu'elle trouverait une petite Hobbite soulagée, ou du moins heureuse de les avoir sauvé, mais elle remarqua une Hobbite enragée, qui frappa à grand coup de pied le cadavre de sa victime.

-Je vous haie ! Je vous haie créatures !!

Dibbo courut vers elle et l'écarta de l'Orque en la tirant par les bras, puis il referma les siens autour d'elle. Elle sanglota en cachant son visage.

-Calme toi, dit le Hobbit.

-Il l'a tué ! Il l'a tué Dibbo !

-Qui ça ?

Elle ouvrit la bouche, mais elle ne parvint à prononcer de mot. Alors elle désigna d'une main tremblotante une emplacement derrière une série d'arbres. Eleniedel suivit le nain qui empruntait cette direction. Il contourna plusieurs chênes, et s'arrêta devant un buisson. Elle remarqua sur son visage une mine horrifiée, et alors elle vit allongé sur le dos, au sol, un elfe aux cheveux blonds. Il avait la gorge tranchée, d'où coulait sans arrêt du sang frais.

-Il s'appelait Ondui, murmura Tagazoki de sa voix roque en voyant Eleniedel terrorisée.

Un long silence régnait à présent sur la forêt.

-C'était un Pilleur, ajouta le nain en voyant le regard interrogateur d'Eleniedel, au bord des larmes.

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MessageSujet: Re: Contes des Pilleurs : Le choix d'Eleniedel   Lun 6 Oct - 19:15

A plus d'un kilomètre de l'emplacement d'Eleniedel et ses compagnons, Arenna, Lyhril et Yann, ce dernier complètement épuisé, continuaient de fuir devant l'immense troupe d'Orc qui les poursuivait depuis trop de temps. Ils avait escaladé les hauteurs des forêts, et étaient parvenus sur des sentiers rocheux. La course était de plus en plus difficile pour le Rôdeur, qui ne bénéficiait pas de l’endurance des elfes. Soudain, lorsqu'il posa le pied sur un petit rocher, celui-ci se détacha et il chuta sur le ventre. Arenna se retourna et alla aider son frère d'arme à se relever.

-Dépêche toi, dit-elle avec empressement. Ils gagnent du terrain.

Les premières lumières de la lune et des étoiles illuminaient les yeux bleus paniqués de l'archère. Lyhril les rejoignit. Elle arma une flèche, et abattit une des créatures qui avait de l'avance.

-Nous ne pouvons patienter plus longtemps, dit-elle.

Tout à coup, un grondement résonna à travers les terres, et ils aperçurent un rayon de foudre frapper un coin de la forêt. Arenna émit un sursaut. Elle craignait plus que tous les orages. Les trois archers continuèrent leur fuite, en apercevant les premiers Orques arriver. La foudre frappait de toute part les alentours. Ils arrivèrent au sommet de la colline de roche, d'où ils avaient une vue complète sur la forêt qui s'étendait autour d'eux. Tout à coup, la foudre frappa la lisière du bout de la forêt qu'ils s'apprêtaient à emprunter. Un arbre s'enflamma, et les feuilles enflammées incendièrent les feuilles d'un autre arbre, et un feu de forêt commençait à se répandre. Arenna tremblait de tous ses membres et se mit à sangloter en s'asseyant.

-Regardez ! Cria Yann en pointant du doigt une silhouette floue.

Lyhril, la seule Elfe encore concentrée, plissa les yeux vers ce mystérieux inconnu. On pouvait remarquer quelques mèches lisses d'une obscurité comme la nuit, des oreilles pointues, une longue cape couleur indigo.

La troupe d'Orque arrivait maintenant dans les sommets de la colline. Yann et Lyhril armèrent leur flèche en même temps, et Arenna était trop perturbée pour se battre. Elle remarqua tout de même du coin de l’œil une chose scintiller dans la main de l'inconnu. Une faible lumière orange.

Le Rôdeur et l'Elfe de la Forêt Noire décochèrent leur flèche, mais ils ne virent pas si leur tir furent bon, car un mystérieux projectile enflammé fila dans l'air et s'écrasa au même moment à terre, faisant éclater une explosion de flammes. Les fumées commençaient à peine à se dissiper, lorsqu'une seconde catastrophe vint s'écraser sur les Orques : la foudre s'abattit avec violence sur eux. Arenna ne bougea pas, mais l'image de cet éclair si près d'elle lui resterait en mémoire jusqu'à la fin de sa vie.

Plusieurs secondes inquiétantes s'en suivirent. Les derniers Orques encore vivant soit fuyaient vers les bois ou brûlaient vifs en hurlant.

L'orage se calma, et la nuit commença à devenir plutôt calme. Du moins, c'est ce que l'on aurait pu croire, mais un véritable vacarme retentissait partout dans la forêt. Le crépitement des flammes se faisait assourdissant, en prenant de toute part une partie de la forêt de ses flammes destructrices. On pouvait entendre le cri des animaux paniqués, ainsi que des Orques qui tentaient de chercher un moyen d'atténuer leurs brûlures.

Les deux archers pointèrent leurs armes vers l'inconnu. Il était de coutume chez un Pilleur que la méfiance soit exercé avant la confiance, même envers quelqu'un qui venait de vous sauver. L'homme descendit tranquillement le rocher sur lequel il était debout, et alors la lumière de la lune éclairait son visage.

C'était un elfe dont les yeux étaient d'un vert extrêmement clairs, qui n'offraient aucun contrastes avec la couleur sombre de ses cheveux raides. Sa cape indigo était de même couleur que sa longue tunique souple. Une sacoche était accrochée à sa taille, et dans chacune de ses mains crépitaient une pierre.

Dans sa main droite, la pierre semblait tout à fait normal, hormis ce symbole aux caractères épais, qui représentait une sorte de I majuscule, traversé par deux courbes reliées. Cette lettre appartenant apparemment à un autre langage luisait d'une lumière rouge-orange, et de la fumée s'en dégageait. En langue commune, c'était l'initiale du mot Feu.

Dans sa main droite, on pouvait voir une pierre polie, où en son centre était dessiné un petit signe. Une sorte d'angle surmonté d'une petit courbe. La lettre, dirait-on elfique, étincelait d'une lumière bleuâtre, et quelques étincelles semblait en émaner. L'initiale du mot Foudre.

Il rangea ses pierres dans sa sacoche autour de sa taille, et adressa un regard froid aux archers.

-Meonor ! Dit Arenna en le reconnaissant. Que fais-tu ici ?

-Nous revenons de mission, dit-il brièvement, en leur adressant un regard froid, chargé de colère dirait-on.

-Nous ? Tu es accompagné ?

-Par qui ?

-Ondui et Brigonia.

-Le grand elfe musicien et la petite Hobbite rousse ménestrel ? Demanda Yann, comme pour s'assurer qu'il ne racontait pas de bêtises.

-Oui.

-Allons les retrouver.


Tandis que elfes et Rôdeur parcouraient les recoins encore intacts de la forêts, Eleniedel, Dibbo, Tagazoki et la dîtes « Brigonia » venaient d'enterrer le Pilleur du nom d'Ondui. Cette expérience était choquante pour chacun. Il était visible sur leur visage qu'ils n'étaient pas habitués à enterrer leurs frères d'armes. Même Eleniedel semblait avoir de la compassion pour ce défunt, même si elle ne l'avait pas rencontré.

Tagazoki posa une pierre sur la terre recouvrant le défunt.

Plus tard, ils s'étaient regroupés autour d'un feu de camp fait par Dibbo. Ils mangeaient en silence, ne s'adressant le moindre regard. L'horreur. C'était le premier mot qui pouvait vous venir à l'esprit en voyant cette scène. Tagazoki était replié dans ses couvertures, et n'arrivait pas à dormir, Dibbo lui ne trouvait d'autres occupations que d'arracher des brins d'herbe. Brigonia elle, tenait une guitare et caressait les cordes, sans jouer la moindre mélodie. Quand à Eleniedel, elle voulait chanter. Extérioriser la tristesse que ressentait cette compagnie en ce moment-là. Elle se rappela d'une chanson qu'elle avait entendu une ou deux fois dans un auberge. Une chanson triste.

Quand son souffle diminua
Ses yeux palpitaient
Maria se trouvait là
Ses larmes tombaient.

Ytroliar, Ytroliar
Dis moi ô Ytroliar
Si c'est un malheureux hasard
Dis le moi, ô Ytriolar
Oui dis le moi
Je vis un véritable cauchemar

Brigonia releva la tête vers Eleniedel. Elle la fixa plusieurs moment lorsqu'elle chantait, puis pinça les cordes de son luth, et un musique lente accompagna sa voix mélodieuse qui chanta avec Eleniedel.

Clamait-elle, la douce Maria
Le bois où elle se trouvait là
Semblait s'effondrer sous ses pas
Mourrait-elle ? Malheureusement pas.

Te rappelles-tu nos désirs secrets ?
Que l'on se glissaient dans un baiser,
Te souviens-tu lors de cette soirée ?
Cet anneau au doigt que tu m'as glissé.

Dibbo et Tagazoki s'adressèrent un regard complice et se joignirent au chant.

Lorsque je me rappelle ce mariage
Je revois ce sourire sur ton visage
Notre sort était désormais scellé
A jamais notre amour allait durer.

Nous avions joués, nous avions dansés.
Nous avions bu un délicieux rosé
Toute la journée nous avions chantés
Et toute la nuit nous nous sommes charmés

Lors d'une grande partie de la nuit, la compagnie chanta plusieurs chants à l'unisson, au son des instruments de Brigonia. La mélancolie avait suffisamment disparue. Eleniedel adressa un regard amical à Brigonia, celle-ci lui répondit par un sourire.

La Hobbite rousse adressa un regard aux deux bonhommes qui les accompagnaient. Dibbo rougit à son regard. Tagazoki lui devint écarlate sous le regard d'Eleniedel. Dibbo huma l'air.

-Vous ne sentez pas quelque chose ? Demanda-t-il sur un ton sérieux.

-Quoi ? Demanda Tagazoki tout en reniflait l'air.

-Il y a une odeur de cramé...

Brigonia se leva, effrayée.

-Quoi ? Où ça ?

Dibbo éclata de rire, et frappa le sol de ses pieds, ses mains sur sa poitrine, après avoir vu la tête de la petite semi-femme.

-C'était une blague ! Ah vous auriez vu vos tête !

-Non... Tu as raison Dibbo, avoua Eleniedel en reniflant l'air.

-Arrêtes, tu rigoles.

Tagazoki à son tour se leva, ses yeux grands ouverts, et tandis son doigt vers un groupement d'arbre. Tous remarquèrent alors les flammes dévorer l'environnement naturel.

-Courrez ! Levez le camp ! Dit le nain d'une voix ferme.

Étant le plus gradé et plus vieux que les Hobbits, le nain farouche était désormais le chef du groupe. Tous obéirent, et rangèrent leurs affaires le plus vite qu'ils purent le faire. Les flammes commencèrent à encercler la clairière.

-C'est trop tard ! Hurla le nain pour compenser l'énorme bruit des flammes. Il faut partir ! Par ici ! Dit-il en empruntant une direction non touchée par le feu.

La compagnie entière le suivi, mais tout à coup, Brigonia se figea. Eleniedel fut la seule à le remarquer.

-Viens ! Vite !

-Amande... Murmura-t-elle avant de faire demi-tour et courir vers les lieux enflammés de la forêt.

-Brigonia ! Reviens ! Cria Eleniedel, mais désormais, la semi-femme était hors de son champs de vu. Elle tenta de retrouver ses esprits, et courut à contre cœur rejoindre ses deux compagnons.

Tous trois parvinrent à distancer les flammes. Et atteignirent le bout de la forêt. Ils traversèrent la lisière sans se retourner, excepté Eleniedel qui espéra un temps soit peu apercevoir une chevelure rousse au milieu la couleur cramoisi du feu. Rien.

Ils débouchèrent ainsi sur les flancs des Monts Brumeux, faisant face au Pays de Dun.

Dibbo reprit son souffle, et Eleniedel lui donna un peu d'eau de sa gourde .

-Brigonia. Où est Brigonia ? Demanda Tagazoki qui regardait autour de lui.

-Je l'ai vu faire demi-tour peu après notre fuite... Dit Elenidel. Elle semblait avoir oublié quelque chose.

-Tu l'as laissé partir ?! Gronda le nain avec colère en s'avançant devant elle.

-Je n'ai pas eu le temps de la retenir...

-Elle est sûrement morte à l'heure qu'il est ! Tu aurais dû nous prévenir !

Eleniedel baissa la tête de honte, et retint ses larmes du mieux qu'elle put.


Pendant ce temps, la jeune Hobbite aux cheveux de feu venait de retrouver sa ponette, du nom d'Amande. Elle l'avait attaché à un arbre pendant qu'ils montaient le camp, et l'avait oublié pendant sa course. C'est après avoir couru, et passé sous un arbre enflammé qui s’effondrait, qu'elle trouva Amande, toujours attachée à l'arbre, et paniquée, qui luttait tant bien que mal pour se sortir de là. Elle courut vers elle, se blottit contre la tête de son animal. Elle serra son amie en versant des larmes de tristesse.

-Je suis désolée... Dit-elle en s'empressant de détacher la corder, et de monter sur la selle.

Elle mena sa monture au galop vers la direction de ses compagnons, mais après une centaine de mètres parcourus, elle se retrouva face un mur de flamme. La ponette se cabra, elle poussant un hennissement d'effroi, et vira à gauche sans que Brigonia en donne l'ordre.

-Amande ! Arrête toi ! Cria-t-elle en essayant de la faire stopper, en voyant une rangée d'arbres enflammés en face.

Elle parvint à temps à la faire s'arrêter, mais tomba suite à cette action. Elle se releva avec difficulté, sentant l'étouffante chaleur du feu tout autour d'elle. Toussant suite à la fumée qui étouffait désormais son souffle, elle saisit les rennes d'Amande avec difficulté, en plissant les yeux. Autour d'elle, il n'y avait que flammes. Et soudain, elle perçut une étincelle, un rayonnement à travers les feuilles brûlées. Et par la suite, il lui sembla que l'incendie tournoyait autour d'elle, comme une tornade de feu. Le vent faisait voler ses cheveux roux ondulés et l'odeur de braise s'atténuait. Puis, plus rien. Brigonia tomba dans les pommes.


-Eleniedel ! Eleniedel répond moi !

Le petit cambrioleur avait ses mains d'une blancheur vive posées sur les épaules de sa nouvelle amie. Celle-ci pleurait comme jamais. Cela avait commencé quelques secondes après que Tagazoki ait remarqué l'absence de leur Hobbite ménestrel.

-Je l'ai tué Dibbo, sanglota Eleniedel d'une voix profonde. J'aurai dû la retenir. Elle est morte par ma faute...

-Non, n'y pense pas ! Si elle s'en est allé, c'est de son libre arbitre. C'est triste à dire, mais personne hormis elle n'est fautif. Elle a fait son choix. Et tu ne pouvais rien faire, il était trop tard.

A côté, Tagazoki s'agitait nerveusement, sans cesser de jeter des regards de droit à gauche. Finalement, il interpella les deux Pilleurs :

-Je suis désolé, mais là nous devons vraiment partir. La nuit tombe, et les créatures de la nuit vont pointer leur nez dans ces terres sauvages. Orques, Loups, même Esprits à ce que l'on dit. Nous devons trouver un lieu sûr dès que possible.

Dibbo aida l'Elfe à se relever, et ensemble ils entreprirent leur longue marche. Une demi-heure plus tard, il posa les yeux sur elle et essaya de sonder ses émotions. Mais on aurait dit qu'elle était indifférente à tous ce qui l'entourait. Comme si marcher était la seule action qu'elle pouvait faire.

En réalité, elle était bouleversé. Cet incendie dans la forêt, qui désormais laissait apparaître un mur de fumée d'une vingtaine de mètre de hauteur au moins, elle aurait peut-être pu le maîtriser, du moins les flammes qui se trouvaient autour d'elle. Sa rune de glace en avait sûrement la faculté. Mais elle ne l'avait pas faîte. Elle avait pensé que seule la fuite était une option envisageable, craignant de ne pas avoir la force de contenir le feu. Soudain, quelque chose lui revint en mémoire.

-Qui est Amande ? Demanda-t-elle. Brigonia a prononcé ce nom avant de partir.

-C'est son poney, répondit simplement le Hobbit à ses côtés.

-Ouais, c'est ça, grogna le montagnard d'une voix rauque et colérique. C'est à cause de ce stupide poney qu'elle est partit. Pour un simple bétail bon pour la pâture.

Eleniedel se figea. Son visage blanc était coloré d'une légère teinte de rouge, qui montrait sa fureur à cet instant.

-Retire ce que tu viens de dire, prononça-t-elle d'une voix forte mais toujours aussi angélique.

-Quoi ? Que c'est un vulgaire animal ?

-Ce vulgaire animal comme tu dis pourrais avoir beaucoup plus de valeur qu'un nain pouilleux dans ton genre ! Est ce que tu as la moindre idée de ce que peut valoir la vie d'un autre être vivant, du moment qu'il ne fait pas plus d'un mètre de haut, qu'il porte une barbe et qu'il pue la bière ?

Le guerrier des montagnes ne répondit pas. Il releva simplement un sourcil narquois, puis continua sa marche.

-Nous devons avancer dit-il en ignorant Eleniedel dont la colère doublait à vue d’œil. Il ne faut pas perdre de temps.

L'Elfe poussa un soupire, et les suivit dans le silence le plus complet.

Une heurs plus tard, ils aperçurent un panneau. Ce dernier était maintenu par une lance en bois décoré de plumes et d'ossements. Une sorte de charmante coutume locale. Au bout de la lance était inscrit « Galtrev », sur une plaque de métal dont miroitait les derniers rayons de la journée.

Ils suivirent un chemin mal entretenu, constitué de dalles pour la plupart cassées, jusqu’à arriver en vue du village nommé précédemment. Celui-ci était immense, on ne pouvait certes ne pas apercevoir l'intérieur, car des palissades entouraient entièrement les habitations, mais certains édifices comme des tours de pierre ou des sommets de grandes tentes était visible. De la fumée se dégageait d'une partie du village. Aux alentours, il n'y avait que des fermes et des petits champs d'agricultures, où passait à côté quelques fois des troupeaux de bétail.

Ils avancèrent d'un pas décidé vers une ouverture qui semblait être l'entrée, puis gravirent une pente qui menait au cœur du village. Sur le côté, des hommes farouches sous des tentes martelaient des armes sur leurs enclumes, ou bien tannaient des peaux de bêtes, ou encore faisaient à manger avec leurs fours et leurs tables.

Eleniedel se sentit frémir lorsqu'un des hommes natifs de ces terres lui adressa un regard. Il avait de longs cheveux bruns et gras tombant sans ses épaules carrés, une peau brune reflétant ses yeux d'un noir profond. Il avait sur son corps de la peinture de guerre, bleue, blanche, noire ou mauve. Elle ne pouvait deviner la signification de ces signes. Un collier en dent d'ours tombait sur les seules bandelettes de cuirs qui couvraient le haut de son corps. Et il avait un pagne, ainsi que des bottes de fourrures.

Ils franchirent une nouvelle ouverture dans une palissade, et passèrent à côté d'une haute tour. Au sommet, un homme interpellait une femme aux cheveux blancs, qui lui adressa un signe malpoli en retour. Ensuite, ils traversèrent une rue pavée et étroite, où sur les côtés, appuyés contre les murets, des femmes et des enfants mendiaient. Eleniedel s'apprêta à donner deux pièces à une jeune fillette, mais Tagazoki posa sa main sur la sienne pour l'inciter à ne pas le faire. Le questionnant du regard, il indiqua d'un signe discret une place de la ville.

Là, les hommes sauvages travaillaient durs, et tous. Les hommes, les femmes, les enfants les plus costaux, les vieillards. Ils étaient menés à la baguette par des hommes qui ne leur ressemblait pas. Ils étaient couverts d'armures de cuir protégeant leurs corps, et sur leurs ceintures étaient attachés deux fourreaux contenant des épées. Eleniedel vit que l'un de ces hommes discutait avec un petit enfant. Celui-ci avait quelques pièces dans la main, et l'homme les lui réclamait. On pouvait remarquer en cet homme une aura effrayante presque naturelle. L'enfant, au bord des larmes, versa ses pièces dans le creux de sa main, puis s'enfuit en courant.

-Ce peuple est réduit en esclavage et il est taxé jusqu'à la dernière pièce. Chuchota Tagazoki. Ça ne sert à rien. Mieux vaut ne pas traîner ici, ils pourraient nous remarquer.

Sur ce, il les conduisit vers un place qui semblait être un marché. En dessous des hautes tentes qu'ils avaient aperçut de l'extérieur, beaucoup d'habitants originaires de ces terres tentaient de vendre leur articles étalés sur leurs étals.

Eleniedel remarqua alors un petit bracelet. Il était bleu, comme ses yeux, et était décoré de plusieurs petites plumes magnifiques, ainsi que d'une perle.

-Ce bijou m'intéresse, dit Eleniedel avec son sourire angélique en désignant le bracelet à la vendeuse.

-Lequel ? Demanda la vieille dame en relevant la tête sur l'elfe.

C'est alors qu'elle remarqua les yeux blancs de la vieille femme, aussi blancs que ses cheveux à elle, qui était cachés sous son bonnet. Le regard de cette vieillarde ne la fixait pas, elle regardait juste à côté d'elle. Elle rougit de honte en comprenant qu'elle était aveugle.

-Je suis désolée... Celui à votre gauche.

La vendeuse tâta son étale, jusqu'à sentir le dit bracelet. Elle le saisit entre ses doigts fragiles, prit un sac en tissu à côté d'elle, et mit le bijoux à l'intérieur. Malgré sa vue, ses gestes étaient précis et vifs, ce qui pouvait être étonnant pour Eleniedel. Elle accepta le petit sac que lui tentait la dame, et demanda :

-Combien ?

-Trois pièces.

Elle fouilla sa sacoche, et en sortit trois pièces en argent, qu'elle déposa dans la main de la vendeuse.

-Merci mon enfant, que le Chasseur vous garde.

-Merci à vous.

Eleniedel continua de marcher, mais s'arrêta en remarquant une silhouette devant elle. Celle ci était vêtue d'une longue tunique blanche et brillante tombant jusqu'à ses pieds, attachée à une cape longue qui traînait jusqu'au sol. Une capuche lui cachait le visage, et ce qui pouvait être visible, comme la bouche ou le menton, semblait être flou. Elle ne pouvait réellement voir son visage, comme si cet être en face d'elle n'était pas humain. D'ailleurs, personne hormis elle ne semblait prêter attention à ce mystérieux inconnu brillant. On aurait dit que elle-seule pouvait le voir.

-Eleniedel. Tu dois partir dès que possible pour la Forêt Noire, dit-il d'une voix qui résonna à travers le village, mais une fois encore, personne ne lui prêtait attention.

-Qui êtes-vous ?

-Je suis quelqu'un qui veux ton bien. Tu dois me faire confiance et faire ce que je te dis.

-Je ne comprends pas... D'où venez-vous ?

-D'un pays que tu rejoindras sûrement un jour. Mais pour l'instant, tu as une place ici. Tu as un destin ici.

-Quel destin ?

-Tu le découvriras tôt ou tard. Pour l'instant, tu dois suivre mes directives. En Forêt Noire, tu retrouveras tes amis. Un mal grandit en cette forêt, et le peuple sylvain en est atteint. Il a besoin de ton aide.

Un silence de quelques secondes s'en suivit, laissant à Eleniedel le temps de digérer cette nouvelle.

-Je ne vois pas quelle aide je pourrai apporter. Je ne suis qu'une elfe.

-Tes pouvoirs vont bien au-delà de cela. La Terre du Milieu faiblit, mais ta force restera grande Eleniedel Sterenn, elfe de glace et native de Forochel. Je dois partir maintenant. Adieu.

Sur ce, il se dispersa sous forme de poussière. Et le monde revint à la normale.

-Eleniedel, regarde ce que je me suis acheté, dit Dibbo en lui montrant une dague de la région.

Malgré ses efforts pour paraître heureux, Eleniedel voyait bien qu'il était toujours atteint par la mort de Brigonia. Elle lui adressa tout de même un sourire, puis ils continuèrent de marcher ensemble, derrière le Nain.

Ils trouvèrent refuge dans une sorte de dortoirs où ils décidèrent de passer la nuit. Quelques heures à peine plus tard, alors que la lune éclairait le village sur tout sa surface, des cris retentissaient.

Dibbo alla voir à l'extérieur et retourna auprès de ses compagnons avec empressement.

-Il y a une bataille ! La population se révolte contre les hommes qui les font travailler. C'est une révolte !

-Nous pourrions les aider ? Proposa Eleniedel.

-Ce ne sont pas nos affaires ! Dit Tagazoki. Il faut partir.

Personne ne contesta, car Dibbo était d'accord, et Eleniedel se souvenait de la mission que lui avait confié le mystérieux inconnu : ce n'était pas en soutenant une rébellion loin au sud Ouest qu'elle iraient en Forêt Noire.

Ils rangèrent leur affaire, et sortirent de la tente. A l'extérieur, ce n'était que sang, cris, et pleurs.

La population se faisait massacrer par les sabres et les lances de leurs maîtres. Mais il en était de même à certains recoins de la ville pour les maîtres. Étant d'un nombre moins élevé, ils se faisaient étouffer, écarteler, ou même battre à mort par les esclaves. La bataille faisait rage. Les trois Pilleurs franchirent la ville en toute discrétion, jusqu'à arriver à la sortie. 

Mais ils virent que même aux entrées, on combattait. Alors qu'ils s'apprêtaient à faire demi-tour, Eleniedel remarqua que ceux qui affrontaient les maîtres ne faisait pas parti de la population en apparence. Il y avait deux Hobbites. L'une avait un petit arc attaché autour d'elle, un carquois dans le dos, et un couteau à la main. L'autre avait une dague dans chaque main, un luth dans son dos et semblait plus vieille que sa compagne. A leur côtés, un homme se battait avec fougue et agilité et avait un arc dans une main.

Ils arrivèrent avec rapidité à se débarrasser de leurs adversaires, puis ils remarquèrent les Pilleurs. Les deux groupes s’échangèrent des regards, certains méfiants, d'autres surpris, quand soudain une javeline se planta aux pieds d'une Hobbite.

-Ils continuent d'arriver ! Dit cette dernière en s'engouffrant à l'intérieur du village avec ses compagnons.

On pouvait voir au loin des troupes d'hommes semblables aux maîtres de ce village arriver en masse, armés et couverts d'armures. L'archer et la semi-femme au luth passèrent à côté de la compagnie d'Eleniedel sans leur prêter grande attention. La plus jeune Hobbite à la traîne, échangea un regard rapide avec Dibbo. Eleniedel ne comprit ce qu'il voulait dire, mais elle vit ce petite bout de femme saisir la main du cambrioleur au passage en disant.

-Venez ! Vite !

Tous les six longèrent la palissade entourant Galtrev, mais ils virent qu'ils y avait en face d'autres hommes venant dans leur direction. Sans hésiter, l'homme qui les accompagnait sauta sur un mur d'un grand bâtiment construit de pierre (un des seuls d'ailleurs, car la plupart des bâtiments étaient des tentes) et grimpa en utilisant les fenêtres. Arrivé sur le toit, il aida la Hobbite qui l'avait suivie de près à monter. Plus bas, Dibbo escaladait à son tour, suivant la jeune petite archère.

Eleniedel et Tagazoki s'échangèrent un regard. Ni l'un ni l'autre ne savait escalader comme cet archer, ces deux hobbites ou le cambrioleur qui était leur compagnon. Sachant qu'ils ne monteraient pas assez vites, ils sortirent leurs armes.

-Qu'est ce que vous faîtes ? Demanda l'Hobbite au luth, surprise par leurs actions.

-Ils ne peuvent pas grimper assez vite, dit l'archer.

-Il faut les aider ! Dit la plus jeune en saisissant son arc.

Son geste aussitôt imité par celui de l'homme, ensemble déchaînèrent une pluie de flèche sur leurs ennemis. L'autre Hobbite jeta des pierres sur eux, et Dibbo tâta sa tunique à la recherche de quelque chose. Il retrouva alors ses couteaux de lancer, qu'il dégaina avec un sourire satisfait. Il posa les yeux sur le bout de la lame, fit un sourire à pleine dent, puis tira au hasard vers les hommes.

-Arghh ! Lui rendit-on.

Dibbo poussa un rire, fier de son magnifique tir.

-Mais espèce d'idiot ! Gronda la petite archère, tu as tiré sur ton compagnon Nain ! A quoi tu sers ? Tu es du côté de nos ennemis ?

L'expression de Dibbo se figea. Il bondit sur le bord du toit, et remarqua qu'effectivement, Tagazoki avait une dague enfoncée dans sa hanche. Eleniedel avait beaucoup de mal à contenir l'arrivée des deux groupes. Elle tendait vers eux sa rune, et un souffle glacé faisait apparaître des stalactites pointues au sol. Les attaquants semblaient de plus en plus nombreux. Soudain, une main ferme la saisit par le col. Elle se retrouva face à la tête d'un maître, un visage immonde et effrayant, accompagné d'une haleine insupportable. Soudain, elle sentit au même moment la main de cet homme se glisser sous sa robe pour toucher ses parties intimes.

-Tu vas le regretter sale chienne ! Dit-il en se léchant les "babines".

Eleniedel le gifla si violemment qu'il fut projeté quelques mètres plus loin.

Au même moment, Dibbo sauta du toit, et atterrit sur cet homme, auquel il planta son poignard dans le cou. Le combat faisait rage, mais plus tard, alors qu'Elenidel levait la tête sur le toit, elle remarqua que l'autre groupe n'était plus là. Elle les chercha du regard partout autour d'elle. Il n'y avait rien. Mais une flèche se figea dans le dos d'un homme, créant la première ouverture disponible depuis le début de l'affrontement. Plus loin, la Hobbite au luth leur faisait des signes.

Par ici ! Entendit Eleniedel, avant d'aider Tagazoki à se relever et l'aider à marcher.

Dibbo jeta une sorte de bombe aux pieds de ses ennemis qui se faisaient moins nombreux désormais. De la fumée en jaillit, les empêchant de voir. Tous les trois rejoignirent la compagnie de la Hobbite qui les conduisit vers une sortie.

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MessageSujet: Re: Contes des Pilleurs : Le choix d'Eleniedel   Lun 13 Oct - 22:57

Ils parcoururent les terres sauvages, au milieu de la nuit. L'homme et la petite archère gardaient leurs arcs en main, un flèche posée sur la corde, en guettant les alentours d'un œil vif. Ils s'arrêtèrent au pied d'un arbre, où on adossa Tagazoki à son tronc. La petite Hobbite de l'autre compagnie fit office de garde, pendant que son compagnon préparait un feu.

La semi-femme au luth posa ses dagues au sol, et se pencha sur la blessure du nain.

-Passez moi un chiffon, ordonna-t-elle à Eleniedel d'une voix plutôt calme.

Ce qu'elle fit. Elle aurait pu soigner son ami, mais sa curiosité prit le dessus. De plus, elle remarqua que Dibbo suivait ses gestes d'un œil attentif, et elle se dit que cela ne pouvait ce genre d'expériences de secourismes que pouvait lui apporter que de bonnes connaissances. Des gestes de soin pouvaient toujours être utiles dans la vie.

La Hobbite sortit une gourde contenant de l'eau. Elle en fit boire quelques gorgées au montagnard, puis posa sa main sur la poignée du couteau, puis lui murmura.

-Je suis désolé, mais ça va faire mal.

Elle tira d'un coup sec la lame qui fit faillir un flot de sang, et un cri du montagnard. Elle posa le chiffon sur la plaie, et demanda à Dibbo de le tenir. Puis elle détacha un sac attaché à sa taille, et fouilla de dedans. Elle sortit quelques plantes, et des fioles contenant sûrement de quoi guérir, puis elle entreprit d'étaler une plante sur la blessure, d'empêcher l'hémorragie, de recoudre la plaie... Ses petits doigts boudinés de Hobbite semblait très habiles pour ce genre d'opération.

Plus tard, toute la compagnie était réunie autour d'un bon feu. Plus loin, l'homme portant un arc était affecté à son tour de garde. Dibbo et la jeune Hobbite discutait à voix basse, assis sur leur sac. Un sourire était affiché sur chacun de leur visage, comme s'ils semblaient ravis de s'échanger des nouvelles entre Hobbits. Tagazoki, lui, dormait à point fermé, pour se remettre de sa blessure. Et enfin, Eleniedel discutait avec Prymm, la Hobbite aux talents de soigneuse.

Elle avait apprit qu'elle était la mère de la seconde semi-femme présente dans leur compagnie. Après s'être perdues plusieurs années, elles s'étaient retrouvées et avait entrepris de soutenir la cause des Peuples Libres ensembles. Quand à leur compagnon, elles étaient tombées sur lui récemment, alors qu'elles comptaient libérer le Pays de Dun de la conquête d'un sorcier qui avait décidé d'envahir ces terres.

-Ne croise pas son regard, je te le déconseille, dit Prymm à voix basse.

Par curiosité, l'elfe ne suivit pas son conseil, et lorsque son regard pointa celui de l'homme, elle remarqua qu'il lui faisait un clin d’œil charmeur. Elle rougit, puis baissa la tête, ce qui fit échapper un petit rire de la Hobbite.

-Il s'appelle Riddor. Et ma fille est Alcala. Je suis ravie de faire votre connaissance.

-De même, répondit-elle d'une voix mielleuse. Je suis Eleniedel. Et voici Tagazoki et Dibbo, rajouta-elle en indiquant ses deux compagnons.

-Comment vous êtes-vous rencontré ? Un groupe comprenant une elfe, un nain et un Hobbit, ça ne court pas les champs.

-Nous faisons partit d'une grande communauté. Et nous essayons de retrouver d'autres compagnons que nous avons perdus.

-Oh, je vois. A quoi ressemblent-ils ? Peut-être les aurions nous croisés en route ?

Eleniedel ouvrit la bouche pour répondre, mais elle fut coupée par Tagazoki, désormais réveillé, qui l'interpella :

-Ces jeunes gens pourraient rester avec nous ! A six, nous serions plus fort.

-Oui, ce serait une bonne idée, renchérit Alcala. Nous serions un plus pour cette pauvre population sous la domination du Sorcier.

Malgré le bon sens de son ami, Eleniedel se rappelait du messager dans les rues de Galtrev, qui lui disait de partir pour la Forêt Noire. Elle ne pouvait s'écarter de sa mission.

-C'est peut-être honteux à dire, commença-t-elle, mais nous ne pouvons pas participer dans cette guerre pour le moment.

Décidant de jouer la carte de la Pilleuse modèle, exécutant ce qu'on lui demande elle ajouta :

-De plus nous avons encore une mission qui nous est affecté, et nous devons encore retrouver nos compagnons Yann, Arenna et Lyhril. Nous ne savons toujours pas ce qu'il est advenu d'eux. S'ils sont intelligents, ils auront pris la direction de la Forêt Noire, avec espoir de nous y retrouver.

Dibbo semblait choqué.

-Mais... Nous n'essayons pas de partir à la recherche de Brigonia ? Elle est peut-être en vie et a besoin de secours !

-Dibbo, notre amie Hobbite n'avait malheureusement aucune chance de s'en sortir vivante dans cet incendie. Il n'y a plus rien à faire pour elle, dit le montagnard.

Un silence s'en suivit, agrémenté par le crépitement des flammes.

-Dans ce cas... vous pourriez nous accompagner. Supposa Dibbo en se tournant vers la petite archère. La route est longue et dangereuse d'ici jusqu'à notre arrivée.

-Nous ne pouvons abandonner ainsi le peuple de ces terres. Ce serait injuste, dit Prymm.

-Nous pouvons nous payer ! Ajouta le cambrioleur.

A ces mots, l'archer à plusieurs mètres se retourna vers le petit être.

-Combien ? Demanda-t-il dans la noirceur de la nuit qui cachait son visage.

-Beaucoup.

-Riddor non ! Tu ne vas pas laisser cette terre sans défense tout de même ?!

-Et pourquoi pas ? Je pense que nous avons fait suffisamment pour eux jusqu'à maintenant. Et tu l'as bien vu. A chaque sous-fifre du Sorcier tué, deux arrivent en renfort. Nous ne pouvons plus rien pour eux, ces sauvages doivent se débrouiller sans nous. Je ne veux pas finir dans un des cachots du Sorcier.

Alcala soupira, et se tourna vers Prymm :

-Il a raison. On a sûrement davantage besoin de nous ailleurs. De toute façon, ce peuple sait se battre. Ils sauront se débrouiller.

Prymm sembla pensive. Après plusieurs minutes de réflexion, où chacun s'adonnait à ses occupations, elle soupira enfin :

-J'ai besoin de dormir. La nuit porte conseil comme on dit.

Après ces mots, elle s'allongea sur le côté, et tenta de trouver le sommeil.

Pendant la nuit, Eleniedel fit un cauchemar effrayant et puissant. Elle se retrouvait dans l'obscurité. Sous ses bras, des brindilles et des branches craquaient, et ses pieds semblaient s'embourber dans une sorte de mousse pourrie ou de la vase infecte. Elle avançait à travers des arbres, dont les hautes feuilles empêchaient au moindre rayon de soleil d'illuminer la clairière où elle marchait. Elle se sentait observée, et plus d'une fois elle se retourna, certaine d'avoir vu une forme bouger.

Plus tard, elle arrivait dans une sorte de forteresse qui tombait en ruine. Dans la cour, elle vit un homme, où plutôt un elfe. On ne pouvait réellement le décider, car ses traits étaient étirés, comme si on l'avait torturé de façon atroce.

-Eh bien ! Parle ! Disait un homme en face de lui.

Ce dernier était vêtu d'une robe noire et d'une cape sombre lui cachant le visage. Un faible rictus était visible malgré tout sur son visage.

-Pitié... Sanglotait le prisonnier.

-Marquez le au fer rouge.

Un Orque, plus loin, s'approchait avec ce qui devait être une barre métallique, où le bout était chauffé par les flammes. Eleniedel voulut accourir auprès de lui, mais elle n'arriva pas à bouger, ni à parler. Tandis que la créature posait le fer sur le dos de sa victime, celle-ci poussa un cri de douleur intense en versant des larmes. De la fumée s'échappa de la première lettre qui venait d'être marquée, un S.

Eleniedel voulut crier, hurler, les tuer si elle en avait l'occasion, mais quelque chose l'en empêchait, une force inconnue. Elle ne le supportait pas. Elle voulut pleurer, alors que la deuxième lettre, N, était marquée, mais à nouveau elle ne pu l'aider.

-S'il vous plaît... Gémit le prisonnier, à genoux devant l'homme habillé de noir.

-Alors dis moi. Où se trouve la cachette de tes compagnons ?

Il garda la bouche fermée, versant des larmes qui tombaient au sol. On lui marqua la troisième lettre, qui était A, lui faisant à nouveau pousser un cri qui déchirait l'air. Il cria :

-D'accord ! Je vais vous dire ! Elle se trouve dans les Montagnes Bleues, à l'extrême Est. Pour y accéder, il faut emprunter un passage, qui ne s'ouvre que par une formule.

-Et quelle est cette formule ?

-C'est... Je ne sais pas...

Le G lui fut marqué sur le dos. Eleniedel n'en pouvait plus. Elle essayait de se réveiller, en vain.

-Terminez le mot. On continuera une autre fois, dit l'homme en se retournant, tandis que la dernière lettre s'inscrit sur le dos du pauvre prisonnier : un autre A. Le tous faisait Snaga. En tant normal, Eleniedel n'aurait su comprendre ce langage qui devait être celui des Orques, mais dans ce rêve, le sens de ce mot qui semblait aussi évident que s'il était en elfique : ce mot était Esclave.


Enfin elle réussit à revenir à elle-même. Elle poussa un cri, en se redressant. Le feu était toujours allumé, l'obscurité de la nuit régnait, et plus loin, l'archer surveillait toujours les alentours. Il ne semblait pas l'avoir remarqué.

Tout à coup, elle ressentit ce qu'elle avait connu avant la rencontre de Yann. La solitude, la peur. Elle se sentait désespérément seule en ce moment-même. Elle tâta sa taille, mais ne sentit que le vide. Elle aurait espéré que son bien-aimé la réconforte, la serre dans ses bras, mais elle revint rapidement à la réalité.

Lorsque le soleil se leva, elle ne s'était toujours pas endormie. Tagazoki était le seul à dormir maintenant.

Eleniedel se mit debout avec difficulté, mais elle eut des vertiges. Elle n'avait pas mangé depuis la veille, en matinée. Elle chercha dans sa sacoche, et trouva des plantes comestibles. Après avoir grignoté sans véritable faim, elle suivit la compagnie qui commença son voyage vers la Forêt Noire. Finalement, Prymm et sa compagnie avaient acceptés de se joindre à eux. Ils se dirigèrent vers l'Est, traversant la vaste région du Rohan. Ils franchirent l'Isen, l'Ouestfolde, les Norcrofts, le Plateau, jusqu'à payer une barque pour voyager sur l'Anduin.

Après ce très long voyage, ils aperçurent enfin les lisières de la Lothlorien et de la Forêt Noire.

-Sommes-nous bientôt arrivé ? Râla Dibbo.

-Vous nous avez dit que vous deviez vous rendre sur les terres des elfes. Répondit Alcala. Dans ce cas, il faudra naviguer encore plus au nord, en longeant les Champs aux Iris, jusqu'à arriver au Carrock.

Deux journées passèrent. La compagnie passait son temps à discuter, parfois à pêcher, ou échanger des anecdotes ou des légendes épiques ou effrayantes, comme pouvait le faire deux groupes d'aventuriers qui apprenaient à se connaître.

Dibbo, doué d'un bon équilibre, se leva à l'extrémité de la barque, et observa les abords de l'immense forêt en mettant sa main en visière. Eleniedel, curieuse, dirigea son regard vers la direction qu'il observait, et remarqua avec surprise qu'il y avait du mouvement dans la forêt. Elle ne pu prévenir son ami Hobbit que trop tard, car un projectile volait déjà dans l'air vers sa direction.

Mais le cambrioleur était vif et avait de bons réflexes. Il avait beaucoup de caractéristiques qui faisait de lui un bon cambrioleur ! Ce pourquoi il parvint à se coucher à temps sur la barque, et le projectile passa au-dessus de lui. Sauf que l'action du cambrioleur eut un effet répercutant sur la barque. Étant du côté où beaucoup de sac étaient posés, la barque cilla et trois personnes tombèrent à l'eau. Et pas les plus favorables. La première fut Tagazoki, qui chuta du côté proche de la berge. Il se remettait à peine de sa blessure, et luttait avec difficulté pour rester à la surface de l'eau.

Puis, Prymm tomba à l'eau. Elle parvint à nager avec aisance vers la rive orientale. Et la dernière fut Eleniedel. Et elle ne savais pas nager. Elle tomba dans les profondeurs de l'eau, et tenta de remonter à la surface par des mouvements paniqués et rapides. Elle y arriva au bout de plusieurs secondes, mais replongea dans l'eau. Ses forces l'abandonnaient peu à peu et elle cria dans l'eau pour essayer d'appeler à l'aide. Elle manquait d'air !

Soudain, une force lui saisit le col, et quelque chose s'enroula autour de sa taille. Mais il était trop tard.


Elle revint à elle quelques minutes après. L'elfe ouvrit les yeux, et vit au dessus d'elle l'archer. Il était trempés jusqu'aux os et semblait essoufflé. Ses yeux couleur noisette, de la même teinte que ses cheveux, se posèrent sur elle quelques instants. Mais soudain quelque chose lui remonta dans la gorge, et par réflexe, elle s'assit et recracha par terre l'eau contenue jusqu'alors dans ses poumons. Une de ses oreilles se déboucha, lui permettant d'entendre plus loin des bruits étranges. Un fracas d'arme, un cri aigu, et un appel à l'aide.

Pris de terreur à l'idée que ses compagnons décèdent, elle se releva d'une vitesse surprenante, et courut à la lisière des arbres. Elle fut suivie de prêt par Riddor. Les cris des deux hobbites retentissaient.

-Riddor ! A l'aide ! Hurla Alcala.

Elle arriva dans une clairière où Prymm était poursuivie par trois elfes armés jusqu'aux dents, alors qu'elle n'avait que son couteau. Riddor saisit son arc. Il n'eut pas le temps de saisir une flèche, car une autre se figea en dessous de son cou. Eleniedel ne vit rien de tous cela, étant devant. Elle saisit sa rune, et par une magie ancienne elle parvint à fusionner des particules froides dans l'air. Un magie que seule elle était en mesure de contrôler en ce monde. Mais elle l'ignorait.

Un sabre de glace apparut dans ses mains. Elle ne savait pas s'en servir, mais cette arme qu'elle venait de créer était d'une efficacité mortelle. Rattrapant le premier elfe venu, elle porta un coup, non sans remord, sur son dos. Celui-ci s'écroula à ses pieds. Elle continua à suivre les cris de Prymm. Cette dernière longeait la lisière des arbres. L'elfe comprit que c'était une tactique pour éviter de se perdre. La semi-femme était une personne maligne.

Un vent fort secouait les feuilles sur son passages. Son bonnet tenait avec peine ses cheveux voulant se secouer, voler, sur ce vent. Elle resserra son bonnet, puis arriva dans une clairière. Là se trouvait les deux hobbites. Prymm était dans la même position qu'elle. Surprise, et immobile, fixant Alcala qui se trouvait allongée sur le dos, un elfe au dessus d'elle. Il tenait une lame au-dessus de sa gorge. La petite archère versaient des larmes mêlant la peur et la colère. Tout autour de la clairière, des elfes avait encochés leurs flèches, et était prêt à faire grêler sur la compagnie une pluie sanglante.

Elle regarda l'un d'eux avec plus d'attention. Ses yeux étaient fourbes et cruels, reflétant une malice, un maléfice qu'elle n'avait encore jamais détecté en un elfe. Il était étrange. Il sentit son regard, et se tourna vers elle. Elle s'empressa de regarder ailleurs. L'elfe au milieu de la clairière, enleva son couteau du dessus de la gorge de la hobbite, mais posa un pied sur sa poitrine pour l'empêcher de s'enfuir. Il se tourna vers les deux autres demoiselles, et leur ordonna :

-Posez vos armes ! Et levez les mains en l'air.

Sa voix était sifflante et résonnante. Eleniedel posa son épée magique, qui explosa en un million de fines particules dès qu'elle se sépara de la peau froide de l'elfe. Elle garda tout de même sa rune dans sa sacoche, au cas où. Prymm, en face, posa son couteau, qui n'aurait de toute façon servi à rien contre tous ces ennemis.

-Vous allez nous suivre ! Clama l'elfe.

Un cri barbare résonna, et une petite boule de poil ambulante en armure fonça vers le premier elfe venu. Pris de court par cette attaque inattendue, il n'arriva pas à contrer le coup de tête, ou plutôt de casque, que lui administra Tagazoki le nain. Souffle coupé, l'archer tomba à genoux, et le Pilleur lui trancha la tête sans aucune hésitation.

Eleniedel poussa un cri d'horreur en voyant la tête de l'elfe rouler à sa pieds, mais elle ne devait pas perdre de temps. Le combat avait repris. Elle saisit sa pierre runique dans sa sacoche et la porta contre sa poitrine. Une bulle se matérialisa autour d'elle, et lorsque les flèches du peuple sylvain filèrent dans sa direction, elles furent réduites en flocons en pénétrant dans la bulle. Elle risqua un œil vers les deux hobbites, et remarqua qu'elles n'étaient plus là. Mère et fille avaient eu l'intelligence de profiter de la situation pour filer.

Mais ce n'était pas plus bénéfique pour elle. Elle se retrouvait seule, avec son ami nain blessé, qui était désormais caché derrière un arbre, armant un carreau à son arbalète. Le combat fit rage.

Le nain tira son carreau sur un elfe courant vers lui, puis l'acheva par le tranchant de sa hache. Il en saisit une autre à sa ceinture, et la fit valser vers un autre ennemi qui lui rentra dans le crâne. Des flèches se dirigeaient vers lui, mais Eleniedel avait prévenu l'attaque. Profitant de sa bulle, elle avait concentrée de la paume de ses mains une sphère glacée. Celle ci traversa tous les projectiles, les faisait éclater en débris gelés.

Mais la rune de glace commença à trembler dans sa main. Elle avait utilisé beaucoup de sa puissance magique, et Eleniedel devait maintenant compter sur ses propres talents. Regrettant ce qu'elle allait faire, elle se disait néanmoins qu'ils n'iraient pas le raconter, puisqu'elle les aurait tué. Il n'y avait plus place pour une sortie de secours : ces elfes pourtant si semblables à elle devait mourir !

Après qu'elle eut vérifié que Tagazoki avait son attention porté sur un ennemi, elle plongea dans un état second, et se transforma en un ours blanc. Sa carrure était impressionnante. Une masse de muscle terrifiante et résistante. Des griffes longues comme des couteaux, acérées et pointues, des crocs farouches et des yeux bleus glacier.

La bête fondit sur ses ennemis et les trancha, les mordit, leur sectionna même des membres. Elle poussa un gigantesque cri bestial en pointant son museau vers le soleil qui tapait durement sa couverture immaculée, tâchée maintenant de sang. Quelque chose clochait avec ces elfes. Elles les auraient crus plus habiles, plus entraînés, mais leur façon de combattre était plutôt médiocre. Voilà qui était étrange...

Le combat cessa lorsque le dernier elfe était encore debout. Celui qui avait agressé Alcala. Il dégaina son sabre et afficha un rictus aux deux Pilleurs.

-La colère s'abattra sur vous. Nous détenons le conteur de balade et l'aventurière semi-femme ! Vous les connaissez bien. Mais vous les avez oubliés !

Avant qu'il n'ait pu en prononcer davantage, une flèche se planta dans son dos.

-Kahiahh !!! Cria Alcala en lui sautant dessus, pieds sur dos, et en l'écrasant face contre terre, en lui figeant une nouvelle flèche dans la tête par la même occasion.

Eleniedel, qui s'était caché dans les broussailles, se retransforma en son apparence d'origine, et fixa la hobbite avec surprise.

-Voilà. Cette ordure ne pourra plus nous faire de mal ! Dit-elle en versant une larme discrète, qu'elle s'empressa d'essuyer.

Prymm arriva quelques secondes plus tard, en sortant de sa cachette dans un arbre. Tagazoki cracha sur le cadavre du chef elfe, et Alcala alla se calmer plus loin, en s’asseyant contre un arbre. Elle semblait choquée par ce qu'elle avait vécu lors des derniers instants. Cette lame au dessus de sa gorge, la cruauté de ce peuple qui semblait pourtant angélique d'après la légende et les maléfices de cette forêt mêlés à tous ça. Eleniedel se mettait à sa place et comprenait à quel point cette épreuve être terrible, mais elle la laissa tranquille. Et tout à coup, elle se rappela d'un détail qui avait son importance :

-Attendez, où sont passés Dibbo et Riddor !?


Ils passèrent un quart d'heure à revenir sur leur pas, jusqu'à tomber, horrifiés, sur Dibbo, au dessus du corps de Riddor. Une flèche était planté juste en dessous de son cou, et son visage était pâle comme le linge.

-Aidez le ! Dit le cambrioleur en les apercevant. Il respire encore !

Eleniedel courut vers l'archer, et posa un genou devant lui. Elle examina sa blessure avec attention, et entreprit son travail avec vitesse. Pendant ce temps, Alcala assistait à la scène avec inquiétude. La blessure à la hanche de Tagazoki s'était rouverte lors de sa bataille contre les elfes, ainsi Prymm s'occupa de la rebander.

Eleniedel ôta le manteau et le chemisier de Riddor et se mit à rougir en pensant au commentaire déroutant qu'il aurait pu dire s'il avait été conscient. Pendant tout son voyage passé en sa compagnie, elle s'était rendu compte qu'il était un sacré charmeur !

Posant la main sur la flèche, elle remarqua qu'elle n'était pas très enfoncée. Ce pourquoi elle la retira d'un coup sec, qui réveilla le blessé en poussant un énorme cri de douleur. Du sang coulait de l'ouverture qu'elle venait de faire.

-Chut... Murmura doucement Eleniedel d'une voix mielleuse en posant son index sur les lèvres de l'homme.

La main de l'elfe fut positionnée au dessus de la blessure, et par quelques paroles imperceptibles, la blessure se referma, comme par magie. Riddor n'en revenait pas. Il posa son regard sur elle, et sans réfléchir, lui caressa la joue du bout des doigts. Elle sourit. Elle posa une main sur son épaule trempé par la fièvre, approcha ses lèvres de l'archer, ferma les yeux et...


-C'est vraiment nul ce que tu as fait Eleniedel ! Répéta pour la dixième fois Dibbo.

-Il faut bien que je fasse mes preuve en tant que Pilleuse ! Répondit-elle en lui adressant un sourire amusé.

-Oui mais voler une bourse attachée à la ceinture de Riddor, en t'apprêtant à l'embrasser, ça c'est léger !

-Je ne sais pas ce qu'il m'a pris... Je suis désolé Riddor.

-Oh c'est rien. De toute façon, moi maintenant, je ne parle plus. J'ai trop honte.

-Ce sera bien la cinquième fois que tu auras cru avoir charmé une femme ! Commenta Alcala avec une mine indifférente.

Tagazoki se releva après que Prymm ai à nouveau bandé ses plaies. Il demanda d'une voix forte qui stoppa de suite la discussion en cours :

-Que s'est-il passé ?! J'aimerai que l'on m'explique !

Personne ne voulut répondre. Hormis le Hobbit, qui eut le courage de répondre en premier.

-Je ne sais pas. Je n'ai pas vu les elfes près de la rives, mais j'ai aperçut leurs flèches qui volaient dans notre direction. Je suis désolé de vous avoir fait chaviré.

-Nous avons sûrement pénétré leurs frontières. Ils n'ont pas apprécié, supposa Alcala.

-Tous les arbres de cette forêt ne leur appartiennent pas. Nous sommes encore loin de leurs terres ! Ils n'ont aucune raison de nous attaquer de la sorte !

-Ils pourraient dire la même chose lorsque les Pilleurs les ont attaqués aux Montagnes Bleues. Ils ont peut-être une haine envers nous ! Dit Eleniedel.

-Les paroles de leurs chefs étaient étranges... « Nous détenons le conteur de balade et l'aventurière semi-femme ! Vous les connaissez bien. Mais vous les avez oubliés... ».

-Peut-être parle-t-il de Brigonia en parlant de l'aventurière semi-femme ? Peut-être est-elle en vie ?

-J'en doutes. Tu sais bien qu'elle n'avait aucune chance de survivre au feu de forêt. Peut-être auriez vous une opinion ? Demanda le montagnard en se tournant vers les deux Hobbits et l'archer.

-Non, répondit Alcala.

-Non, répondit à son tour Riddor.

-Non plus... Dit Prymm.

Eleniedel sentit chez cette dernière une certaine nervosité. Elle savait que son amie était au courant de quelque chose. Mais elle le cachait.

-Ai-je rêvé, ou un ours m'aurait aidé lors de ma bataille ? Demanda Tagazoki. Au même moment tu as disparue Eleniedel. Peux-tu m'expliquer ?

-J'ai entraperçue cette bête sauvage parmi les arbre. Inventa Eleniedel. Au début, j'ai été surprise, mais je me suis dit qu'elle pourrait être un compagnon de choix dans un conflit comme celui que l'on vivait. Je suis allée dialoguer avec lui, avant de me faire attaquer par un elfe embusqué.

-Je pense que toute cette affaire doit être transmise dans peu de temps au Conseil. Eleniedel, si tu sais parler au ours, tu saurais sûrement parler aux oiseaux ? Peut-être pourrais-tu en envoyer un survoler la forêt à la recherche de nos compagnons ?

Mais Eleniedel était à bout de nerfs. Cet épisode de violence contre les elfes l'avait vidé du sang froid qu'il lui restait. Elle craqua.

-Pourquoi ? Quel logique à faire ça ! Tu ne sais donc pas qu'un oiseau vole dans le ciel, et que du ciel on n'y voit de cette fichue forêt ? Ça n'est pas évident pour ton cerveau de nain ?! Et tous ça pourquoi ? Depuis que j'ai rencontré Yann, je vous suis comme une chienne, sans aucun but, sans aucun objectif ? Est-ce ça la vie d'un Pilleur de l'Ombre ? Parcourir les terres sans but final, en tuant chaque personne entravant votre chemin ? Si c'est ça, je m'en vais. Je n'ai plus rien à faire avec vous.

Elle se retourna, saisit son sac et se rendit vers la rive. Là elle commença à mettre la barque sur l'eau. Dibbo arriva en courant vers elle.

-Attend ! Eleniedel écoute moi !

-Tais toi Dibbo !

-Ne t'en vas pas ! Je t'en pris ! Qu'est ce qu'on va devenir sans toi !

-Tu es malin, tu sauras quoi faire !

-Attend !

Il lui saisit la main, et la tira vivement pour qu'elle se retourne face à lui. Elle découvrit un visage sérieux, voire même hargneux, ce qu'elle n'avait jamais découverte encore chez ce petit cambrioleur.

-Ce n'est pas du tout ce que tu crois ! Tu veux savoir quel est notre but ? Le point qui nous unis tous ? C'est de survivre. De nous garder, chacun d'entre nous en vie et en bonne santé. Car nous tous parmi les Pilleurs avons un passé difficile voire traumatisant. Tu sais ce que j'étais avant d'être un Pilleur ? Un Hobbit détesté, à qui on jetait des pierres et on lançait des quolibets. La seule qui m'aimait était ma mère. Elle est morte.

-Je suis désolé Dibbo. Mais ça ne vous donne pas le droit de prendre la vie aussi aisément que vous le faîtes ! Je me demande dans quel camp vous êtes. Je vois Elfes, Hommes, Nains, et Hobbits s’entre-tuer, alors que normalement ils combattent ensemble ! Je vous vois vaincre un capitaine des forces du mal, mais en retour je vois Yann assassiner deux innocents dans les rues de Bree. Pour qui vous battez vous ? Le bien ou le mal ?

-A vrai dire... Je n'en sais rien. C'est un des nombreux mystères qui nous complète. Mais ton but en ce jour, c'est de faire tes preuves en tant que Pilleuse.

-Ces histoires de guerre me dépassent. Je ne suis qu'une elfe, seule et abandonnée. Je ne vois pas ce que je pourrai vous apporter.

-Eleniedel... pars pas...

-Je suis navrée Dibbo.

Elle se baissa, et posa un baiser au dessus de la tête du jeune hobbit. Celui-ci versa une larme. Cette vision lui donna un malaise. Jamais depuis son départ de ses terres glacées natales elle n'avait senti que quelqu'un tenait à elle. Mais elle tenu bon. Elle n'avait rien à faire avec ces brigands. Se retournant d'un pas décidé, elle plongea la barque dans l'eau, et grimpa à l'intérieur. Elle se tourna vers Dibbo. Il avait disparu. Une faible inquiétude s'intégra en elle, mais elle se calma : « Dibbo est très fort pour disparaître d'une seconde à l'autre. Je ne vois pas pourquoi tu t'inquiète ».

Sa théorie lui semblait évidente jusqu'à qu'elle perçoive un cri aigu de ses oreilles pointus. Sans hésiter, elle sauta sur la rive, laissant la barque être entraînée par le courant et courut vers son ami cambrioleur. Elle maudit sa propre idée d'abandonner ses amis de la sorte, alors que l'on avait besoin d'elle. C'était en entendant ce cri qu'elle venait de comprendre le sens des Pilleurs.

Un chemin parsemé de branches et de brindilles se dévoila sur son chemin. Tiens donc ! Voilà une chose qu'ils n'avaient pas remarqué. Et alors elle remarqua plus loin Dibbo, pendu par le pied, la tête en bas, les bras croisés, et pourtant, à la mine joviale.

-Eleniedel ! Nous sommes proches de Yann !

-Comment ça ? Demanda-t-elle en se dépêchant de le détacher.

Elle coupa la corde qui retenait tout le système, et Dibbo chuta douloureusement sur le dos.

-T'aurais pu faire attention ! Heureusement qu'il y avait ces feuilles mortes. Sinon j'aurai eu quelque chose de cassé.

-Comment ça Yann est proche ?

-Regarde ce piège ! Dit-il, toujours avec joie. Ça, c'est son travail ! Ou je ne m'y connais pas ! Il n'y a que lui qui sais faire des pièges aussi précis. Là, tu vois cette incurvation au niveau de la branche ? C'est un de ses secrets pour faire un piège discret et indétectable !

Dibbo avait raison, car à peine quelques secondes plus tard, un homme vêtu d'un équipement aux couleurs de la forêt, qui était encapuchonné, armé d'un arc et d'un couteau, et qui sentait fort d'ailleurs, fit son apparition. Il s'arrêta pile en reconnaissant ses deux compagnons. Tous trois se fixèrent. Eleniedel aurait pu s'attendre à des retrouvailles heureuses, pourquoi pas chaleureuse ! Mais elle vit son ami Rôdeur saisir une flèche et la pointer vers eux.

-Qu'est ce que... Commença Dibbo.

-Êtes-vous corrompus ? Demanda le Rôdeur d'une voix cachant mal une certaine nervosité.

Un sifflement retentit derrière lui, et la voix d'Arenna s'éleva :

-Alors Yann ? Qu'est ce que tu as trouvé ? Un écureuil ?

-Non ! Venez vite ! Dit-il en faisant un pas en arrière.

-Yann... C'est nous, Dibbo et Eleniedel, dit le cambrioleur, perplexe.

-Comment savoir que vous ne mentez pas ? Demanda-t-il.

Arenna, suivit de prêt par Lyhril, apparurent à leur tour. Leurs réactions furent identiques à celles de Yann. L'officière s'approcha avec méfiance, sa main gauche posée sur son gantelet de droite, où dans le manche était fixé un couteau. Lyrhil saisit son arc.

-Yann, ne me dit pas qu'ils sont possédés...

-C'est quoi votre délire ? S'énerva Dibbo d'une voix forte. On a ni corrompu, ni possédé, ni quoique ce soit de semblable ! Tiens, la preuve.

Il plongea la main dans son sac, et en sortit un fruit pourri qu'il lança à la tête de Lyhril.

-Ahahah ! Éclata-t-il de rire.

-C'est bien lui, dit le Rôdeur avec un sourire.

Par la suite, les deux groupes s'étreignirent, heureux de se retrouver enfin après tout ce temps.

-Où est Tagazoki ? Demanda Arenna.

-Il est plus loin. Avec nos nouveaux compagnons. En fait on a croisé des gens aux Pays de Dun et...

Il fut coupé par une exclamation que poussa une petite créature aux oreilles pointues au sommet d'une colline. Elle avait de longs cheveux roux ondulés, une visage fin et calme et des yeux gris comme l'acier.

-Dibbo ! Eleniedel ! Cria-t-elle de joie.

Brigonia dévala la colline pour les rejoindre. De son côté, Dibbo fit de même, et lorsque les deux semi-hommes se retrouvèrent, ils sautèrent dans les bras l'un de l'autre en riant.

De son côté, Eleniedel ne portait pas son attention sur les deux Hobbits plus heureux que jamais. Elle avait remarqué un homme encapuchonné, aux vêtements sombres, qui semblait faire parti du groupe. Elle ne le connaissait pas, mais ressentait pourtant une froideur, une ombre chez cette être.

Trois jours s'étaient passés depuis la retrouvailles des Pilleurs. Le groupe de Yann avait fait connaissance avec celui de Prymm.Par grande surprise, Arenna connaissait déjà les membres du groupe,de vielles connaissances, disait-elle, et tous le monde semblait bien s'entendre. Dibbo s'occupa de conter toutes leurs aventures depuis leur séparation. La découverte de Brigonia et du défunt Ondui, le feu de forêt, le Pays de Dun, la bataille à Galtrev, leur très longue route jusqu'au Nord de la Forêt Noire et leur bataille contre les elfes. 

Le Hobbit prit soin de vanter tous ses mérites et de sauter le passage où il avait commit une bêtise en jetant un couteau sur Tagazoki. Eleniedel remarqua dans son récit qu'il détaillait, exagérait toutes les scènes où elle apparaissait. Elle avait compris pourquoi il faisait ça : il tentait de l'aider à faire ses preuves auprès des officiers.

-Eleniedel courut à travers la forêt enflammée, guidant par ses sens d'elfe les deux petits êtres que nous étions, Tagazoki et moi !

-Elle posa une main douce sur la blessure de Riddor, et une lumière éclatante en jaillit. On pouvait entendre le chant des Maiar au loin.

Elle trouva cette aide extérieure touchante, mais elle se concentra davantage quand ce fut au tour de Yann de raconter leur histoire.

-Après que nous nous soyons malencontreusement séparés, nous avons été poursuivis sans relâche par les forces des Orques. Nous sommes tombés sur notre ami qui nous a sauvé d'une fin certaine. Il a d'ailleurs déclenché un orage qui a fait naître ce feu de forêt. Après avoir vaincu les Orques, nous avons tentés de vous retrouver, en essayant de nous sauver nous même du feu. Nous sommes tombés rapidement sur Brigonia, accompagnée de sa ponette, qui avait désespérément besoin d'aide. Cette dernière avait réussie à sortir la Hobbite évanouie des flammes, nous l'avons mise sur sa ponette puis avons pris la direction de la Trouée du Rohan. Lorsque Brigonia est revenue à elle, elle nous a expliqué vous étiez parvenus à vous enfuir, mais elle ne savait pas où. Nous avons émis une opinion comme quoi vous seriez parti vers la Forêt Noire, notre destination finale. Alors nous y sommes allés. Mais c'est en chemin que nous sommes tombés sur un bande d'elfe sylvains, qui nous voulait du mal ! Semblable à ceux qui vous ont attaqué.

-Peut-être le roi des elfes Thranduil a déclaré la guerre aux Pilleurs, et veut notre peau à tous ? Supposa Tagazoki.

-Ces êtres n'était pas des miens ! Déclara Lyhril avec amertume. Ils avaient une cruauté, une avidité que je n'ai jamais décelé chez aucun de mes frères. Ils n'appartiennent pas à mon peuple. C'est en arrivant dans cette forêt que je suis partie plus au Nord, tandis que Yann et Arenna guettaient les lisières de la Forêt au cas où vous arriviez. Je suis tombée sur des esprits errants à travers les arbres. Ils s'attaquaient à mon peuple ! J'ai reconnu Tridel, mon ancien compagnon de chasse ! Ces esprits les rongeaient, les torturaient de l'intérieur, jusqu'à les tuer. Puis j'ai compris en les voyant revenir à eux, avec ce comportement fourbe et cruel, que mes amis étaient possédés.

-Nous en sommes arrivés à la conclusion que les elfes qui nous ont attaqué jusqu'alors, dans les Montagnes Bleues comme dans cette Forêt, sont des êtres possédés par ces esprits démoniaques. Dit le Rôdeur. Quelqu'un nous en veut, et envoie ces esprits contre nous.

Eleniedel ne cessa durant tous le voyage de jeter des regards vers l'inconnu habillé de noir. Elle ne connaissait pas son prénom, ni ne savait à quoi il ressemblait, mais elle sentait un amas de conflits en lui. Une sorte, de mélange de bien et de mal. Très vite elle comprit que c'était quelqu'un de solitaire, qui ne prononçait guère la parole et qui ne s'intéressait pas aux autres.

Lorsqu'ils s'approchèrent de la demeure des elfes, le peuple sylvain se dévoila. Armés d'arcs, d'épées, couverts d'armures en maille et en cuir, ils semblaient plus sauvage et virulents que leurs cousins à l'Ouest. On pouvait alors comprendre d'où venait le caractère trempé de Lyhril !

-Lyhril, nous vous avons reconnu. Dit un des gardes en la fixant.

La chasseuse aux cheveux se détacha du groupe et s'avança vers ses frères. Elle fit une démarche gracieuse et souple, le buste fier et le menton haut, comme pour montrer qu'elle était fière d'appartenir aux Pilleurs.

-Mes amis. Urlodiel, Ralfior, Suilamen, Yioneris, dit-elle en s'adressant aux gardes. Nous venons en tant qu'ambassadeur. Des sorcelleries sont à l’œuvre et semble concerner nos deux camps. Je demande audience à Thranduil Vertefeuille, seigneur de la Forêt.

Le garde du nom de Ralfior adressa un regard méfiant vers Tagazoki, avant de proclamer :

-Nous allons vous mener à lui. En attendant, veuillez à ce que vos compagnons se tiennent tranquille. Les geôles du Royaume de la Forêt Noire seraient ravis de les accueillir.

-Silence Ralfior. Fais ce que tu as à faire.

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"Tuer avant d'être tué"
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Contes des Pilleurs : Le choix d'Eleniedel
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